Dossier

jeudi 2 mai 2019

Pachamama : un beau conte andin

En DVD : Si le "style Pixar" s'est répandu dans le cinéma d'animation, il y a encore des cinéastes qui privilégient une esthétique radicalement différente et c'est tant mieux pour la diversité du 7e art. Surtout lorsque le film est réussi, comme c'est le cas avec Pachamama, de Juan Antin, qui est disponible en vidéo.


Pachamama nous emmène en Amérique latine, une région du monde qui a été mise à l'honneur ces dernières années dans le cinéma d'animation. Après La Légende de Manolo (Jorge R. Gutierrez, 2014) produit par la Fox, Disney s'est à son tour intéressé au culte des morts pratiqué au Mexique avec Coco (Lee Unkrich et Adrian Molina, 2017). Là-Haut (Bob Peterson et Pete Docter, 2009), produit par Pixar, nous avait fait voyager en ballons jusqu'en Amérique du Sud, au Venezuela plus précisément, tandis que Disney s'était intéressé à la civilisation inca dans Kuzco L'empereur mégalo (Mark Dindal, 2000). C'est à nouveau dans la Cordillère des Andes et à la toute fin de l'époque pré-hispanique que nous transporte Pachamama. Le parallèle avec Kuzco s'arrête là puisque le film de Juan Antin n'est pas une comédie d'aventure ponctuée de chansons entraînantes. Son approche relève davantage du "réalisme poétique" cher à nombre d'écrivains latino-américains.

Nous voici plongés au coeur d'un petit village andin, où des enfants s'apprêtent à vivre une initiation qui les fera passer à l'adolescence. Tepulpaï est un garnement qui ne tient pas en place alors que Naïra est une jeune fille plus sage. Tous les deux bénéficient de la bienveillance de Walumama, une vieille femme qui communique avec les esprits (sa voix est celle de la grande Maïk Darah, qui double notamment Whoopi Goldberg, Angela Bassett et Viola Davis). C'est alors que des émissaires incas débarquent pour collecter l'impôt, et repartent avec la statue de l'esprit protecteur du village. Tepulpaï décide d'aller récupérer le totem ; il est bientôt rejoint par Naïra. Le périple à travers la montagne les emmènera jusqu'à la cité impériale de Cuzco.


Pachamama est un conte, dans lequel le surnaturel fait parfois irruption dans le quotidien, où l'aventure réserve bien des surprises, avec son lot de moments joyeux et d'autres plus tristes. Le film d'Antin est un hommage aux peuples indiens et à leur mode de vie harmonieux avec Mère Nature (la Pachamama). Pour autant, il ne cherche pas à présenter une vision idéalisée de cette époque. Bien sûr, l'avidité et la violence des conquistadors est montrée sans détour (mais sans chercher à traumatiser les enfants non plus) mais l'oppression de l'empire inca sur les peuples environnants est également évoquée. 

Ce contexte lourd ne plombe toute fois pas le film, qui séduit par ses couleurs vives et son style, tout en géométrie, inspiré des poteries précolombiennes. La rondeur des visages et des paysages dans le village de Tepulpaï s'oppose aux lignes carrées et plus sévères des personnages incas et de leur environnement. S'appuyant sur des aquarelles, Pachamama associe la 2D et la 3D, ce qui permet à l'ensemble de gagner en profondeur et en textures pour un résultat final original, qui évoque la technique du stop motion, et qui surtout nous entraîne dans un univers très marqué, dans lequel on se laisse entraîner avec plaisir. Encore une belle réussite de Folivari, à qui l'on doit Ernest & Célestine et Le Grand Méchant Renard, associé à Haut & Court et O2B Films.  

Le DVD édité par StudioCanal propose un bon making of sur la production du film, réalisée entre la France, le Québec et le Luxembourg via les sociétés Blue Spirit, Doghouse Films et Kaïbou Productions. On y apprend que Juan Antin a longuement mûri son projet et qu'il a eu la chance de tomber, par hasard, sur Pierre Hamon, compositeur passionné par les musiques précolombiennes et la musique baroque. Sa partition est magnifique et contribue grandement à la réussite de ce beau conte, qui délivre un joli message pacifique et écologique.

Anderton

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