Dossier

mardi 13 juin 2017

Secrets de cinéma : 30 cinéastes français se livrent

A lire : A force de s'entretenir avec la crème des cinéastes français depuis de longues années, Bruno Cras, journaliste à Europe 1, a recueilli leurs confidences sur leurs oeuvres cultes. Celles dont les images nous accompagnent à jamais et dont les répliques jaillissent au fil de nos conversations. Dans Secrets de cinéma, publiés chez Plon, 30 films sont évoqués par leur réalisateur ou leur réalisatrice. Et c'est un plaisir de lecture.



Jean-Jacques Annaud et Jean-Pierre Jeunet racontent cette évidence de se retrouver face à l'interprète principal de leur film : Sean Connery dans Le Nom de la rose et Audrey Tautou dans Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain. C'était lui, c'était elle et personne d'autre ! Luc Jacquet revient sur les conditions extrêmes du tournage de La Marche de l'Empereur. Michel Blanc explique pourquoi Marche à l'ombre a été le commencement et la fin d'une aventure, celle des films de café-théâtre. Jean Becker indique que L'été meurtrier est parti d'une engueulade avec son ami Sébastien Japrisot, qui l'a traité de "petit con". Francis Veber évoque la personnalité de Jacques Villeret : vexé de ne pas avoir été retenu pour jouer dans La Chèvre, il a fait poireauter Veber un mois avant d'accepter Le Dîner de cons. Le parcours de Géraldine Nakache est étonnant : elle s'est fait embaucher à la télé au culot puis a participé à un film tout en continuant son job. Avec Tout ce qui brille, son premier long-métrage en tant que réalisatrice, elle a même trouvé une soeur en la personne de Leïla Bekhti. La fin des Valseuses aurait plus être très sombre, se remémore Bertrand Blier, sans l'intervention d'un producteur américain qui voulait distribuer le film aux States.

De l'art d'être un artiste

En trente chapitres courts mais bourrés d'infos, les réalisateurs (et quelques réalisatrices) racontent la production de leur film, sans se la raconter. Au contraire, ils se livrent, laissant apparaître leurs doutes, leurs souffrances, leur fragilité mais aussi leurs joies et leur vision artistique. Et ce n'est pas simple d'être un artiste. 

Jean-Paul Rappeneau, Claude Lelouch, Philippe Lioret, Diane Kurys, Jan Kounen et bien d'autres sont autant de figures du cinéma français que Bruno Cras met en avant, sans chercher à établir une hiérarchie ou à leur coller une étiquette. L'auteur fait d'ailleurs le bon choix de s'effacer au profit des talents. Micro ouvert. Paroles libres. Souvenirs sélectifs truffés d'anecdotes et d'auto-analyse. C'est aussi émouvant qu'édifiant. Et prescripteur ! On n'a qu'une envie : (re)voir les films évoqués. En refermant le livre, on se dit aussi que décidément, la richesse du cinéma français tient à sa diversité. Et à la passion de celles et ceux qui le font.

Anderton

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