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mardi 25 janvier 2022

Nuit d'ivresse : Balasko et Lhermitte, affreux, saouls et méchants

Nuit d'ivresse Blu-ray CINEBLOGYWOOD


En Blu-ray et DVD : Enfin ! Nuit d'ivresse est disponible en vidéo. La comédie de Bernard Nauer avec Josiane Balasko et Thierry Lhermitte est disponible dans une belle version remastérisée HD et accompagnée de bonus inédits. Ça s'arrose !


Animateur vedette de l'émission L'Affaire est dans le sac, Jacques Belin vient de recevoir le Dandy d'or, qui récompense la classe et la distinction. Au bar de la gare où il attend sa fiancée, le dandy commence à fêter son prix avec un ami. Il est déjà bien éméché quand il rencontre Frède, fraîchement sortie de prison. La nuit va être très longue. Et alcoolisée.

Je dois avouer qu'à la sortie de Nuit d'ivresse, en 1986, j'étais un peu resté sur ma soif. Car un an plus tôt, j'étais allé voir la pièce au théâtre : Balasko et Lhermitte (qui succédait à Michel Blanc) y étaient formidables et j'avais l'impression que l'adaptation cinématographique étirait inutilement cette histoire aussi improbable que drôle. J'ai complètement révisé mon jugement en revoyant le film, que je n'avais pas vu depuis plus de vingt ans.

Un couple complice

Quand les deux comédiens ont joué la pièce, ils avaient quinze ans de collaboration derrière eux. Au sein du Splendid, j'ai toujours trouvé qu'il y avait une alchimie entre eux. Elle s'exprime à l'écran dans Les Bronzés (1978), quand Popeye ramène Nathalie dans sa case. Humour et séduction se mêlent dans une belle harmonie. Et c'est exactement les mêmes ingrédients qui sont à l'oeuvre dans Nuit d'ivresse. Lhermitte incarne un bellâtre superficiel mais finalement fragile qui se laisse séduire par une femme qui ne correspond ni à son monde, ni à ses canons de beauté. Sur scène, cette complicité apportait à la pièce de la crédibilité et du charme qui manquaient au casting d'origine (Balasko-Blanc) et elle permet au film de flirter parfois avec la rom-com. 

Citons également la participation de seconds rôles truculents : Bruno Moynot et Guy Laporte de la famille du Splendid, Alain Doutey, Marc Dudicourt, Ticky Holgado, Jean-Claude Dauphin... Gérard Jugnot et Victoria Abril, qui ont repris les rôles de Jacques et Frède sur scène, font également un caméo. 

Des dialogues percutants

Les comédiens du Splendid sont de formidables auteurs, tout aussi capables de donner vie à des personnages barrés qu'à les faire parler avec un ton unique. Les dialogues de Balasko, à qui Lhermitte a filé un coup de main pour l'adaptation, se dégustent comme des shots claqués sur le zinc. Les répliques, souvent féroces, sont à hurler de rire. Un exemple : Frède, se pavanant dans sa robe moulante : "Elle me va comme un gant" ; Jacques : "Plutôt comme une moufle". On apprend d'ailleurs dans un des bonus que cet échange est à porter au crédit de Michel Blanc. Chaque fois qu'un personnage ouvre la bouche, ses propos font mouche. 

Des scènes cultes

Comme la pièce, le film est construit en deux actes : la nuit de beuverie et le lendemain difficile. Lors de mon premier visionnage du film, je trouvais d'ailleurs que ce deuxième acte était plus faiblard que le premier. Je n'ai pas ressenti la même chose en le revoyant en vidéo. Reste que les séquences nocturnes sont les plus drôles. Il y a la scène dans le bar maghrébin, celle de la soirée avec le directeur de télévision et, évidemment, la scène dans le parking. Frède indique qu'elle a été majorette et Jacques la fait immédiatement danser pour se moquer d'elle. Et on explose de rire avec lui. Jusqu'à ce qu'il croise le regard d'une passante, qui lui fait prendre conscience de son ignominie. La blague s'interrompt dans un sentiment de honte, que le spectateur n'est pas loin de partager. Du grand art.

Un hymne à boire

La chanson du film est signée des Rita Mitsouko. Un hymne à la biture joyeuse et à l'amour improbable. "Ils sont parfaits l'un pour l'autre", chante Catherine Ringer avant de passer en revue quelques boissons qui procurent de l'ivresse. Vous me la remettrez dans les écouteurs.

Des bonus à gogo

Rimini Editions a mis les petits verres dans les grandes bouteilles. La version remastérisée HD du film est splendide (pun intended). Parmi les bonus, des émissions des télévisions française, belge et suisse qui ont interviewé les acteurs et montré les coulisses du film. Balasko et Lhermitte se retrouvent dans un entretien : le temps a fait son oeuvre mais la complicité reste intacte. Les yeux continuent de pétiller, les rires fusent. C'est un plaisir de les entendre nous raconter cette aventure. Idem pour l'entretien avec Bernard Nauer : réalisateur d'un court-métrage remarqué par les compères du Splendid, le bonhomme se voit confier l'adaptation de la pièce. Il égrène ses souvenirs sans langue de bois, évoquant ses motifs de satisfaction comme les difficultés qu'il a rencontrées.

Comme le bon vin, cette Nuit d'ivresse a bien vieilli. Et son nouveau flacon est bien joli.

Anderton

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