vendredi 2 novembre 2018

Dragnet : 2 flics pas vraiment amis-amis

En DVD et Blu-ray : Dragnet. Non, ce n'est pas l'ancêtre de Tinder mais une série policière TV américaine (et avant cela, une émission de radio) créée par Jack Webb dans les années 1950 et relancée à plusieurs reprises jusqu'aux années 2000. Une série culte aux USA qui, pour le grand public français, est surtout connue à travers son adaptation cinématographique de 1987, une comédie avec Dan Aykroyd et Tom Hanks. Laquelle est désormais dispo dans un combo DVD et Blu-ray.


De la série, le film a conservé le principe de la voix off qui narre le récit, les quatre notes lançant le générique et un héros à cheval sur les principes parlant d'une voix monocorde. 


Pour le reste, oublié le noir et blanc, abandonné le traitement sérieux de l'enquête. Place à une comédie très marquée par les années 1980, jusque dans la musique signée Ira Newborn, le compositeur des scores d'Une Créature de rêve, La Folle journée de Ferris Bueller et pas mal d'autres films de John Hughes mais aussi de Police Squad, la série des ZAZ et ses dérivés cinématographiques (Y a-t-il un Flic...). Dragnet le film s'inspire d'ailleurs aussi de l'esprit des aventures du lieutenant Drebin, sans tomber la succession de gags et loufoqueries concoctée par les frangins Zucker et leur pote Abrahams. Le Flic de Beverly Hills plane aussi sur cette comédie, même si la course-poursuite en voiture de Dragnet est nettement moins réussie que celle qui ouvre le film de Martin Brest.

Buddy movie

On retrouve le principe du buddy movie, avec le flic hyper carré, voire complètement coincé, et son jeune équipier qui se fout des règles. Le premier est interprété par Dan Aykroyd. Costume cintré, feutre recouvrant une chevelure parfaitement coupée, posture droite, paroles réduites au minimum et débitées au rythme d'une machine à écrire, chaque mot ayant pour but de faire avancer l'enquête... Joe Friday est un dinosaure au LAPD. Il faut dire qu'il est le neveu du détective Friday (l'un des héros de la série originale). Donc pas un marrant et Aykroyd est parfait dans le rôle, à l'instar de son interprétation du trader d'Un Fauteuil pour deux - l'arrogance en moins. Face à lui, le jeune Tom Hanks, qui était alors abonné aux rôles de jeune branleur (cf Le Palace en délire, 1984). Et Pep Streebek est un flic qui bafoue le règlement, usant de déguisements pour ses filatures under cover et, comble de l'horreur, préférant les sushis aux hot dogs dégoulinant de sauce. Le sourire permanent, le regard qui frise, la démarche chaloupée... Tom Hanks fait le clown, et plutôt bien.


Le comique de Dragnet repose essentiellement sur l'association contre-nature de deux flics que tout oppose. Mais qui, évidemment, vont finir par s'apprécier, Streebek devenant plus rigoureux tandis que Friday va se décoincer. Autre plaisir du film (que je n'avais pas revu depuis une location au vidéoclub dans les années 1980) : les seconds rôles. Il y a d'abord Christopher Plummer, parfait dans son jeu très premier degré dans le rôle d'un prédicateur bien décidé à évacuer le vice de la Cité des Anges ; Dabney Coleman (Docteurs in Love, Tootsie, Wargames) et sa moustache dans le rôle d'une sorte de Hugh Hefner zozotant ; Alexandra Paul, dans le rôle d'une jeune vierge nommée Mary (oui, oui) et aussi quelconque que dans Christine ; Jack O'Halloran (la brute de Krypton dans Superman et Superman II) dans le rôle du méchant homme de main ; Kathleen Freeman (habituée des films de Jerry Lewis et la soeur Mary dans Les Blues Brothers) en témoin mal luné. A noter la présence également de Harry Morgan, qui avait joué dans les séries Dragnet et Mash.

Soyons honnêtes, la réalisation de Tom Mankiewicz, fils de Joseph et scénariste réputé (plusieurs James Bond, Superman, la série L'Amour du risque), n'a rien de transcendante. Sans atteindre le niveau des grandes comédies des années 80, Dragnet est un film qui se regarde avec plaisir, ne serait-ce que pour apprécier l'évolution du jeu de Tom Hanks. L'édition d'Elephant Films propose un beau master haute définition ainsi qu'un bonus très intéressant dans lequel Cédric Delelé, journaliste à Mad Movies, explique pourquoi cette comédie est finalement proche de l'univers de... James Ellroy ! Et c'est bien vu.

Anderton

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