CANNES 2024

lundi 21 novembre 2022

Il était une fois Ennio Morricone

Ennio Morricone DVD CINEBLOGYWOOD

En Blu-ray et DVD : Giuseppe Tornatore a consacré un film émouvant à son partenaire et ami Ennio Morricone. En deux heures et demi qui passent à toute vitesse, le cinéaste italien lève le voile sur le génie torturé d'un compositeur dont les airs sont passés à la postérité.


Le titre du film, Ennio, ne reflète pas un manque d'imagination. Il traduit l'évidence d'un prénom qui parle de lui-même, sans besoin d'y accoler un adjectif forcément laudateur. Il exprime aussi la simplicité d'un homme entièrement tourné vers son art. Devant la caméra d'un de ses réalisateurs fétiches, Il Maestro, en confiance, se raconte. Son enfance pauvre, l'initiation à la trompette (l'instrument joué par son père), l'apprentissage auprès de maîtres de la "grande musique", ses expérimentations jusque dans les chansons pop et les bandes originales qu'il compose à la chaîne. Bourreau de travail, Ennio Morricone veut se réinventer à chaque création. Pour autant, il accorde peu de considération à ces projets commerciaux et ressent cruellement le dédain à peine voilé de ses professeurs et pairs. Ce manque de reconnaissance est vécu comme une humiliation. Plus d'une fois, la gorge du compositeur se noue, ses yeux s'embuent. On découvre un artiste à fleur de peau et comment pourrait-il en être autrement, lui qui a donné vie à des mélodies aussi bouleversantes.

Malgré les succès, publics et critiques, Ennio Morricone s'est longtemps vu comme un compositeur de second rang. Il semble s'être réconcilié avec son art sur le tard, découvrant après nous l'excellence de son travail. Même ses anciens camarades du conservatoire, compositeurs de "grande musique", ont reconnu leur erreur de jugement et se sont excusés auprès de lui. Les témoins que Tornatore a interviewés ne sont pas uniquement là pour dresser le panégyrique de Morricone : musiciens, compositeurs, cinéastes (Clint Eastwood, Roland Joffé, Bernardo Bertolucci, Oliver Stone, Barry Levinson, Pat Metheny, Paolo et Vittorio Taviani, Dario Argento, Bruce Springsteen, Marco Bellocchio, Hans Zimmer, Quentin Tarantino...) participent à nous faire comprendre son art et sa technique mais aussi sa personnalité complexe, entre réserve naturelle et besoin de reconnaissance. Plus d'une fois, Morricone s'est fait prier pour mettre en musique un film ou s'est emporté quand un réalisateur a été trop directif dans ses consignes, quitte à tourner les talons - pas toujours définitivement d'ailleurs.

L'homme sait ce qu'il fait et comment il veut le faire. Il l'explique face caméra, parfois devant un piano. Car Giuseppe Tornatore a eu la chance de commencer son film du vivant de Morricone. Il a ainsi pu pénétrer dans son appartement romain, qui croûle sous les partitions, dossiers et livres, interroger longuement le compositeur et aussi le diriger pour quelques magnifiques séquences associées à de nombreuses images d'archives ainsi qu'à des scènes de films désormais cultes.

On est emporté par des compositions célèbres ou méconnues, dont on apprécie la beauté éternelle. Nous voici ici ou là gagnés par l'émotion. On aimerait que le film ne se termine jamais. Le Pacte complète l'édition vidéo par plusieurs suppléments : une dizaine de thèmes tirés de films (dont l'ordre ne correspond pas toujours aux titres mais cela donne l'occasion de faire jouer ses connaissances) à écouter, un entretien avec Tornatore, un petit making-of et une scène coupée. Le plus beau bonus que l'éditeur nous offre, c'est celui de vouloir (re)voir les films dont Morricone a composé la musique.

Anderton


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