Dossier

jeudi 14 août 2014

Une renaissance américaine : Scorsese, Burton, Tarantino and co


A lire : Une renaissance américaine, c'est une somme. Un must read. Une bible. 40 ans de cinéma américain, une trentaine d'entretiens, par l'un de ses plus grands connaisseurs, rien de tel pour se remettre d'équerre avec l'une des cinématographies les plus riches et les plus passionnantes du moment. Et pour refuser les clichés sur le cinéma américain, à l'heure où les blockbusters, les bons et les mauvais, sont projetés en salles, comme chaque année. Et qui permettent de mesurer son état artistique et économique.


Odyssée sur 40 ans

Pour nous guider au travers de cette odyssée, il n'y avait pas meilleur guide que Michel Ciment. Outre ses ouvrages de référence sur Stanley Kubrick, Elia Kazan, Joseph Losey et John Boorman, on le retrouve mensuellement dans la revue Positif , hebdomadairement sur France Inter et France Culture. Sans compter ses multiples contributions universitaires et éditoriales. Là, il porte un regard rétrospectif sur le cinéma américain, en publiant une trentaine d'entretiens avec les plus grands réalisateurs américains des 40 dernières années réalisés et publiés dans Positif.

Scorsese, Eastwood, Coppola, Cimino, Gray, Tarantino, les frères Coen, Soderbergh, tous y figurent. Du bonheur, même si rien de neuf, sous le soleil, me direz-vous. Surtout à côté du colossal travail d'un Michael Henry Wilson – A la porte du paradis, dont nous reparlerons très vite – ou d'un Bertrand Tavernier – Nos amis américains, ou bien 50 ans de cinéma américain, co-écrit avec Jean-Pierre Coursodon. Pas faux, à deux remarques près, capitales.

A un tournant clé

Si Michel Ciment a effectivement exhumé des interviews de cinéastes désormais reconnus, il les a choisies en fonction d'un moment déterminant, où leur carrière ni leur sort n'étaient encore joués. Celle de Martin Scorsese, par exemple, date de 1978, au moment où celui-ci sortait du gigantesque projet de New York New York et de The Last Waltz ; celle de Francis Ford Coppola, de 1982, au moment où ses projets industriels et visionnaires venaient de s'effondrer face à l'échec commercial de Coup de cœur. Ou enfin celle de Paul Schrader (1978), alors illustre inconnu en France, mais célèbre critique et scénariste aux Etats-Unis, interviewé à l'occasion de son premier film d'inspiration sociale, Blue Collar, et qu'on aimerait bien revoir un jour.

Redécouvertes

Pour autant, le critique ne se cantonne pas aux cinéastes les plus célèbres. La force de cette anthologie est de nous faire redécouvrir certains cinéastes, si ce n'est oubliés, en tout cas minorés dans l'esprit du grand public. Barbara Loden, par exemple, épouse d'Elia Kazan, auteur d'un seul film, magnifique, rebelle et sans cause, Wanda ; Lodge Kerrigan, promis à un bel avenir avec Clean Sheaven (1994), et désormais associé à la réalisation de certains épisodes de la série Homeland ; James Toback, réalisateur de Fingers (1972), scénariste de Bugsy et du Flambeur, cinéaste d'inspiration dostoievskienne, à l'univers noir et autodestructeur ; ou bien le senior Monte Hellman, cinéaste culte des années 70, brisé par les échecs commerciaux de ses films, malgré l'éclat arty et fulgurant de Macadam à deux voies (1972), un road movie bien plus dérangeant qu'Easy Rider.

Fructueux partis pris de flash back

Grâce à ce parti pris de flash-back, on redécouvre avec stupeur les propos passionnants d'un George Lucas, tout juste au sortir du premier épisode de sa saga Star Wars. Interview qui permet de revenir aux sources de la trilogie, sur ses courts métrages expérimentaux, sa formation d'anthropologue, son peu de goût pour la réalisation, son inclination pour la production, ses relations avec Coppola, Spielberg et De Palma. Et d'où il ressort que ce premier épisode n'avait coûté que... 8,5 millions de dollars ! Autres scoops rétrospectifs égrenés au fil de la lecture : on y apprend que Samuel Fuller avait proposé à Martin Scorsese de jouer dans The Big red One ; ou bien qu'à l'origine, Hardcore, le deuxième film de Paul Schrader, devait être joué et produit par Warren Beatty !

Spielberg, le centre gravitationnel

Certes, on pourra, comme dans tout exercice de ce style, regretter l'absence de certains cinéastes – Brian De Palma, Sidney Lumet, David Fincher ou Terence Malick. Reste néanmoins un grand absent : Steven Spielberg, pourtant souvent cité,  et qui apparaît en creux comme une sorte de parrain générationnel entre les anciens et les modernes, la planète centrale, esthétique et commerciale, autour de laquelle s'est construite l'industrie cinématographique américaine de ces 30 dernières années.

Enfin, dernier petit paradoxe pour cet ouvrage qui se veut le témoin d'une renaissance esthétique : sa trop faible iconographie... Détail somme toute mineur, pour un ouvrage majeur, qui met en perspective l'immense travail d'une revue comme Positif, d'un journaliste et spécialiste comme Michel Ciment, pour donner sens à un cinéma trop facilement réduit à sa dimension business et mercantile.
Michel Ciment, Une renaissance américaine, entretiens avec 30 cinéastes, Nouveau Monde Editions

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