mercredi 6 février 2013

That Cold Day in the Park : thriller claustro et schizo !


En DVD : Dans la pléthorique filmographie de Robert Altman, il reste encore des pépites inconnues : ses publicités réalisées à l'orée des 60's pour Caterpilar, les séries TV auxquelles il contribue notamment. Rayon long métrage, That Cold Day in the Park en constitue l'une des plus exemplaires, restituée en vidéo par Wild Side. Et que tout altmanophile doit posséder.



1969 : Altman, 44 ans au compteur, n'en est pas à son coup d'essai. Bonanza, Alfred Hitchcock présente, à son actif, entre autres, le cinéaste a déjà tourné deux long métrages, l'un sous forme documentaire consacré à Jimmy Dean, l'autre à la conquête spatiale, avec Robert Duvall et James Caan – excusez du peu.

Inédit en France

Avec That Cold Day in the Park, il réalise son premier long métrage personnel. Dans la lignée de Trois Femmes ou Images, il y dépeint les tourments de l'âme féminine, sous influence européenne, Bergman et Antonioni principalement. Vancouver : une femme, vieille fille à la beauté hitchcockienne, issue de la haute bourgeoisie canadienne, recueille dans son appartement le temps d'un week-end un jeune homme à la beauté diabolique, seul sur un banc public, , abattu par la pluie, face à son domicile. Commence alors un huis clos psychologique entre ces deux solitudes, teinté d'effroi et de tension.

Dans la lignée de Trois femmes

Ce qui est remarquable à travers ce film jusque-là inédit en France, c'est que toute la veine secrète et fantasmatique du réalisateur de Short Cuts s'y trouve condensée. A l'atmosphère étouffante du huis clos – qu'on retrouvera principalement dans es films des années 80, de Reviens Jimmy Dean à Secret Honor – se superpose la description d'une âme féminine tourmentée, angoissée et schizophrène. On n'est pas loin du personnage incarné par Tippi Hedren dans Pas de printemps pour Marnie, dont l'interprète Sandy Dennis reprend les traits diaphanes, la coiffure apprêtée et les costumes old fashion. Portrait qui rappelle à bien des égards la peinture qu'il fera des tourments de la féminité 10 ans plus tard dans Trois Femmes. Et Sandy Dennis, bien que complètement oubliée aujourd'hui, venait alors d'être couronnée d'un Oscar du meilleur second rôle féminin, pour un autre huis clos psychologique éprouvant, Qui a peur de Virginia Wolf ?

Condensé stylistique

Enfin, stylistiquement, c'est un condensé de toute la maîtrise technique d'Altman : longues focales pour aplanir la profondeur de champ, reflets multiples, syndromes de la schizophrénie du personnage féminin, musique atonique à la limite de l'abstraction, tous les éléments concourent à donner chair cinématographique au délire mental qui enferme ce personnage.

Thriller claustro et schizo !

Film à l'atmosphère claustrophobique, plongée dans l'âme aliénée de son protagoniste principal, That Cold Day in the Park fait également penser à tout un courant de thrillers très courants à l'époque – que l'on songe à L'Obsédé de William Wyler, Répulsion ou Rosemary's Baby de Polanski, ou Un Frisson dans la nuit de Clint Eastwood. Malheureusement occulté par le triomphe de MASH qu'il tourne quelques mois plus tard, That cold day in the park doit être redécouvert, pour vérifier a posteriori la maîtrise et la cohérence de l'univers d'Altman, même dans sa veine la plus secrète, fantasmatique et européenne.

Travis Bickle

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