samedi 17 juin 2017

LA 92 : le documentaire choc sur les émeutes de Los Angeles

A la TV : Il va faire très chaud ce soir sur National Geographic France. Ce samedi 17 juin à 20h40, la chaîne diffuse LA 92, un formidable documentaire sur les émeutes qui ont éclaté à Los Angeles en 1992. Immanquable.



Du 29 avril au 4 mai 1992, la Cité des Anges devient l'antichambre de l'enfer. Six jours de colère et de violence qui débutent à l'annonce du verdict au procès des quatre policiers qui ont roué de coups Rodney King. Mais les réalisateurs Dan Lindsay et TJ Martin font commencer leur film bien plus tôt, en août 1965, lors des six jours (déjà) d'émeutes dans le quartier de Watts. Discriminations raciales et violences policières sont à l'origine de cette flambée de violence qui se traduit par une trentaine de morts, un millier de blessés et de multiples destructions.

Moins de vingt ans plus tard, Los Angeles n'a pas su résoudre les tensions intra-communautaires. Les Afro-américains se sentent toujours exclus et subissent quotidiennement les arrestations musclées de la LAPD, connue pour sa brutalité et sa corruption. Deux événements provoquent la rage des Noirs américains. Le premier fait le tour du monde : le tabassage de Rodney King, arrêté pour excès de vitesse après une course-poursuite. Il reçoit plus de 50 coups de matraques ainsi que des décharges électriques. Selon une représentante de l'Association américaine pour les libertés civiles (ACLU), il ne s'agit "pas d'un cas isolé mais la différence c'est que, cette fois-ci, nous avons la preuve". Une preuve sous la forme d'une vidéo tournée par un habitant du voisinage. Seize ans plus tard, les images restent toujours insupportables à regarder. Le deuxième événement marquant est celui du meurtre de Latasha Harlins, une adolescente noir-américaine, qui se fait tirer dans la tête par une épicière coréenne pour une histoire de jus d'orange.


Deux procès ont lieu. Celui de l'épicière, condamnée à 16 ans de prison par le jury. Une peine que la juge, blanche, décide de commuer en une amende et des travaux d'intérêt général, arguant que l'accusée ne représente pas un danger pour la société. Le procès des quatre policiers - trois Blancs et un Latino - est transféré à Simi Valley, une banlieue de L.A. habitée principalement par des Blancs. Ils sont acquittés. Malgré les appels au calme des associations et des églises, une foule de manifestants - Noirs, Blancs et Latinos - s'en prend au siège de la police. Des palmiers sont brûlés. Les médias sont pris à partie. A South Central, de jeunes Noirs arrêtent les véhicules et tabassent les Blancs et les Asiatiques. "Laissez passer les Noirs et les Latinos !" Puis ce sont les commerces qui sont incendiés ou pillés. 

Dans un premier temps, la police n'intervient pas. Les émeutes s'étendent à Koreatown puis Hollywood. La garde nationale est appelée en renfort tandis que des milices coréennes protègent avec des armes à feu les magasins de la communauté. Rodney King en appelle au calme, George Bush (père) aussi. Trop tard. La ville est à feu et à sang. Bilan : plus de 50 morts, plus de 2000 blessés, 11.000 arrestations, 1.100 bâtiments détruits pour 1 milliard de dollar de dégâts...

La force de LA 92 est qu'il s'appuie uniquement sur des images d'archives, produites par les médias mais aussi des vidéastes amateurs. Pas de voix-off, si ce ne sont celles tirées des reportages TV ou radio. Les témoignages directs s'enchaînent, souvents crus, parfois insoutenables. Pas de voyeurisme pour autant. Les réalisateurs montrent comment la tension se transforme en colère puis en rage incontrôlable. Une tension que rend bien un montage rythmé. On est plongé au coeur des événements, avec une sensation de direct. Face à l'injustice et aux drames qui se déroulent sous nos yeux, nous passons par tous les sentiments : la fascination, la révolte, le dégoût, la compassion. Toutes ces victimes, ces vies innocentes emportées par cette irruption de violence... Le film se termine comme il avait commencé, mettant en parallèle les émeutes de 1965 et celles de 1992. Un grand film, qui nous prépare à celui de Kathryn Bigelow, Detroit.

Anderton


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