Dossier

vendredi 5 juin 2015

La Rançon de la gloire : trois Charlot et un "coffin"


En DVD et Blu-ray : C'est une histoire sordide que celle de La Rançon de la gloire. Et pourtant, Xavier Beauvois en a tiré un film drôle et poignant, que la sortie en vidéo permet d'apprécier à sa juste valeur.

Le fait-divers suisse a légitimement ému l'opinion internationale, en 1978. Comment deux individus en sont-ils venus à déterrer le cercueil de Charlie Chaplin, récemment décédé, et à exiger une rançon contre sa restitution à la famille ? Xavier Beauvois apporte une réponse tout en finesse. Sans chercher à coller exactement à la réalité, il nous présente Eddy le Belge et Osman l'Algérien, immigrés en terre helvète. Le premier sort de taule, le second l'accueille dans son baraquement, où il vit avec sa petite fille tandis que sa femme est hospitalisée. Ce n'est pas avec son salaire de cantonnier qu'Osman peut faire face aux frais d'hôpital, ni assurer les études de sa fille, qui rêve de devenir vétérinaire. Eddy le filou au grand cœur veut aider son ami. La mort de Charlot et les hommages qui suivent lui donnent cette idée folle : voler le cercueil et demander un million de dollars contre sa restitution. La star qui a incarné le miséreux débrouillard aurait certainement apprécié. Osman hésite, se débat puis se laisse convaincre.
 
Sans parole 
 
Benoît Poelvoorde et Roschdy Zem forment un duo épatant. Toutes leurs émotions contradictoires passent sur leurs visages. Leur jeu, tout en retenue, très naturaliste, achève d'ancrer le film dans une réalité crue, mais jamais glauque. Aux moments poignants, succèdent les scènes de pure comédie. Car les deux lascars sont de sacrés charlots, notamment lorsqu'il s'agit dans un anglais approximatif de négocier la rançon et la remise du cercueil, le "coffin". A leurs côtés, il y a la petite Seli Gmach, toute belle, toute innocente, qui rend aux yeux du spectateurs d'autant plus insupportables les conditions de vie de la famille. On est frappé par autant d'injustice. Formidable également, Nadine Labaki (l'épouse hospitalisée) : sa force de caractère et son intransigeance morale viennent faire douter le pauvre Osman dans quelques scènes pleines d'humour. Quant à Peter Coyote, il est impeccable en majordome dévoué à la mémoire de Chaplin. Chiara Mastroianni et quelques membres de la famille Chaplin complètent ce beau casting.
 
Les dix premières minutes du film disent tout, sans grand discours : l'amitié, la misère, la dignité... On est pris au cœur et à la gorge. Beauvois refuse le mélo et signe une belle comédie à l'italienne. On pense forcément à Pain et chocolat (1972, Franco Brusati), qui raconte les déboires d'un immigré italien sur les rives du Lac Léman. Les références à l'univers de Charlot se retrouvent tout au long du film (la machinerie du bateau qui rappelle Les Temps modernes, le cirque qui évoque Le Cirque...). L'hommage de Beauvois passe aussi par des séquences muettes, portées par la splendide musique de Michel Legrand.
 
Pour couronner cette belle édition, signée FranceTV Distribution et TF1 Vidéo, un court-métrage de Charlot, aperçu brièvement dans le film, vient rappeler le génie du bonhomme.
 
Anderton
 
 
 

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