DOSSIER

27 avril 2011

Exposition Kubrick : un vrai Kubrick-à-brac


Buzz : Alors, cette expo Stanley Kubrick ? Bah, bof….Trop attendue ? Surmédiatisée ? Décevante, forcément décevante…Une vraie fausse bonne idée. Je vais essayer d’expliquer pourquoi.

D’abord, la disposition des lieux : en dédiant une salle à chacun des films de Kubrick, l’exposition entérine l’idée – fausse d’après moi – selon laquelle chaque film tourné par le maître en clôt définitivement le genre. Comme s’il réalisait à chaque fois l’œuvre définitive sur le genre. Ensuite, parce qu’en visitant une exposition consacrée à un cinéaste, on est en droit – encore plus si celle-ci se tient dans le temple du cinéma, la Cinémathèque – de s’attendre à ce que les images circulent, se répondent, se confrontent. Or là encore, grosse déception : les traditionnels témoignages à la gloire de Kubrick côtoient les extraits des films. Point barre.

Enfin, - et c’est surtout ici que l’expo s’avère très décevante – c’est qu’elle ne met jamais en perspective les films par rapport aux univers de la mode, du design, de la musique ou de la peinture. Pourtant, Dieu sait s’il y avait de quoi faire ! En quoi la peinture anglaise est venue nourrir l’univers pictural de Barry Lyndon, ou bien le design l’ambiance futuriste d’Orange Mécanique ou de 2001.

Et ce 1er étage d’accumuler les objets emblématiques – la machine à écrire de Jake Torrance, les tables sexy et design d’Orange mécanique, les manuscrits, scénarios, les plans de tournage, etc… - comme dans une vaste brocante dédiée à Stanley Kubrick.

Et l’étage supérieur fut…

Une expo uniquement pour fétichistes ? En gros, oui ! Heureusement, l’étage supérieur comble davantage les attentes et suscite la curiosité. Il nous révèle les replis de son œuvre – en tout cas, ses aspects les moins connus. A savoir, les clichés que le jeune Kubrick a pris dans les années 50 pour Look – s’y dévoile son art du cadrage et son goût pour les personnages décalés ; d’autre part, les immenses recherches accumulées pour préparer le tournage de 3 films finalement restés dans les cartons : une biographie de Napoléon (avec une bibliothèque d’ouvrages consacrés à l’empereur à faire pâlir de jalousie tous les napoléonologues du monde entier !) ; un film de SF qui deviendra AI, finalement réalisé par Spielberg après la mort de Kubrick ; Aryan papers, projet auquel renoncera le cinéaste, en raison d’une thématique trop proche de La Liste de Schindler sorti peu de temps avant.

Trois coups de chapeau

Au-delà de cette exposition finalement décevante, il nous reste tout d’abord ses films. La meilleure façon d’aborder son œuvre, quoi qu’on en dise ! Trois coups de chapeaux néanmoins à tirer, à l’occasion de ce printemps Kubrick :

- la réédition augmentée - et définitive ? de la bible Kubrick que lui a consacrée Michel Ciment chez Calmann-Lévy. Longs entretiens, témoignages inédits, superbe iconographie, la somme définitive sur le cinéaste, indispensable dans vos rayons.

- Les Cahiers du Cinéma, pourtant pas les plus ardents défenseurs du cinéaste, consacrent une vingtaine de pages passionnantes dans leur dernier numéro, sur les projets inaboutis de Kubrick entre 1990 et 1995. Un angle original, et vraiment passionnant, notamment une interview de l’actrice néerlandaise Johanna ter Steege, pressentie pour le rôle principal, et qui n’hésite pas à comparer le cinéaste avec Philippe Garrel… !

- enfin, un hors-série indispensable, que l’on doit à Trois Couleurs. Le mag MK2 a fait un remarquable boulot. En se focalisant sur les allers-retours entre l’œuvre de Kubrick et la mode, le design, la photo, la peinture, elle comble les manques de l’exposition. Et réalise un tour de force : proposer une expo portative de poche, superbement illustrée, constamment intéressante, toujours innovante. A coup sûr, Kubrick himself aurait adoré…

Travis Bickle

1 commentaire:

Tu l' a dit…

Ca c'est de la rubrick !

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