Cannes 2022

jeudi 20 janvier 2022

Stillwater : Matt Damon et la quête émouvante du roughneck

Stillwater Blu-ray CINEBLOGYWOOD


En Blu-ray et DVD : Présenté au Festival de Cannes 2021, Stillwater de Tom McCarthy a conquis les festivaliers qui ont offert une belle ovation à Matt Damon. Le film sort en vidéo et mérite d'être (re)découvert.


Bill Baker est ce qu'on appelle un roughneck. Un dur à cuire qui, après avoir été foreur de puits de pétrole, postule à tout type de boulots manuels à Stillwater et dans les alentours. Le bonhomme a besoin de cash car il quitte régulièrement l'Oklahoma pour se rendre à Marseille, où sa fille Allison a été emprisonnée pour le meurtre de sa petite-amie. Alors qu'il lui rend à nouveau visite, Allison lui demande de remettre une lettre à son avocate dans laquelle elle indique qu'un jeune homme s'est vanté d'avoir commis le crime dont elle a été reconnue coupable. Bien que ne parlant pas un mot de français, Bill décide de retrouver le meurtrier.

Stillwater est comme un écho - dans un genre très différent - à Frantic (1988) de Roman Polanski, dans lequel un Américain tout aussi paumé (Harrison Ford) partait à la recherche de sa femme disparue à Paris. Choc des cultures, barrière de la langue...

Le scénario, signé Tom McCarthy, Marcus Hinchey et les Frenchies Thomas Bidegain et Noé Debré, déroule une intrigue qui nous tient en haleine pendant tout le film. Et ce, tout en appuyant l'action sur des personnages forts mais jamais caricaturaux. Il faut dire que les comédiens leur donnent vie avec beaucoup de sincérité et de nuances. Matt Damon livre une interprétation époustouflante. Comme dans Le Dernier duel, il interprète un homme frustre qu'il ne cherche pas à rendre plus intelligent qu'il n'est. Pour autant, le comédien fait rejaillir la sensibilité que Bill cache sous ses airs rustres, celle qu'il éprouve pour sa fille ainsi que les sentiments qu'il va manifester à Virginie et sa jeune fille, Maya. Bill a conscience de ses limites et de ses carences ; aussi voit-il dans sa quête la possibilité de se racheter mais aussi de reprendre sa vie en main. Dans cette ville exotique, où il n'a aucun repère et dont il ne maîtrise pas les codes, le cowboy va avancer bille en tête, se heurter à des murs puis s'adapter progressivement. Sans jamais perdre de vue son objectif. C'est en cela qu'il est émouvant, Bill. Et Matt Damon a su lui donner l'humanité qui nous le rend immédiatement attachant.

Abigail Breslin incarne Allison avec beaucoup de justesse : une jeune femme paumée, ingrate, dépassée par ce qui lui arrive. Camille Cottin campe, quant à elle, Virginie, une comédienne (qu'on imagine parisienne) venue changer de vie à Marseille, à la fois pleine de bonne volonté, ouverte d'esprit mais aussi un poil condescendante et pas exempte de préjugés. Là encore, Cottin n'en fait ni une idéaliste naïve, ni une insupportable bobo. Sa fille Maya est jouée par la formidable Lilou Siauvaud : craquante, émouvante, elle ira loin, cette petite ! Egalement au générique, Anne Le Ny et Moussa Maaskri font le job.

Réalisateur de Spotlight (et interprète du journaliste ambigu dans The Wire !), Tom McCarthy filme ses personnages avec beaucoup d'empathie. Et Marseille est un personnage à part entière, qu'il représente avec honnêteté. Dans le sillage de Bill, il dévoile une ville populaire et vivante, dont il met en lumière aussi bien la beauté que les balafres architecturales et les inégalités sociales. Mais même lorsqu'il représente une cité mal famée, McCarthy prend le soin de montrer qu'elle n'est pas seulement un repère de gangsters : sa caméra filme de joyeuses parties de foot et des habitants qui s'affairent dans des jardins partagés. Dans plusieurs interviews (notamment à SoFilm), McCarthy a déclaré avoir été subjugué par la cité phocéenne et cela se ressent à l'écran. Un supplément du Blu-ray, édité par Universal Pictures, revient d'ailleurs sur le coup de coeur que l'équipe a éprouvé pour Marseille.  

Stillwater est un thriller qui tient toutes ses promesses : il nous cueille autant par ses rebondissements que par l'interprétation de ses comédiens. Et, surprise, il nous réserve quelques séquences pleines d'émotion.

Anderton

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