Dossier

vendredi 18 juillet 2014

Diplomatie : Paris vaut bien un bras de fer

 
En DVD et Blu-ray : Paris aurait-il pu brûler ? L'histoire est connue : après le débarquement allié en Normandie, alors que les chars du général Leclerc perçaient les lignes allemandes pour foncer vers la capitale, Hitler a donné l'ordre de détruire Paris. Le général Von Choltitz, alors gouverneur du Grand Paris, a refusé d'appliquer cet ordre fou, alors que les explosifs avaient été disposés sur les principaux monuments et ponts de la ville. Pourquoi ce militaire "exemplaire" a-t-il désobéi ? Diplomatie, sorti en vidéo chez Gaumont, relate l'histoire de cette décision capitale (c'est la cas de la dire) à travers un face-à-face tendu porté par deux acteurs époustouflants.

Dans le rôle de Von Choltitz, Niels Arestrup. On connaît le talent du bonhomme et il ne nous déçoit pas. Il compose avec une apparente économie de moyens un homme las, affaibli mais encore plein d'autorité et prêt à tout pour faire son devoir. C'est qu'il faut pouvoir faire passer la morgue et la prestance d'un militaire prussien tout en révélant ses failles. Et ce, sans tomber dans la caricature.
 
Face à lui, André Dussolier. Une autre pointure ! Il incarne le consul suédois Nordling, qui vient tenter de convaincre Von Choltitz de ne pas mettre à exécution le plan du Führer. Sa seule arme : sa parole. Tous les arguments seront bons : humanistes, religieux, moraux, militaires, politiques... La diplomatie est un combat que Nordling mène avec pugnacité, sans élever la voix, sur la corde raide. Dussolier campe avec maestria un personnage habité par sa mission, faussement doucereux et vraiment roublard.
 
Duel aux Tuileries
 
La joute verbale des deux hommes dure toute la nuit. Les dialogues sont ciselés. Les mots claquent ou s'enfoncent inexorablement dans les certitudes de chacun. Les rapports de force s'inversent à mesure que le débat progresse. On est tout simplement captivé par ce duel entre deux figures et aussi deux acteurs aux styles bien marqués mais complémentaires. Deux acteurs qui ont repris leurs rôles de la pièce dont est tiré le film. Et Volker Schlöndorff - un bon cinéaste doublé d'un Allemand francophile, quel meilleur choix ! - a bien compris qu'il ne fallait pas chercher à sortir à tout prix de ce huis-clos sous prétexte de faire du cinéma. Sa mise en scène se fait discrète. Tout juste s'autorise-t-il à quitter l'hôtel pour faire monter la tension avant de revenir bien vite au combat que se livrent les deux protagonistes.
 
Le troisième personnage du film, comme le précise le réalisateur dans le making of, c'est Paris. La ville se révèle par intermittence, à travers les fenêtres, jusqu'à faire éclater sa beauté au matin de ce printemps pas comme les autres. La belle photo du film nous fait saisir toutes les nuances de ce passage de la nuit au grand jour. Lumineux, c'est bien l'adjectif qui caractérise Diplomatie.
 
Anderton
 
 
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