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lundi 24 septembre 2018

Engrenages : une machination bien huilée

En DVD et Blu-ray : Adeptes des films aux machinations bien huilées, où les faux-semblants le disputent aux rebondissements, réjouissez-vous ! ESC Editions sort en vidéo Engrenages (House of Games, 1987), écrit et réalisé par David Mamet. Un bijou proposé dans un nouveau master haute définition.


Auteur d'un ouvrage à succès, Margaret Ford est une psychanalyste entièrement dédiée à son métier. Calme, rigoureuse, froide en apparence, elle s'implique pour soigner ses patients. Quand l'un d'entre eux menace de se suicider car il n'arrive pas à régler une dette de jeu, elle se propose d'aller plaider sa cause auprès de son créancier. Elle retrouve celui-ci, un dénommé Mike, dans une salle de jeux baptisée House of Games. Bluffé par l'aplomb de Margaret, Mike accepte d'annuler la dette de son patient à la condition qu'elle l'aide à gagner une partie de poker.


Dramaturge (Glengarry Glen Ross), scénariste (Le Verdict, Les Incorruptibles), David Mamet réalise avec son premier film, Engrenages, un coup de maître, récompensé deux fois à la Mostra de Venise 1987 (meilleur film et meilleur scénario). Sa science de l'intrigue et de la psychologie lui permettent de signer un récit fort, à la beauté froide, hitchcockienne. Sa mise en scène participe à l'étrangeté qui se dégage immédiatement du film : plans longs et majoritairement fixes qui ressemblent à des photos ; plans larges dans lesquels les personnages semblent presque écrasés par le décor ; gros plans qui placent personnages et spectateurs en position de voyeurs ; musique quasiment absente... Etrangeté renforcée par le jeu des acteurs : ton monocorde, économie de gestes et de mouvements.

On pourrait presque parler de film "théâtral", sauf que cet adjectif accolé au cinéma donne souvent lieu à des oeuvres d'un ennui prodigieux. Ici, c'est tout le contraire. Dans les pas de Margaret, on pénètre, un peu inquiet mais fasciné, dans un monde de faux-semblants et d'arnaques. Certes, on sent bien dès le départ que quelque chose ne tourne pas rond. On croit comprendre... et on se fait cueillir jusqu'au grand final, dont on persiste à se demander s'il ne s'agissait pas encore d'une machination. Engrenages est le versant sombre et vicieux de L'Arnaque (The Sting, 1973) de George Roy Hill.

Lindsay Krouse (La Castagne, Le Verdict, La Maison des otages) est impeccable en psy froide, voire frigide, qui va s'encanailler dans le monde du jeu. Sa maîtrise de soi et son autorité lui permettent de jouer son rôle auprès de Mike, formidable Joe Mantegna, aussi séduisant que filou. Et lorsque les masques tombent, les comédiens apportent de l'émotion à leurs personnages qui étaient jusqu'alors en contrôle total de leurs sentiments. Dans un petit rôle, William H. Macy prouve qu'il excelle à incarner les braves types. 

En bonus de cette édition, une passionnante analyse du film par le journaliste Mathieu Macheret. Je n'avais pas revu Engrenages depuis sa diffusion sur Canal+ à la fin des années 80. J'avais été scotché à l'époque. Même réaction près de 30 ans plus tard.

Anderton

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