vendredi 9 juin 2017

L'Empereur du Nord : ceux qui saignent prendront le train

En DVD et Blu-ray : Robert Aldrich, Lee Marvin, Ernest Borgnine et Keith Carradine. Avec une telle association de talents, L'Empereur du Nord (Emperor of the North, 1973) ne pouvait pas me décevoir. D'autant que Wild Side lui consacre une belle édition collector.


Outre son casting 5 étoiles, le film se distingue par son sujet original. Pendant la Grande Dépression, des centaines d'individus se retrouvent sans le sou, marginalisés, clochardisés. Vivant à la (pas toujours) belle étoile, ces "hobos" voyagent de ville en ville en grimpant illégalement dans les trains. Tiré d'une oeuvre de Jack London, L'Empereur du Nord s'intéresse à cette communauté de clandestins à laquelle Shack (Ernest Borgnine), un chef de train vicelard, livre une guerre sans pitié. Hors de question pour lui de laisser grimper ces pouilleux dans, sur ou sous ses wagons. Malheur à celui qui se fera pincer. Alors que le train de Shack s'apprête à traverser les Etats-Unis d'Est en Ouest, "N°1" (Lee Marvin), une sorte de roi des vagabonds, décide de défier l'ordure et de prendre part au voyage. Mais voici qu'un jeune clochard (Keith Carradine) lui colle aux basques.


Avec finalement peu de personnages, Robert Aldrich nous fait découvrir un monde et une culture méconnus, peu montrés au cinéma. Et ce, en faisant appel à deux genres : le (rail) road movie et le western. Tout y est : les paysages grandioses, les cavalcades mais cette fois-ci du cheval de fer, jusqu'au duel final. Comme souvent avec le réalisateur des Douze Salopards, on a le droit à un film de mecs. Et de mecs aux caractères bien trempés. Borgnine et Marvin sont comme deux locomotives chargées à la testostérone qui foncent à toute vapeur l'une vers l'autre sur la même voie. Le premier - silhouette massive, paluches d'ours, yeux exorbités qui sortent d'une mine renfrognée, paroles aboyées - incarne un fumier à casquette. L'autorité dans ce qu'elle a de plus bornée. Le marteau a remplacé la matraque. Face à lui, le clochard céleste mais avec les pieds sur terre. Mutique mais capable d'envolées lyriques. Malin. Retors. Avec des grands yeux bleus qu'Aldrich nous offre dans un gros plan saisissant. Les deux personnages sont habités par la force de leurs interprètes. Par leur rage, aussi. Une rage qui ne demande qu'à exploser. Le troisième larron est un jeune vagabond (Carradine). Une grande gueule pas encore prête à affronter la rudesse de sa nouvelle vie. Mais pas d'apitoiement : no one is innocent... Le trio évolue au milieu de seconds rôles qui sont avant tout des gueules.

La vie duraille

Le récit est brutal et Aldrich ne prend pas de gants pour montrer la violence des combats mais aussi de la vie de ces désespérés - qu'ils conduisent le train ou qu'ils veuillent y monter. La mise en scène est rythmée. Le cinéaste s'y connaît pour faire monter la tension, sans jamais perdre de vue ses personnages. Heureux d'avoir pu découvrir ce bon film dans une version restaurée HD de toute beauté. En bonus, un entretien passionnant avec le scénariste du film, Christopher Knopf, et un livret signé Doug Headline - ce qui comble les lecteurs de Starfix, dont je faisais partie. Une preuve de plus que pour ses sorties, Wild Side ne tombe jamais dans le train-train. Oui, il fallait la faire.

Anderton

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