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mardi 25 janvier 2011

L’Aurore : s’il n’y en avait qu’un…



En DVD et Blu-ray : Ami cinéphile, ami cineblogywoodien, s’il ne devait y en avoir qu’un, c’est celui-là ! Si tu n’aimes pas le noir et blanc, si dès qu’on te dit muet, tu penses à naphtaline, bâillements et préhistoire, alors, précipite-toi sur L’Aurore, qui sort en coffret Blu-ray chez Carlotta. Et là, crois-moi, tu ne penseras plus la même chose. Pourquoi ? Parce que !! La preuve en 6 points :

Murnau-Basquiat, même combat !

1 - Grâce à sa prodigieuse mise en scène, vous verrez en quoi un film peut se hisser au rang d’œuvre d’art, au même titre qu’un Basquiat en peinture, un cliché de Larry Clark en photo ou un morceau des Stones en musique – même foi en l’image et au cadre, mêmes inventivité, modernité et envoûtement. Comme quoi… !

2 - Derrière son scénario d’une simplicité biblique – un homme pris entre deux femmes, ses hésitations et ses remords, ses pulsions et son amour, ses envies de fuite et son besoin de bercail – le film atteint l’universel."L’histoire, d’insipide, devient sublime grâce à une prodigieuse science de l’image", l’a si bien décrit le critique surréaliste Ado Kyrou. Inutile d’y ajouter quoi que ce soit.

3 - Vous découvrirez que pas besoin de s’appeler Douglas Trumbull pour créer des effets spéciaux ! Transparences, surimpressions, accélérations, effets aquatiques, effets de lumière, tout l’état de l’art cinématographique est convoqué pour aboutir à des effets d’une beauté inouie : vision de forêt au milieu du trafic urbain ou bien surgissement d’une ville en pleine campagne…

jeudi 24 juin 2010

Elio Petri, un cinéaste au-dessus de tout soupçon


En DVD : Sortir de l’ombre des cinéastes italiens moins connus que les maîtres Fellini, Antonioni, Pasolini ou Risi, tel est le grand intérêt du travail cinéphilique de Carlotta. Ainsi, après Pietro Germi, la maison d’édition s’attaque cet été à deux cinéastes tout aussi importants, mais délaissés par les éditeurs : Elio Petri et Mauro Bolognini. Je reviendrai plus tard sur ce dernier pour zoomer sur le premier, à l’occasion de la sortie du double DVD du film majeur du cinéaste, Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, Grand prix spécial du jury à Cannes en 1969, Oscar du meilleur film étranger 1970. Et Carlotta de nous livrer là un modèle de DVD.



Fable d’une force subversive inouïe



Tout d’abord, le film. Plus de 40 ans après, une œuvre d’une force inouïe. Et d’une brûlante actualité. Alors qu’il vient d’être promu, un flic romain assassine sa maîtresse, et distille tous les indices possibles pour laisser accroire à sa culpabilité aux yeux de ses collègues. Quitte à inculper un mari perçu comme homosexuel. Ou bien un voisin, jeune, donc gauchiste, donc subversif. Et tout cela dans le but de jouer avec l’impunité dont il bénéficie du fait de son nouveau statut. Forcément, ça vous rappellera quelqu’un, en deça des Alpes. Ou bien au-delà !



C’est dire la force de cette fable socio-politique, menée de main de maître par Elio Petri. Gros plans expressifs sur Gian-Maria Volonte, incarnation idéale de l’arrogance et du mépris, décors marqués par l’anonymat ou la décadence, dialogues à faire frémir «("La répression est notre vaccin. La répression est la civilisation"), le tout sur une musique obsédante d’Ennio Morricone, le film évoque tour à tour l’absurde de Kafka, d’ailleurs cité en fin de film, le grotesque de Borges et la volonté de puissance de Nietzsche. Tout en restant inscrit dans l’actualité de l’Italie des années 70. Et qui trouve des prolongements bien inquiétants dans la nôtre. Bref, un film à redécouvrir d’urgence, dont Al Pacino avait acquis les droits pour le remaker made in Hollywood dans les 70’s.



Un DVD modèle



Ce DVD donne également l’occasion de re-découvrir le cinéaste italien au travers d’une foultitude de suppléments. La stratégie de la tension évoque le contexte dans lequel a été réalisé ce film (attentats de la Piazza Fontana de Milan alors attribués à l’extrême-gauche), et rappelle que le cinéaste, quasi menacé de prison, préfère quitter l’Italie quelque temps. Autre supplément à ne pas rater : Ennio Morricone évoque la construction la mélodie entêtante qui accompagne le film, sa relation au cinéaste, ainsi que de son activité en général, avant de passer au piano (regardez la vidéo).



Enfin, un passionnant documentaire nous permet de redécouvrir le réalisateur. Produit par sa compagne, il aborde un à un la plupart de ses films de ses débuts à sa fin prématurée (novembre 1982), mêlant documents d’archives, extraits, citations écrites et témoignages de comédiens, de techniciens. Ils sont tous là ! Ursula Andress, Vanessa Redgrave, Franco Nero, Robert Altman, Bernardo Bertolucci, le décorateur Dante Ferretti, Ennio Morricone, tous évoquent un homme chaleureux et humaniste, titulaire d’une Palme d’Or en 1972 pour La Classe ouvrière s’en va au paradis, et malheureusement passé un peu aux oubliettes. Parmi ses autres films les plus célèbres, on peut citer Todo Modo (1977), fable sur la démocratie-chrétienne avec Gian-Maria Volonte, et La 10ème victime (1965) fable pop de SF sur les relations hommes-femmes avec Ursula Andress et Marcello Mastroianni.



Espérons que cette édition permette de le remettre au 1er plan des cinéastes italiens. Allez, j’avoue : en visionnant Enquête.., c’est la 1e fois que je voyais un film du cinéaste. Hâte de découvrir le reste, hein Carlotta ;-)



Travis Bickle

jeudi 25 février 2010

Pietro Germi, cinéaste américain… à l’italienne !


Artistes : Dans la famille « Réalisateurs de comédies italiennes », on connaît sur le bout des doigts son Dino Risi, son Ettore Scola, son Mario Monicelli ou son Luigi Comencini. Pas sûr qu’on connaisse aussi bien son Pietro Germi ! 1000 grazie, ancora, a Carlotta ! Merci à eux de poursuivre ce laborieux mais nécessaire travail d’exploration cinématographique qui permet de sortir de l’oubli films et cinéastes délaissés par les éditeurs traditionnels.

Une œuvre variée et brutalement interrompue

Sortent ainsi ces jours-ci 3 DVD qui rendent compte de la variété de l’œuvre brutalement interrompue en 1974 de ce cinéaste italien méconnu, mais important. A qui l’on doit trois chefs-d’œuvre de la comédie italienne : Divorce à l’italienne (1961), Ces messieurs dames (1966) et Mes chers amis (1975), achevé par Mario Monicelli et distribué à titre posthume.

Les trois films édités par Carlotta reflètent la polyvalence et le talent d’un cinéaste qui n’était pas d’accord pour se caractériser comme « cinéaste typiquement italien », mais davantage comme réalisateur de films qu’on « pourrait très bien imaginer réalisés en Amérique, en Russie ou en Angleterre » (lire le dossier passionnant consacré au cinéaste par Positif, n°406).

vendredi 9 octobre 2009

L’oeuf du serpent : Bergman était dans Berlin, et regardait Abel

En DVD : Bon, allez, avant d’évoquer prochainement en long et en large Fellini (rétro et expo à la Cinémathèque fin octobre), un petit détour par Ingmar Bergman, via l’édition DVD par Carlotta de son film mal aimé, L’oeuf du serpent (The Serpent's Egg, 1977).
Je ne me lasserai pas de signaler la qualité du travail de cette maison d’édition, que ce soit son approche archéologique d’exhumation de trésors oubliés du cinéma, la remasterisation des copies ou la richesse et l’intérêt des bonus.
Bref : L’oeuf du serpent, bien que décrié par les bergmanophiles – le film le plus faible de son auteur, selon Michel Ciment… - est l’occasion pour ceux qui ne connaissent que partiellement le cinéaste suédois d’entrer par la petite porte dans l’univers du maître décédé il y a deux ans. La preuve par quatre.
Entre Fritz Lang et Bob Fosse
C’est tout d’abord une remarquable évocation du Berlin des années 20. Pas de doute : Bergman sait camper un décor, dépeindre une atmosphère. La nuit, le froid, le labyrinthe urbain, l’alcoolisme, la vie nocturne, les petits matins blêmes, la morgue, les chambres froides d’une clinique, les sombres méandres d’un service d’archives, le cadavre d’un cheval dépecé…
Déroulant son action entre le 3 et le 13 novembre 1923, Bergman compose une œuvre picturale qui évoque à la fois les grands peintres expressionnistes (Otto Dix…) et les cinéastes de l’époque, Fritz Lang notamment. Manière pour Bergman de régler sa dette envers le nazisme qui l’avait fasciné un temps, comme il le raconte dans ses mémoires, Laterna Magica.
Acrobaties et paranoïa
Et l’intrigue ? Une enquête à la limite du fantastique qui voit Abel, un acrobate américain, accusé du meurtre de son frère et de sept individus. Traqué par la police, ses démons et un antisémitisme latent, il se réfugie chez sa belle-sœur, une ex-acrobate devenue prostituée. C’est là qu’il rencontre un mystérieux médecin, mi-Mabuse mi-Mengele. Bref, du feuilletonesque, du serial, qui rappelle plus d’une fois Fritz Lang, mâtiné des obsessions bergmaniennes : l’angoisse, la paranoïa, le vide existentiel.
Pour interpréter cet homme à la dérive, aux côtés de sa muse et compagne Liv Ullman, on attendait son acteur fétiche Max von Sydow. Surprise : contraintes de co-production ? Choix de dernière minute ? Bergman fait appel à David Carradine, tout récemment décédé dans les mystérieuses conditions que l’on sait… Choix judicieux in fine d’un acteur étranger à cet univers, qui traduit parfaitement le caractère somnambule de son personnage.
Vision paranoïaque et kafkaienne de l’exil
C’est enfin un film de l’exil. Exil linguistique – c’est le seul film de Bergman tourné en langue anglaise. Exil géographique – c’est le seul film de son auteur tourné à l’étranger, contraint qu’il avait été de quitter la Suède pour des raisons fiscales. En demeure cette atmosphère cafardeuse, paranoïaque et kafkaïenne, propre à deux autres films d’exilés contemporains de L’œuf du serpent : Le Locataire de Polanski, et Monsieur Klein de Losey
Bref, à mi-chemin du Docteur Mabuse de Fritz Lang et de Cabaret de Bob Fosse, L’œuf du serpent s’impose comme une œuvre magistrale sur le Berlin de Weimar, un nid finalement fécond pour les obsessions de son auteur – même si elle ne possède pas la force de ses œuvres majeures (Le Silence, Persona, Fanny et Alexandre).
Travis Bickle

mardi 8 septembre 2009

La Contestation : Mai 68 vu par 5 cinéastes

En DVD : Dans la famille Films à sketchs italiens, je demande le film… politique. OK : des Monstres aux Nouveaux monstres, en passant par Hier, aujourd’hui, demain, la plupart des comédies à sketchs italiennes (et des comédies classiques - cf Hold-up sur Le Pigeon) ont pour la plupart un fond de satire sociale.
Mais rien à voir avec La Contestation. Rien à voir du tout. Quasiment invisible depuis sa sortie, le film est réédité grâce à Carlotta en DVD.
Témoignages à chaud
La Contestation – Amore e rabbia, en italien – c’est le manifeste cinématographique de cinq cinéastes en réaction aux évènements de mai 68.
Et pas des moindres : Pier Paolo Pasolini (Salo ou les 120 journées de Sodome), Bernardo Bertolucci (Dernier Tango à Paris), Marco Bellocchio (Buona notte, Le Diable au corps), le moins connu Carlo Lizzani. Et LE cinéaste de 68 par excellence, Jean-Luc Godard.
Bref, autant qualifier ce film de brûlot dans un pays dont le principal dirigeant souhaitait, lors de son élection, liquider l’esprit de mai 68 !
Surprise : bien que venant d'horizons différents, ces cinq visions politiques usent avant toute chose de la grammaire du cinéma comme outil politique. Ainsi, le sketch d’ouverture signé Carlo Lizzani s'impose tout naturellement comme le meilleur de la série. L'individualisme et l'indifférence qui règnent dans New York cacophonique y sont capturés nerveusement et implacablement, caméra à l’épaule. Digne d’Antonioni.
Ensuite, ça se gâte franchement. Bernardo Bertolucci nous livre son pire film, supplice de 25 minutes, un trip consternant d'une troupe de théâtre activiste se concluant en partouze métaphysique où chacun revendique ses positions politiques et ses colères. A vous donner envie d’adhérer illico à l’UMP !
Pamphlets 70's
Heureusement, le sketch de Pier Paolo Pasolini redresse la barre. En accompagnant les déambulations romaines d’un jeune homme insouciant, le cinéaste lui superpose des images violentes de guerre et des dictateurs. Si le segment de Jean-Luc Godard est fidèle à Godard – pour inconditionnels seulement… - , celui de Marco Bellocchio reste paradoxalement à la fois le plus engagé et le plus intéressant. Réalisé et interprété par le cinéaste, ce sketch fait plus d’une fois songer à l’univers de Nanni Moretti par sa hargne et sa radicalité.
Au final, cinq témoignages singuliers, cinq pamphlets contestataires, qui malgré leurs défauts et leurs excès font preuve d’une vitalité et d’un engagement dont le cinéma contemporain semble avoir perdu le secret.
Travis Bickle

jeudi 11 juin 2009

Le Grand Couteau : Hollywood autopsié au scalpel

En DVD : Tu aimes le cinéma ? Et plus particulièrement le cinéma hollywoodien ? Normal, tu es en train de lire Cineblogywood…
Alors, toutes affaires cessantes, tu vas te précipiter dans les bacs pour te procurer
Le Grand couteau (The Big Knife, 1955), dans une magnifique édition DVD signée Carlotta.
Un film qui est une radiographie au scalpel du fonctionnement d’Hollywood au temps du mccarthysme, tourné comme un véritable cauchemar les yeux ouverts, par celui que Chabrol surnomme affectueusement le gros Bob, Robert Aldrich.

Du brut, du brutal, de l’hallucinant
Aldrich, tu le connais pour avoir vu et revu Les Douze salopards, dont se serait inspiré l’ami Quentin Tarantino pour Inglourious Basterds (découvrez notre dossier : trailer, photos, buzz...). Autant dire un cinéaste efficace, parfois brutal, qui t’en met plein la gueule, pour reprendre un de ses titres. Mais pas que. La preuve avec ce Grand couteau, où il fait montre d’un talent hallucinant pour créer une ambiance cauchemardesque et paranoïaque digne d’un David Lynch, avec l’efficacité et la rugosité cynique d’un Sam Peckinpah.
Dénonciation des sirènes de la gloire, de l’argent et du pouvoir, description d’un homme tenaillé entre ses idéaux et sa soif de reconnaissance – interprété par un Jack Palance (Le Mépris, Bagdad Café) méconnaissable, sorte de colosse aux pieds d’argile – analyse des mécanismes de domination et d’asservissement, via la figure du producteur interprété par un Rod Steiger (Sur les quais) en blond peroxydé terrifiant, Le Grand Couteau, plus de 50 ans après sa réalisation, est une œuvre incroyable et d’une force peu commune sur le monde du cinéma.
Broyé par les studios
Si l’on songe parfois à Boulevard du Crépuscule, Eve ou Les Ensorcelés, c’est davantage par leur thème commun que par leur mise en scène. En assumant clairement l’origine théâtrale de son œuvre – une pièce de Clifford Odets, auteur dénoncé par Elia Kazan lors du mccarthysme – Aldrich livre une mise en scène polanskienne en diable : huis clos, omni-présence des plafonds et fausses perspectives dressent ainsi le paysage intérieur de Charlie Castle, le héros tourmenté incarné par Jack Palance, un homme en quête d’indépendance et inexorablement broyé par la machine des studios.
Bref, du cinéma brut, percutant et détonnant, à l’image des trois films que Big Bob tourne entre 1954 et 1955, (c’est-à-dire autour du Grand Couteau) : Bronco Apache, Vera Cruz et le cultissime En quatrième vitesse.
A noter : outre une B.O. lancinante et entêtante, un superbe générique créé par le débutant Saul Bass, qui réalisera ceux d'Alfred Hitchcock (Vertigo, La Mort aux Trousses), d'Otto Preminger (Autopsie d’un meurtre) ou de Martin Scorsese (Les Nerfs à vif, Casino).
Travis Bickle

jeudi 12 février 2009

Le Petit Fugitif ou Les 400 Coups made in US

En salles : Parmi les films marquants sur l'enfance, il y avait Le Kid de Charlie Chaplin, Le Petit voleur d'Eric Zonca, Le Petit criminel de Jacques Doillon, La Petite voleuse de Claude Miller – il y aura désormais Le Petit Fugitif (Little Fugitive). A la toute première place.
Curieux destin que cette oeuvre tombée aux oubliettes depuis 1954, malgré son Lion d'Argent à Venise et la renommée dont elle a joui à son époque ! Merci donc à Carlotta, encore elle, d'avoir déniché ce trésor pour le ressortir en salles dans une sompteuse copie. Et avec le recul, cinq ans avant A bout de souffle et Les 400 coups, ce Petit fugitif apparaît comme l'ancêtre de la Nouvelle vague. Pas moins.
Un formidable film d'apprentissage
L'histoire ? Toute simple : Joey (interprété par Richie Andrusco), 7 ans, erre dans Brooklyn, à la suite d'une mauvaise blague de son frère aîné qui en a la garde. Sinistre prétexte à une errance dans les rues de Brooklyn, puis sur les plages de Coney Island, un week-end d'été caniculaire. Filmée à hauteur d'enfant, avec une caméra conçue pour l'occasion – que Godard chercha à récupérer pour son propre cinéma ! - cette chronique fait partie de ces oeuvres apparemment fragiles mais dont la puissance, la vitalité et la liberté sont inversement proportionnelles à leur budget : énormes.
C'est tout d'abord un formidable film d'apprentissage : le temps d'un week-end, l'espace d'une fête foraine sur Coney Island, un gamin fait l'apprentissage de la solitude, de l'ennui, de l'amour, de l'errance, de la peur, du jeu, de l'argent, de la bagarre – bref, de la vie ! Sans que jamais ce ne soit sentencieux ou grave : léger, en apensanteur, à l'image de la canicule qui s'abat sur Coney Island, précédant un orage salvateur.
Un formalisme stupéfiant
Ensuite, de par ses conditions de tournage, de montage et de destin, ce film annonce par bien des points le cinéma de John Cassavetes, notamment Shadows. Réalisé avec 3 dollars 6 pences, en souscription, par Morris Engel, photographe de son état, en plein air, à l'aide d'une caméra si petite pour l'époque qu'elle permet de saisir le quotidien dans toute sa saveur, ce film fait preuve d'une belle énergie. Et d'un formalisme à tomber : plongée sur la plage désertée après l'orage, rais de lumière sous les pontons, sur fond entêtant d'harmonica...
Au final, il apparaît comme un témoignage unique sur une Amérique en train de se défaire de ses mythes – le cow-boy, le western, la famille – au profit de l'argent, du consumérisme et de la télévision qui pointent leur nez. Le trailer est à voir ci-dessous et dans notre playlist Wat.
Ironie de l'histoire : Le Petit Fugitif fait la une du numéro 31 des Cahiers du cinéma – détail a priori futile, sauf que cet exemplaire est passé à la postérité : un certain François Truffaut y fustigeait "Une certaine tendance du cinéma français" - article qui pose les jalons de la Nouvelle Vague.
Travis Bickle

samedi 6 décembre 2008

L’Esprit de la Ruche : la matrice du Labyrinthe de Pan

En DVD : A CineBlogywood, on aime tous les cinémas – sauf Rohmer, quoique, je persiste, je signe ! En tout cas, on adore le cinéma hispanique. Buñuel, Almodovar, Saura, bien sûr. Et plus récemment Amenabar ou Bayona – qui ça ? L’Orphelinat, courez-y. Et bien sûr, l’immense Victor Erice.
L’étrange señor Victor
Un cas, cet étrange señor Victor
: 3 films en 30 ans – qui dit mieux ? Et 3 chefs-d’œuvre, pas moins. Dont un suspense métaphysique haletant : Le Songe de la Lumière (El Sol del Membrillo, 1992), narrant la course à la montre que mène un peintre pour saisir en pleine luminosité naturelle déclinante des coings sur le point de tomber de leurs cognassiers... Si, si je vous assure : une de mes plus grandioses expériences de cinéma.
Mais là n’est pas le propos. Carlotta nous permet de redécouvrir son 1er film, L’Esprit de la Ruche (El Espíritu de la colmena), tourné en 1973. Nous sommes en 1940, dans l’aridité hivernale des plaines castillanes. Le cinéma itinérant projette un beau jour Frankenstein – oui, le Boris Karloff – sous les yeux des habitants du village. Dont ceux de la jeune Ana, incarnée par Ana Torent, future interprète de Cria Cuervos, dont la rengaine de Janette Porque te vas a dû bercer – soûler, peut-être ? – toute votre enfance.
Univers sensoriel
Tourments de l’enfance, fantômes du passé, mystères des adultes, innocence des rencontres, cette oeuvre contemplative n’occulte aucune des peurs enfantines. Par la précision de sa mise en scène, le cinéaste parvient à filmer cette chronique à hauteur d’enfant, sans jamais tomber dans la mièvrerie ou la compassion. Espaces immenses bercés par le vent et les nuages, ombres noctournes qui viennent s’imprimer sur l’écran blanc d’une chambre hantée par la solitude et l’ennui, Victor Erice compose un univers sensoriel qui imprime durablement nos mémoires.
Bon, j’avoue, on est plus près de Kiarostami que de Spielberg. Mais franchement, pour ceux qui ont adoré Le Labyrinthe de Pan ou L’Orphelinat, un film indispensable pour en découvrir la matrice. Et pour les autres, un film rare et précieux. Le trailer est à voir ci-dessous et dans notre playlist Wat.
Pour juger de l’impact durable de cette oeuvre, Carlotta propose également une édition comprenant le magnifique Cria Cuervos. Autre conseil : (re)visionnez Le Labyrinthe de Pan. Et vous découvrirez, stupéfait, l’influence des rayons Erice sur le cinéma hispanique, notamment celui de Guillermo del Toro
Travis Bickle


mercredi 8 octobre 2008

Carlotta (2/2) : Orgie de films !

En salles et en DVD : Pour fêter ses 10 ans d'existence, Carlotta nous convie à une véritable orgie de cinéma, sous toutes ses formes. Menu.
Sélection d'enfer au Champo
Tout d'abord, parce qu'un film ne se savoure jamais aussi bien qu'en salles, Carlotta régale les cinéphiles tout le mois d'octobre au Champollion, à Paris, avec une sélection d'enfer. Parmi les titres les plus alléchants, on retiendra la version intégrale du film mythique de Michael Cimino, La Porte du Paradis ; Blue Velvet de David Lynch ; Le Désert rouge de Michelangelo Antonioni ; The Shooting de Monte Hellman ; ou bien encore le trop rare Esprit de la ruche de l'Espagnol Victor Erice ; Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia de Sam Peckinpah ; ou bien La Vie privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder. Enfin, bon, j'dis ça, j'dis rien – y a plein d'autres titres...
Pour clore ce mois d'octobre made in Carlotta, le 22 octobre ressort en copies neuves Fenêtre sur cour (Rear Windows) d'Alfred Hitchcock, un réalisateur très cher au coeur du fondateur de Carlotta, Vincent Paul-Boncour (lire
Carlotta : la décade prodigieuse, l'entretien exclusif que VPB a accordé à Cinéblogywood). Une occasion unique de vérifier plus de 50 ans après la puissance d'un film qui ne cesse d'inspirer les cinéastes contemporains. Et pour Carlotta de boucler la boucle entamée il y a tout juste 10 ans, avec pour premier fait d'armes la réédition de La Mort aux trousses (North by Northwest).
Coffret DVD collector emblématique
Ce n'est pas tout : pour ceux qui n'ont pas la chance de pouvoir se déplacer jusqu'au Champo, Carlotta a édité un superbe coffret DVD collector - 10 titres emblématiques d'une ligne éditoriale qui allie variété, plaisir et exigence cinéphiliques (voir le trailer ci-dessous).

Cria Cuervos de Carlos Saura ; Tout ce que le ciel permet de Douglas Sirk ; Salo ou les 120 jours de Sodome de Pasolini ; Assurance sur la mort de Billy Wilder ; L'Aurore de Murnau ; Tous les autres s'appellent Ali de Fassbinder ; Voyage à Tokyo d'Ozu ; Le Temps des gitans de Kusturica ; La source thermale d'Akitsu de Yoshida ; et last but not least, l'ancêtre pop et 60's de Eyes Wide Shut, le superbe et méconnu Voyage à deux de Stanley Donen.
Bref, de quoi satisfaire tous les goûts. D'autant que chacun des titres est accompagné des bonus qui ont fait la réputation de Carlotta : docus inédits, entretiens exceptionnels, commentaires audios, etc. Pour le digeo : un livret collector de 80 pages.
Cerises sur le gâteau
Encore ? Eh bien, rayon nouveautés DVD, un énorme gâteau : un coffret John Huston ultime période, composé du Malin et d'Au-dessous du volcan, films inédits jusque-là en DVD made in France, et cerise sur le gâteau, sûrement deux des films les plus réussis de ce cinéaste prolifique, parfois désinvolte, souvent passionnant.
Enfin, grande première pour l'éditeur : la sortie en Blu-ray de deux titres bien appropriés au support, le Casanova de Fellini et One+One de Godard sur les Stones.
Bon appétit !!
Travis Bickle



mardi 7 octobre 2008

Carlotta (1/2) : La décade prodigieuse

Exclusif : Zoom sur Carlotta, 10 ans d'existence pour une société distributrice de films et éditrice de DVD qui a concilié l'inconciliable : l'exigence cinéphilique, le plaisir du cinéma et la maîtrise technique et éditoriale du DVD.
Au point d'être aujourd'hui un acteur incontournable du marché. Pour Cineblogywood, Vincent Paul-Boncour, le talentueux fondateur de la société, a accepté de revenir sur cette décade prodigieuse et d'évoquer l'avenir.
Les films de notre génération
Flash-back. Tout d'abord, pourquoi Carlotta ? Petit indice : le logo de la société représente une spirale, à vous donner le vertige. Quand on sait que VPB se déclare un admirateur inconditionnel de Hitchcock – pour preuve, à son premier actif, la société a ressorti il y a tout juste 10 ans La Mort aux Trousses en copie neuve – à moins de sueurs froides, plus aucun doute sur la réponse !
Principal objectif d'alors, tel qu'exprimé par son fondateur : "Ressortir en salles les films avec lesquels notre génération a grandi, Coppola, Scorsese, De Palma, Spielberg, et qu'on avait eu l'occasion de ne voir qu'à la télé ou sur cassettes". Parallèlement à ce travail, avec l'émergence du DVD, s'impose un prolongement sur des films dont Carlotta ne détient que les droits vidéo. C'est là que s'impose l'esprit Carlotta.
L'esprit Carlotta : késako ?
Ah, l'esprit Carlotta... Mais késako ? Laissons la parole à VPB, qui en parle mieux que personne : il s'agit de "faire découvrir ou refaire découvrir de grands classiques, des films méconnus, des films passés inaperçus au moment de leur sortie, des perles rares, des inédits". Comme en témoigne un catalogue impressionnant : de Kusturica à Pasolini, en passant par Oshima, Mankiewicz ou Antonioni.
Derrière un inventaire à la Prévert, deux lignes de conduite chez Carlotta président au choix des films : l'envie et la passion. D'où la volonté d'accompagner le plus loin possible toute nouvelle édition de DVD. Carlotta joue à fond la carte des relations presse, des avant-premières, etc. On les comprend : laisser s'encroûter de tels trésors, ce serait un crime presque parfait. Cria Cuervos, Raging Bull, Voyage à 2, Conversation secrète : autant de titres qui ont retrouvé le chemin des salles grâce à la passion de VPB et son équipe. Et Paul-Boncour d'ajouter : "La trilogie Morrissey (Flesh, Heat et Trash) est l'un des événements DVD dont je suis peut-être le plus fier".
DVD not dead
Et dans 10 ans ? Pour Vincent Paul-Boncour, aucun doute : "Le DVD a encore de belles années devant lui, quoi qu'on en dise. On ne sera pas dans le même rapport de transition entre la VHS et le DVD, et le DVD et le Blu-ray. On croit beaucoup encore au support matériel". D'autant que l'impressionnant travail fait par Carlotta en matière de restauration, de recherche de témoignages ou de suppléments à vocation pédagogique et cinéphilique est irrémédiablement lié au support matériel du DVD.
Surfant sur une ligne éditoriale proche de WildSide ou des Editions Montparnasse, Carlotta se veut néanmoins un pionnier en pariant sur le support Blu-ray pour conquérir les nouvelles générations. Premiers titres édités, dès ce mois-ci : One + One de Godard et le Casanova de Fellini. Car comme le rappelle Vincent Paul-Boncour, "on est aussi dans un rapport d'amour du cinéma ; nous, éditeurs comme WildSide, MK2, ou les éditions Montparnasse, on a un rôle à jouer vis-à-vis du public. Avec le Blu-ray, on ne peut pas se permettre des éditions médiocres par rapport à cette technologie, à la cinéphilie et au renouvellement des générations".
Et dans 10 ans ?
Et dans 10 ans, quels films récents Carlotta aimerait avoir à son catalogue ? "Lynch, Cronenberg, Almodovar. Mais comme leurs films ont déjà été édités en DVD, ce n'est pas la même chose que Pasolini qui n'avait jamais été édité. Je pense aussi à James Gray et Michael Mann : ce sont des cinéastes qui nous correspondent, bien qu'édités ailleurs."
Et VPB de concéder ce qui constitue pour le moment un regret : "(Si j'avais carte blanche pour éditer ou distribuer un film) je reviendrais à mes premières amours - même si on sait qu'on ne le fera pas : par affection et par fétichisme, ce serait Vertigo [Sueurs Froides]. C'est pour moi le film ultime et qui me touche le plus au monde".
Ah, Carlotta, tu n'as pas fini d'envoûter les cinéphiles...
Présentation des événements autour des 10 ans de Carlotta mercredi
Travis Bickle