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jeudi 22 novembre 2018

Amanda : ce sentiment de l’automne

En salle : Après Memory Lane (2010) et Ce sentiment de l’été (2016), Mikhaël Hers creuse son sillon en proposant sa vision des événements parisiens de janvier et novembre 2015. Certes, ils n’en constituent pas le cœur, juste une toile de fond. Suffisamment irradiante pour toucher le spectateur, parisien ou pas, et s’imprimer durablement dans ses souvenirs. En raison du charme lancinant et entêtant qu’il diffuse, provoqué par la grâce de ses interprètes et la délicatesse du travail effectué au niveau du son, de la lumière et des décors. 


Le premier film sur les attentats ?

Même s’il avait été – involontairement – précédé par Nocturama de Bertrand Bonnello, Amanda est le premier film français qui prend pour toile de fond les attentats parisiens de janvier et novembre 2015 perpétrés contre la rédaction de Charlie Hebdo et différents lieux de vie parisiens, dont le Bataclan. On est cependant à mille lieues du pamphlet politique ou de la fable : en s’appuyant sur un événement de même ampleur, mais complètement fictif, le réalisateur propose une balade mélancolique dans un Paris chaviré par le chagrin, baigné d’une douce lumière automnale, s’appuyant sur le portrait de deux êtres directement frappés par les événements, Amanda, 7 ans, qui y perd sa mère, et son oncle, David, 24 ans, qui y perd sa sœur. Balade qui se transforme sous nos yeux en un récit de deuil et d’apprentissage.


Balade aux saveurs de l’automne

Car le film est conçu comme une véritable balade à travers Paris – d’abord insouciante, sous les couleurs du début de l’été ; puis lestée du poids du deuil et des responsabilités à venir, sous des couleurs plus sombres et automnales. Très beau travail de Sébastien Buchmann, auquel il faut associer celui de Dimitri Hautet, Vincent Vatoux et Daniel Sobrino au son, qui parviennent à donner une véritable épaisseur et crédibilité aux lieux parisiens hors des sentiers battus filmés par Mikhaël Hers, à l’instar d’un Eric Rohmer : place Voltaire, le parc de Vincennes, les abords de la Gare de Lyon ou ceux de la place des Fêtes. Un parti pris qu’il applique aux autres lieux de l’intrigue – Périgueux et Londres. Et qui compense la relative confusion narrative du premier tiers de l’intrigue, et le léger ennui qu’il suscite.

Duo magique

Une intrigue portée par un duo d’acteurs exceptionnels : Isaure Multrier, 7 ans, qui n’est pas sans rappeler la Ponette du film éponyme de Jacques Doillon, notamment dans sa faculté à affronter le tragique de la perte et du deuil, en refoulant ses larmes, ou par des petits détails du quotidien qui renforcent le tragique de la disparition : "Où as-tu mis la brosse à dents de maman ?". Elle bouleverse constamment, sans jamais tomber dans la mièvrerie. C’était là le risque majeur du rôle dévolu à Vincent Lacoste, celui de l’oncle adulescent parisien, absolument pas préparé à la situation – qui l’eût été ? - ni à devoir accélérer sa mue vers l’âge adulte en adoptant sa nièce, désormais orpheline. Toute la grâce et la légèreté de l’acteur contre-balancent le ton parfois mélodramatique dans lequel versent certaines situations ; inversement, le parti pris mélodramatique de certaines scènes donnent davantage de poids et d’épaisseur au jeu de l’acteur, désormais indispensable dans le cinéma français.

Lumineux retours de Marianne Basler et Greta Scacchi

Enfin, dans des seconds rôles d’une intense présence, il faut signaler le retour de deux actrices qui ont émergé dans les années 80 et retombées depuis dans un relatif oubli – au cinéma en tout cas. Marianne Basler, d’une part, dans le rôle de la tante, prévenante et attentive, révélée dans Le Mystère Alexina (1984) de René Féret et Les Noces barbares (1987), de Marion Hansel ; Greta Scacchi, d’autre part, dans le rôle de la mère désormais londonienne, révélée par James Ivory dans Chaleur et Poussière (1982) et Diane Kurys dans Un homme amoureux (1987), toujours parée d’un sourire lumineux.

Travis Bickle

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