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07 avril 2011

Mean Streets : voyage en Scorsesie


En DVD et Blu-ray : J’ai une théorie : tout grand réalisateur, à un moment ou un autre de sa carrière, réalise SON film-matrice, qui à lui seul rassemble, condense, résume toute son œuvre. Longtemps, j’ai cru que pour  Martin Scorsese, il s’agissait de Casino. Mais je n’avais pas vu Mean Streets…. Incontestablement, l’événement DVD de ce 1er semestre ; incontestablement, mon événement DVD de ce 1er semestre. Sublime copie qui restitue les éclats graphiques de la mise en scène de Scorsese, DVD modèle bourré de bonus totalement jouissifs pour tous les scorsesiens de la planète. Encore un travail exemplaire de Carlotta.

Œuvre fondatrice, œuvre matrice, Mean Streets l’est à plus d’un titre. C’est d’abord le film de la rencontre De Niro-Scorsese, l’un des duos les plus fructueux du cinéma. 6 films ensemble, et un en préparation, avec Pacino et Pesci – WTF !! Malgré un rôle secondaire, De Niro crève l’écran, au point de faire de l’ombre à l’alter ego d’alors du cinéaste, Harvey Keitel, tout de même !

Ensuite, tous ses thèmes y sont rassemblés en à peine 1h30 : New York, Little Italy, Elizabeth Street, ses petites frappes, ses combines, et sa violence latente. S’y ajoute le grand sujet de la 1ère partie de sa carrière : le fatras mystico-religieux de la punition divine, de la culpabilité et de la rédemption. Fatras qui alourdit Taxi Driver, et même Raging Bull. Mais qui là se trouve à sa juste place : celui d’un artefact, d’une posture, d’une toile de fond !

Sa cinéphilie y affleure de façon constante : sont ouvertement cités La Prisonnière du Désert de Ford et La Tombe de Ligeia de Corman, ou les affiches du Point de Non-Retour de Boorman et de Husbands de Cassavetes, tandis que la bande à Keitel n’a de cesse de se réfugier dans les salles obscures pour tuer le temps. Impossible d’ailleurs de ne pas penser aux Vittelloni, de Fellini, dont Scorsese dans sa fabuleuse histoire du cinéma italien vantera l’influence majeure qu’il a exercée sur sa mémoire. Cinéphilie fouettée par un sa musicalité : intro sur Be my baby des Ronettes ; entrée fracassante de De Niro dans le bar sur Jumpin Jack Flash ; bruit de fond constant lié aux airs d’opéra
qui sortent des arrière-salles de bars et de restaurants.

Et enfin, c’est tout le style de Scorsese qui s’y trouve magnifié, notamment l’hyper-réalisme urbain et nocturne proche du documentaire pour nous montrer Little Italy le temps des cérémonies napolitaines
de San Gerrano importées en plein NY– hyper-réalisme qu’il faut d’autant plus souligner que la quasi-intégralité des intérieurs ont été tournés à… Los Angeles !

Une ébauche rageuse, fébrile et rock’n roll de Casino

Mais au-delà de la description quasi-documentaire du NY des 70’s, Scorsese parle de ce qu’il connaît le mieux : lui, sa famille, ses amis. D’où ce plan d’ouverture sur un homme qui se regarde dans la glace – une figure de style jusque dans son dernier film : remember 1er plan de Shutter Island, DiCaprio se rinçant le visage face à une glace. "Peu de réalisateurs ont été autant que lui influencés par le milieu dont ils sont issus, leur éducation, l’ambiance dans laquelle ils grandirent (…). Et Scorsese est sans doute le seul cinéaste qui ait jamais consacré un documentaire à ses parents !", note Tavernier dans son dico 50 ans de cinéma. D’où l’apparition jubilatoire de sa famille – de son oncle, dans le rôle d’un parrain local ; de sa mère dans un rôle court, mais capital, et qui multipliera par la suite les apparitions – notamment en compagnie de son mari, le père de Martin, dans L’âge de l’innocence ; de Scorsese lui-même, cheveux noirs, longs et gras, en ange exterminateur. Et enfin, parce que Scorsese y inaugure SA figure de style : le travelling avant, image tremblée et fébrile, à l’image de l’entrée de Ray Liotta dans l’enfer des Affranchis

Bref, si Casino constitue le sommet stylistique et thématique de son art, Mean Streets en est la 1ère ébauche, plus inégale, certes, mais plus rageuse, fébrile et rock’n roll !

A ne pas manquer : les bonus du DVD – itv audio de Scorsese sur la place du film dans sa trajectoire ; un docu d’époque sur le retour de Scorsese dans Little Italy, notamment chez sa mère ; une itv du chef opérateur du film Kent Wakeford. Et pour les chanceux, procurez-vous le blu-ray : y figure le documentaire de Scorsese consacra à ses parents, Italian American, de 1978.

Travis Bickle

1 commentaire:

FredP a dit…

Le blu-ray est simplement sublime. Il rend vraiment justice à ce film culte !
Et côté bonus on est aussi bien servis, ItalianAmerican est aussi intéressant sur les origines et donc tout le cinéma de Scorsese.

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