Dossier

mardi 20 janvier 2015

Une merveilleuse histoire du temps : fantastique et académique


En salles : Qui n’a jamais entendu parler de Stephen Hawking ? Que ce soit ses apparitions dans quelques films ou séries, jusqu’aux Simpson, Futurama ou The Big Bang Theory, ou le simple fait de citer son nom, l’astrophysicien est aujourd’hui une sommité mondiale. On a l’impression de l’avoir toujours connu ainsi, avachi dans son fauteuil roulant, privé de la parole et de quasiment tous ses mouvements et s’exprimant grâce à un ordinateur, donnant lieu à des scènes parfois franchement drôles, qu’il se moque de lui-même ou qu’il soit tourné en dérision.

Mais avant la maladie de Charcot, Hawking était un fringant et brillant étudiant de l’Université de Cambridge. C’est à cette époque de sa vie qu'Une merveilleuse histoire du temps commence.
 
Le tour de force d’Eddie Redmayne
C’est le beau gosse de la pub Burberry avec Cara Delevingne en 2012 (non, vous ne rêvez pas) qui prête ses traits au personnage. Et il n’est pas novice en la matière. A l’affiche du film Les Misérables l’année dernière où il poussait la chansonnette, en admiration devant Marilyn (Michelle Williams dans My Week with Marilyn) ou dans le rôle du fils perturbé de Julianne Moore dans Savage Grace, Eddie Redmayne a déjà bien roulé sa bosse.

Et le constat est sans appel : son interprétation est fantastique (il a remporté le Golden Globe du meilleur acteur pour le rôle et est également en course pour l’Oscar). Car c’est une véritable douleur d’assister à la déchéance physique d’un homme si jeune, parfois jusqu’à la gêne. Redmayne a travaillé avec un médecin pour apprendre à représenter précisément tous les stades dégénératifs. Il en devient presque méconnaissable.

La terrible maladie de Stephen Hawking, diagnostiquée l’année de ses 21 ans, lui fait entrevoir une mort certaine dans les deux ans qui suivent. Mais à force de volonté, d’espoir et grâce au soutien sans faille de Jane (Felicity Jones, elle aussi en course pour l’Oscar), sa future femme qui lui donnera trois enfants, Hawking deviendra celui que l’on connaît. Le triomphe de l’intelligence et de l’esprit sur le corps presque inerte lorsque seul le cerveau est épargné par la maladie.
Un film presque trop académique
Dans la lignée de La TaupeLe discours d’un roi et The Imitation Game, autre Oscar contender de cette année, le film est un d’un académisme certain. Bande originale impeccable, extrêmement maîtrisé, quitte à être un peu figé et parfois trop policé jusqu’ à éluder des scènes promptes à accentuer l’intensité dramatique.
 
Jane Hawking est parfaite en toutes circonstances, entre deux grandes respirations pour garder le contrôle d’elle-même, quand on aimerait la voir un peu plus face à ses doutes, autres que concernant ses sentiments. La foi à elle seule ne peut justifier une telle maîtrise. On aurait également aimé entrevoir les états d’âme de Stephen Hawking (voix off ?), certes drôle et plein d’esprit d’après sa femme et son infirmière, sa grande force étant aussi sans conteste émotionnelle. Comment ne pas sombrer lorsque l’on prend conscience de sa propre déchéance ? The Queen ou La dame de Fer étaient intéressants parce qu’ils dévoilaient les failles de ces femmes de premier plan.
James Marsh, auteur du récent Shadow Dancer avec Clive Owen, et Oscar du meilleur documentaire pour Man On Wire (Le funambule) sur Philippe Petit (auquel Robert Zemeckis consacre son prochain film The Walk) est sans nul doute un réalisateur à suivre. Avec ses cinq nominations aux Oscars, pas trop loin derrière The Imitation Game, le film prouve que la British Connection est plus en forme que jamais.
 
Joanna Wallace
Enregistrer un commentaire