Dossier

mercredi 28 juin 2017

The Last Girl : celle qui arrive à ses faims

En salles : Les films d’horreur, d’anticipation, voire de science-fiction ne sont pas ma tasse de thé, même si comme tout le monde j’ai vu les grands classiques du genre et adoré Harrison Ford dans Blade Runner. Cependant puisqu’il faut oser parfois pour aimer, je suis allée à la rencontre de The Last Girl, celle qui a tous les dons, prix du public et de la musique au Festival de Gérardmer 2017. Frissons garantis.



"Affams" et fugitifs
 
D’abord le décor : la campagne anglaise, une base militaire assiégée, un groupe d’enfants retenus prisonniers parce que bien qu’infectés par un agent pathogène faisant d’eux des zombies, ils ont gardé au fond d’eux une part d’humanité (ils pensent et ressentent des émotions). Ensuite l’action : la base est attaquée poussant à la fuite Mélanie (Sennia Nanua, étonnante), enfant de 13 ans particulièrement douée, et quatre de ses geôliers. Sa professeur Helen Justineau (Gemma Arterton, très bien), la biologiste Caroline Caldwell (Glenn Close, parfaite), le sergent Eddie Parks (Paddy Considine) et une jeune recrue (Fisayo Akinade). Ces cinq fugitifs vont tenter d’échapper aux "Affams", ces humains devenus zombies qui peuplent désormais la planète.
 
La peur au ventre
 
Des mots qui claquent sans cesse : "transfert", "champignons", "gel de protection" ; des décors naturels magnifiques où Londres se transforme lentement en forêt vierge ; des enfants mystérieux sanglés dans des fauteuils roulants ; une biologiste obsédée par un vaccin qui sauverait la race humaine ; une institutrice remplie d’espérance ; deux soldats dévoués et des morts-vivants cannibales. L’intrigue comme la réalisation font penser à un épisode de Black Mirror, série anglaise d’anticipation très réussie. C’est presque une faiblesse parce que déjà vu, mais le grand écran sublime tout.
 

 
Décrire nos peurs
 
Ce film écrit à six mains - celles du réalisateur Colm McCarthy, du scénariste Mike Carey et de la productrice Camille Gatin - répond à l’appétence actuelle des spectateurs pour la science-fiction et le fantastique. C’est aussi une incarnation de la "dystopie", littéralement une utopie qui a mal tourné. Ces sombres futurs inspirent la littérature "jeune adulte" et leurs nombreuses adaptations cinématographiques. Pourquoi ça marche ? Parce que comme le remarque fort justement dans Telerama le romancier Romain Lucazeau, auteur de la saga Latium, l’un des récents phénomènes de l’édition SF hexagonale, "la science-fiction n’imagine pas le futur, elle décrit nos peurs". Et ici, c’est la peur d’une épidémie virale qui ramènerait l’humanité à son origine, sorte de jardin d’Eden luxuriant où la nature dominait l’homme encore esclave de ses instincts les plus bas : manger l’autre pour survivre. C’est donc juste un peu avant que le Verbe ne se révèle au monde. A voir, bien accroché à son fauteuil.
 
 
Annie Hall
 
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