lundi 1 juin 2015

Ex Machina : La bombe A.I, Aïe, Aïe !


En salles (le 3 juin) : Ex Machina, dont nous avions déjà évoqué la scène de danse culte il y a quelques semaines, sort en salles ce mercredi. Sélectionné parmi des milliers de candidats, Caleb (Domhnall Gleeson, vu dans Unbroken), codeur surdoué, accède à la récompense suprême : découvrir la première intelligence artificielle, la troublante Ava (Alicia Vikander, l’actrice à suivre), et rencontrer Nathan (Oscar Isaac), son créateur, CEO de l’équivalent de Google. Déposé en hélicoptère non loin de la villa de Nathan, perdue au milieu de nulle part, Caleb pénètre les lieux pour une semaine qu’il n’est pas prêt d’oublier...




Un face-à-face brillant

La grande réussite de Ex Machina, c’est tout d’abord son face-à-face entre Caleb (Domhnall Gleeson), à l’esprit vif mais naïf et un peu rigide, et Nathan (Oscar Isaac), génie à la dégaine improbable et au cynisme qui fait mouche. Nathan fait tout pour mettre son hôte à l’aise. Seulement Caleb n’a pas franchement d’humour, et les discussions tournent vite court, ce qui donne lieu à des scènes et des échanges particulièrement drôles, comme celui-ci : 
Nathan : "Caleb, c’est quoi ton genre ? 
Caleb : "De fille ?"
Nathan : "Non, de vinaigrette."
Intellectuellement et physiquement, ils sont à l’opposé. Une situation que le réalisateur Alex Garland utilise habilement pour faire lentement glisser Caleb, mal à l’aise, vers la paranoïa. 

Robots, huis-clos, parano

Car qui croire ? La ravissante Ava, douée de sensibilité, presque humaine, et robot hyper-féminin dont la plastique plus vraie que nature ne laisse pas Caleb indifférent ? Ou le mystérieux Nathan, parfois agaçant, misogyne, mais humain, cependant ? Caleb lui-même, enfermé dans ses contradictions, n’aspirerait-il pas à devenir Nathan, en dépit de ce tout ce qu’il lui reproche ? Une situation à devenir fou. Où l’on ne sait plus qui manipule qui, où est la réalité, s’il fait jour ou nuit, bref une perte de repères absolue, servie par une mise en scène intelligente. Alex Garland a ce talent d’écriture déjà à l’œuvre sur plusieurs films de Danny Boyle. On citera 28 jours plus tard et surtout Sunshine pour le parallèle.

Post-humanisme

Bien que le thême ait été maintes fois traité au cinéma, Ex Machina parvient à l’enrichir. Après la formidable métaphore Her de Spike Jonze, ou comment tomber amoureux d’une simple voix, bref d’une femme virtuelle sans enveloppe charnelle, le film va plus loin. Car Nathan possède deux robots : Kyoko, sa bonne à tout faire et satisfaire, dépourvue d’intelligence mais pas d’un physique avantageux. Et Ava, première intelligence artificielle, une réussite absolue à tous points de vue, dont Caleb ne manque pas de s’éprendre. Serait-ce la prochaine étape du post-humanisme ? Tomber amoureux de son robot ? Ou l’asservir à loisir ? Mais à quel prix ? Le film pose en tous cas une question éthique fondamentale et joue avec la peur, le désir, le refoulement.

Avec plus de 23 millions de dollars de recettes au B.O. américain, le film est déjà un beau succès outre-atlantique qui a propulsé son réalisateur British Alex Garland vers un prochain projet, toujours de science-fiction, avec... Natalie Portman dans le rôle-titre. Tout un programme.

Joanna Wallace



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