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mardi 21 janvier 2014

12 Years A Slave : 10 raisons de le voir


En salles : "Je ne veux pas survivre : je veux vivre !" Encore un survival, décidément le genre à la mode à Hollywood ! Avec 3 films en 5 ans, 3 coups de poing, 3 œuvres déjà classiques – Hunger, puis Shame - le plasticien Steve McQueen a fait un hold-up sur le cinéma en s’imposant comme l’un des plus grands réalisateurs contemporains. 


Un an après Tarantino et son Django, le cinéaste livre sa vision de l’esclavage américain, à travers l’histoire vraie d’un de Solomon Northup, violoniste noir né libre, capturé et livré à des marchands d’esclaves en Louisiane. 12 ans durant, il n’aura qu’un seul combat : retrouver son identité, sa dignité, sa liberté et sa famille. Un combat désuet ? Vu le jour du décès de Mandela, le film prend une singulière dimension. Et nous rappelle qu’au-delà de la légitimité de la lutte contre l’antiracisme, un film, surtout de cette trempe, permet de se regarder chaque jour dans la glace. Avec lucidité.

10 raisons donc pour parcourir ces 12 ans d’esclavage :

- Pour le sujet, donc. Tiré de faits réels, l’histoire n’en est que plus bouleversante, enrageante, dérangeante. Un chemin qui mène à la liberté recouvrée, certes, avec son lot de culpabilité, de désespoir et de courage.

- Pour renouveler sa vision de l’esclavage au cinéma. Certes, difficile d’oublier Autant en emporte le vent, La Couleur pourpre, Mississippi Burning, Du silence et des ombres, Manderlay, ou même O’Brother. Ou plus récemment, Django Unchained, donc, mais aussi Le Majordome, Lincoln ou La Couleur des sentiments. Là, par la précision de son regard, la vision implacable qu’il donne de la société américaine, l’ambiguité qui affleure plus d’une fois dans sa dénonciation, le film s’impose déjà comme une référence en la matière. Golden Globe 2014 du meilleur film amplement mérité – avant l’Oscar ?

- Pour la mise en scène précise et implacable de McQueen. Avec pour parti pris, celui de: suivre son personnage de près, dans toutes les étapes de son calvaire. Adepte du plan-séquence – souvenez-vous des 20 minutes centrales de Hunger, McQueen n’hésite pas à bousculer les idées reçues. A l’instar de ce plan qui montre son héros pendu à une hauteur telle qu’il ne peut ni s’étouffer, ni s’échapper. McQueen fait durer son calvaire pour mieux en montrer l’horreur, et l’inertie qui gagne ses comparses, obligés de vaquer à leurs occupations, comme si de rien n’était. Sans pathos. Glaçant.

- Pour la volonté de réalisme qu’a cherché à insuffler Steve McQueen. Tourné sur les lieux mêmes de l’action, le film gagne en authenticité et véracité ce que Django Unchained pouvait parfois perdre en caricatures et excès.

- Pour la force de caractère du personnage principal, un monstre d’humanité et de résilience. Un personnage hors du commun, qui parvient à surmonter toutes les épreuves auxquelles il est confronté grâce à un caractère et une humanité peu communes. A l’instar d’un long regard-caméra, au cours duquel le personnage renvoie le spectateur à sa conscience, et au cours duquel la caméra se fait investigatrice, à la recherche de toute trace d’humanité dans un personnage qui revient de loin.

- Pour Chiwetel Ejiofor – déjà vu dans Dirty Pretty Things de S. Frears ou Les Fils de l’homme d’A. Cuaron – entre douceur et ténacité, rage et culpabilité, il livre une composition tout en finesse, loin de la flamboyance d’un Jamie Foxx, mais qui l’imposent dans la cour des plus grands.

- Pour ses deux interprètes féminines principales, Sarah Paulson et Lupita Nyong’O. La première excelle de séduction et de haine de soi, dans un rôle bref, mais saisissant ; la seconde, pour son regard, sa voix, son envie de vivre, qu’on n’est pas près d’oublier.
- Pour l’absence de manichéisme dont font preuve les comédiens. Tous – Paul Giamati, Benedict Cumberbatch - jouent à la fois sur l’ambigüité et tentent de racheter leurs personnages. C’est notamment le cas de Michael Fassbender, terrifiant et caractériel, qui livre une composition hallucinante – sa troisième pour le compte de McQueen – en maître d’esclaves sadique et pervers, à la fois jouet des circonstances d’une époque et de ses pulsions.
- Pour Brad Pitt, qui dans un rôle inattendu, fait une remarquable apparition. Notons qu’il est également coproducteur du film. Quelle carrière, au final !
- Pour la qualité de l’équipe technique : du son à la lumière, en passant par les décors, un soin tout particulier a été mis pour restituer l’époque sans embellissements, mais également faire entrer mentalement le spectateur dans un univers sensoriel dans lesquels éclairages et sons participent d’un Sud poisseux et mortifère

Le grand chlem, donc, pour Steve McQueen ? Presque, s’il n’y avait la musique de Hans Zimmer, certes entêtante, mais déjà maintes fois entendue – elle reprend des accords déjà présents dans Inception, par exemple…et qui agacent d’autant qu’on avait été interloqué par le soundtrack de Shame, notamment.

Travis Bickle
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