mercredi 24 septembre 2014

Le Prête-nom : un Woody Allen sort de l'ombre

En DVD : Encore une belle pépite exhumée par Wild Side ! Le Prête-nom (The Front, 1976) est une œuvre oubliée/négligée dans la filmographie de Woody Allen. Peut-être que parce que Woody ne l'a ni écrite, ni réalisée, ou parce qu'elle est occultée par Annie Hall, qui sort un an plus tard. Quoiqu'il en soit, le relatif oubli qui frappe le film est injuste.


Des rouges blacklistés
 
Le Prête-nom est inspiré d'une histoire vraie. Ou plutôt d'histoires vraies. Celles des artistes américains qui furent blacklistés dans les années 50 du fait de leurs sympathies communistes (pas toujours avérées d'ailleurs). Certains acceptèrent de collaborer avec le tristement célèbre sénateur MacCarthy et dénoncèrent leurs petits copains - ce fut le cas d'Elia Kazan, qui se trimballa cette "souillure" jusqu'à la fin de sa vie. D'autres refusèrent de balancer des noms ou même de témoigner devant les commissions "anti-rouges" : ostracisés, ils ne purent plus exercer leur métier, à moins d'aller travailler en Europe (Jules Dassin) ou de travailler sous de faux noms (Donald Trumbo).
 
Dans Le Prête-nom, un scénariste blacklisté demande à un ami barman de signer ses scripts et de jouer les scénaristes auprès des chaînes de télé. Le barman y voit l'occasion de rendre service à un ami tout en empochant 10% des contrats. Le succès est au rendez-vous, non sans poser quelques problèmes...  
 
Woody or not Woody ?
 
Le propos est d'autant plus fort que le film a été réalisé (Martin Ritt), écrit (Walter Bernstein) et en partie joué (Zero Mostel) par des anciens blacklistés. Pas d'esprit revanchard pour autant : les situations et les personnages sont brossés avec justesse et beaucoup d'intelligence. D'où quelques moments poignants et révoltants qui nous font comprendre toute l'horreur de cette chasse aux sorcières.
 
Pour autant, le film ne se départit jamais de son humour. Un humour parfois désabusé mais un humour aux répliques qui font mouche. C'est du Woody Allen écrit par quelqu'un d'autre... complètement dans l'esprit du film donc ! Le débit du phrasé, les hésitations, les tics de langages sont bien là, you know. A cette différence que Woody campe un personnage un peu moins cérébral que dans ses autres films. Un peu plus héroïque aussi.
 
Le Prête-nom est une œuvre atypique, dont le critique Jean Doucet énumère toutes les qualités dans un bonus édifiant. Mais ça, on s'en était rendu compte en visionnant le film. A (re)voir d'urgence donc !
 
Anderton
 
 
 
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