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mardi 5 février 2013

Shadow Dancer : atmosphère, atmosphère, un polar à gueule d’atmosphère


En salles : Un film de plus sur le conflit irlandais, direz-vous ? Lassé de ce qui est devenu un genre en soi, et dont les œuvres les plus marquantes ont été signées David Lean – La Fille de Ryan - Jim Sheridan – Au nom du père – Ken Loach – Le Vent se lève, Hidden Agenda – ou Neil Jordan – Michael Collins ? Eh bien, rajoutez à cette longue liste ce Shadow Dancer !


Véracité et réalisme

Basée sur le roman de Tom Bradby, correspondant de guerre pendant les années 90, le film suit le destin d’une Irlandaise du Nord, proche de l’IRA, et face à un dilemme existentiel, suite à son interception par le MI5 : passer 25 ans derrière les barreaux, ou bien espionner sa famille pour le compte des services secrets britanniques. Intrigue somme toute classique, mais que le réalisateur déjoue constamment. Plutôt que se focaliser sur le suspense inhérent au genre, son regard s’attarde sur l’humain, les relations que va nouer son héroïne avec les ses proches, son fils qu’elle ne veut pas quitter, sa mère. Et l’agent dont elle dépend. C’est là que va se nouer une relation trouble, ambivalente, qui restera à la lisière de la passion et de l’émotionnel. Bref, on est bien loin de 24 heures chrono !

La part belle aux personnages et à l’atmosphère

Car c’est tout le parti pris de la mise en scène. Inscrivant les personnages dans le Belfast déchiré, mais impersonnel du début des années 90, elle laisse la part belle aux éléments : le souffle du vent, le brouhaha du pub, une grève battue par la marée, le rouge vermillon d’un imperméable ou d’une cabine téléphonique. Sans compter la partition musicale qui renforce la prédominance atmosphérique. Et que l’on doit à Dickon Hinchliffe, auteur de la partition de Winter’s bone, et surtout fondateur des Tindersticks – ceci expliquant cela !.

James Marsh, un nom à retenir

Cette patte réaliste et atmosphérique, on la doit certes à la nature du matériau original, pétri de détails et de véracité, mais aussi à son réalisateur, James Marsh - un nom que l’on a encore un peu de mal à identifier. Mais dont les 1ers opus n’ont jamais laissé indifférent, à mi-chemin de la fiction et du documentaire. Réalisateur du 2ème tome de la Red Riding Trilogy, on lui doit également Le projet Nim, et surtout le fabuleux docu consacré au funambuliste Philippe Petit, Le Funambule, pour lequel il a décroché l’Oscar du meilleur documentaire en 2009.

Jeune fille à l’imperméable rouge

Les amateurs de thriller seront également de la fête – d’autant que les scènes d’action, parce que rares, soudaines et inattendues, détonnent encore plus fortement. A ceci s’ajoute un casting à l’image du projet : sobre, impeccable, réaliste. Tandis que Clive Owen, classieux as usual prête ses traits à l’agent du MI5, aux côtés d’une revenante, Gillian Anderson – Scully, dans X Files ! – la révélation du film, c’est Andrea Riseborough. Tiraillée entre sa famille, son engagement politique, son fils, et la culpabilité à l’égard d’un petit frère tragiquement disparu, elle irradie le film de son entêtement, de sa fragilité et de son mystère. On n’est pas près d’oublier sa crinière brune, son regard éperdu, sa frêle silhouette engoncée dans un imperméable rouge, dans un panorama désolé et venteux.


Travis Bickle
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