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lundi 22 juin 2015

Mark Rydell : retour sur un cinéaste mal connu


Artistes : La réédition le 29 juillet prochain de son film le plus célèbre, The Rose, nous offre l'occasion de faire un focus sur la carrière de son réalisateur, le finalement pas si connu Mark Rydell.
 
Touche à tout – il est également jazzman, acteur, producteur –, proche de Sydney Pollack, Mark Rydell appartient à la famille des cinéastes jamais reconnus, pourtant auteurs de 2-3 hits au BO (The Rose, La Maison du lac, La Rivière), d'oeuvres singulières (Les Cowboys, seul western dans lequel meurt John Wayne, ou bien des adaptations de DH. Lawrence et William Faulkner), voire carrément ratées (Intersection, remake des Choses de la vie), ou inédites en France (Harry and Walter go to New York).
 
Né en 1929 à New York, Mark Rydell est un pur enfant du Bronx. Diplômé de littérature et de philosophie, il se destine à la musique, débute comme pianiste de jazz, après avoir été organisateur de spectacles pour l'Armée américaine basée en Extrême-Orient en 1946. C'est en 1952 qu'il se lance dans la carrière d'acteur, qui le conduira à suivre les cours de l'Actor's studio. Il y côtoie James Dean et Elia Kazan. De 1956 à 1962, il tient des rôles réguliers dans des soap opera. C'est dans ses activités TV qu'il fait la connaissance de Sydney Pollack, Martin Ritt et Irvin Kershner, avec lesquels il entretiendra une longue amitié. Il débute au cinéma comme acteur, notamment dans Face au crime (1956), de Don Siegel avec John Cassavetes. On le reverra par la suite notamment dans Le Privé, de Robert Altman (1970), Havana de Sydney Pollack (1992) et Hollywood Ending de Woody Allen (2002). De 1963 à 1966, il passe à la réalisation TV en dirigeant une cinquantaine d'épisodes de séries, dont Les Mystères de l'Ouest, Le Fugitif ou Gunsmoke. Il crée au début des années 70 une maison de production avec Sydney Pollack : grâce à eux verront le jour, entre autres, Jeremiah Jonson et L'Epouvantail.
 
C'est donc en tant que réalisateur qu'il demeure le plus connu, malgré une activité peu prolixe. Souvent considéré comme un filmmaker plutôt que comme un auteur, on peut lui reconnaître un style : une technique irréprochable ; un goût assuré pour les compositions d'acteurs ; primauté accordée aux émotions, à l'humain et à la nature ; enfin, une photo souvent chatoyante, qu'elle soit nocturne, urbaine ou rurale, due à son étroite collaboration avec Vilmos Zsigmond (3 films en commun, Permission d'aimer, The Rose, La Rivière, et indirectement, La Maison du lac, photo signée Billy Willimas, sur recommandation du célèbre chef op). Retour sur sa filmo.

Le Renard (The Fox, 1967). Pour son premier film au cinéma en tant que réalisateur, Mark Rydell s'attaque à une nouvelle de DH. Lawrence. Huis clos sur fond d'homosexualité féminine, Le Renard obtient un grand succès critique et commercial, qui permet à Mark Rydell de poursuivre sur sa lancée avec une autre adaptation. 



Reivers (1969). Autre gros morceau pour Mark Rydell : adapter le dernier roman de Faulkner, en compagnie de Steve McQueen. Qui y joue le rôle d'un adolescent sur le point de devenir adulte. Chronique picaresque et truculente située dans le Sud des Etats-Unis au début du XXe siècle, Reivers dégage un parfum de nostalgie qui n'est pas sans rappeler La Dernière Séance, de Peter Bogdanovitch.


 
Les Cowboys (The Cowboys, 1972). Considéré comme le western le plus gonflé de son époque, Les Cowboys doit sa réputation au meurtre de John Wayne, assassiné 20 minutes avant la fin du film... C'est pourtant un très beau film d'apprentissage, où des enfants apprennent à devenir adultes dans un monde corrompu.



Permission d'aimer (Cindirella Liberty, 1973). Dans une veine proche de John Cassavetes, Mark Rydell narre l'idylle entre un marin et une prostituée. Typique des années 70, le film, drôle et amer, s'appuie sur les remarquables compositions de James Caan et Marsha Mason. Et la photographie de Vilmos Zsigmond. A redécouvrir !



Harry and Walter go to New York (1976). LA curiosité de la filmographie du cinéaste !! Inédit en France en raison de son échec cinglant aux Etats-Unis, charcuté par la Columbia, cet avatar de L'Arnaque situé à New-York à la fin du XIXe siècle bénéficie d'un incroyable casting : Diane Keaton, James Caan, Elliot Gould, Michael Caine, Charles Durning, Lesley Ann Warren ! A noter : la photo signée Laszlo Kovacs, l'autre grand Hongrois de la lumière à Hollywood dans les années 70.


 
The Rose (1979). Son film le plus célèbre, à juste titre. Sous ses allures de biopic consacré à Janis Joplin, Mark Rydell démontre un savoir-faire exceptionnel et livre un modèle de ce que devraient être tous les biopics musicaux : intense, poignant, enivrant. Le film doit énormément à Bette Midler, à la fois triomphante et pitoyable, attachante et détestable, mais aussi au casting masculin : Frederic Forrest et Alan Bates. Enfin, la puissance de la mise en scène de Mark Rydell ne serait rien sans le travail exceptionnel accompli par Vilmos Zsigmond à la photo. Présenté au Festival de Cannes en 1978, nominaton aux Oscars pour le réalisateur. A redécouvrir en salles le 29 juillet.



La Maison du lac (On Golden Pond, 1981). Cette adaptation d'une pièce de théâtre vaut surtout pour son casting : le couple mythique Katherine Hepburn-Henry Fonda (dans son dernier rôle) réuni autour de Jane Fonda. Un film comme seuls les Américains savent en faire : efficace, émouvant, mais diablement sirupeux. Mais la splendeur de la photographie donne à cette chronique familiale une réelle intensité. Le plus gros succès commercial du réalisateur. 10 nominations aux Oscars. Unique Oscar pour Henry Fonda. Et pour Katherine Hepburn.



La Rivière (The River, 1983). Mélodrame rural sorti en plein reaganisme, le film narre la lutte de paysans du Tennessee pour faire front aux intempéries et aux grands groupes avides de racheter leurs terres pour construire un barrage. Des moments exceptionnels – les intempéries, le final en forme d'hymne à la solidarité – font de La Rivière une œuvre puissante et humaniste, version modernisée des classiques ruraux signés Ford ou Vidor, portée par un casting investi : Mel Gibson, Sissy Spacek, Scott Glenn.



For the boys (1991). Retrouvailles de Mark Rydell avec deux de ses acteurs porte-bonheur : James Caan et Bette Midler, pour une fresque qui va de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, sur la trajectoire d'un couple d'entertainers chargés de distraire et remonter le moral des troupes américaines. Parfois maladroit – notamment dans sa dernière partie, en raison d'un maquillage pas très réussi – le film reste une ambitieuse évocation de l'histoire contemporaine, avec de très brillants morceaux musicaux dominés par Bette Midler. Sorti en pleine Guerre du Golfe, le film subit un échec commercial immérité. A réévaluer, très certainement.



Intersection (1994). remake américian des Choses de la Vie, Intersection a très mauvaise réputation, comme une sorte de version soap opera du chef-d'oeuvre de Sautet, avec Richard Gere, Sharon Stone et Lolita Davidovitch. A vérifier ?



Après cet échec critique et commercial, Mark Rydell s'efface peu à peu des radars de Hollywood. Il signe en 1996 un film TV, Le Crime du siècle, consacré à l'enquête ayant abouti à l'arrestation du kidnappeur présumé du fils de l'aviateur Charles Lindbergh, en 1932, Bruno Richard Hauptman, avec dans le rôle principal Stephen Rea ; un biopic consacré à James Dean, Il était une fois James Dean, avec James Franco, en 2001 ; Even money, en 2006, resté inédit en France, avec un casting king size – Kim Basinger, Forest Whitaker, Danny de Vito, Ray Liotta – consacré à l'univers du jeu.

Travis Bickle
 
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