Dossier

dimanche 22 septembre 2013

Lola Montès : un splendide Blu-ray pour un chef-d'oeuvre maudit

En Blu-ray : Chef-d'oeuvre maudit. Si l'expression est trop souvent utilisée à tort et à travers, elle s'applique complètement à Lola Montès (1955) que Gaumont sort dans une sublime version restaurée, avec des bonus passionnants.


 
A l'origine du film, il y a un livre signé Cécil Saint-Laurent. L'auteur de Caroline Chérie s'intéresse à la vie mouvementée d'une danseuse du XIXe siècle devenue courtisane scandaleuse, qui collectionna les amants célèbres, notamment Franz Liszt et Louis Ier de Bavière - au point d'ailleurs de provoquer une révolution dans cet Etat allemand. Les ingrédients révés pour un film mêlant aventure, strass et petites tenues. Flairant le bon coup, les producteurs de Gamma Films songent à réaliser une sorte de déclinaison de Caroline Chérie. Son interprète, Martine Carol, incarnerait donc la sulfureuse Lola. Et le film serait tourné en cinémascope et en stéréo. Trois conditions que les producteurs imposent à Max Ophüls, cinéaste français d'origine allemande dont les dernières oeuvres (La Ronde, Le Plaisir, Madame de...) prouvent qu'il sait filmer les destins contrariés des femmes avec élegance et romantisme.

Carol pas chérie

Sauf qu'Ophüls pestent contre les contraintes techniques et le choix de l'actrice principale. Le sex-symbol, devenu star mondiale grâce à Caroline Chérie, est plus réputé pour ses formes généreuses que pour son jeu d'actrice. Mais le cinéaste n'a pas le choix. Il décide alors de construire le film autour d'un spectacle de cirque, dont Lola Montès est la principale attraction. Chaque moment de sa vie est évoqué par des tableaux vivants, qui donnent parfois lieu à des flash-backs. Brillante idée qui réduit Martine Carol à un simple rôle de poupée. C'est l'immense Peter Ustinov qui, en Monsieur Loyal du spectacle, porte le film sur ses épaules.

Et pour les scènes où l'actrice doit jouer, Ophüls s'avère impitoyable afin qu'elle sorte le meilleur d'elle-même. Dans un bonus, les réalisateurs Claude Pinoteau et Alain Jessua, qui ont participé au tournage, n'hésitent pas à dire que Martine Carol est nulle et que sa piètre prestation a contribué au retentissant échec du film. Je les trouve un peu dur. Lorsque l'actrice tourne Lola Montès, elle est certes une grande star mais sa carrière est déjà sur le déclin. A cela s'ajoute une vie privée tourmentée. L'actrice est marquée et, mis à part quelques manques de nuances ici et là, son jeu tantôt volcanique, tantôt intériorisé donne vie à son personnage. C'est clairement son plus beau rôle.

Baroque et inventif

L'idée du script est somptueusement mise en scène. Grand maître des mouvements de caméra, Ophüls enchaîne les plans inventifs, virevoltants, gracieux, jouant et se jouant des contraintes du cinémascope. Décors et costumes sont splendides ; leurs couleurs explosent à l'écran. Lola Montès est un film baroque, qui stupéfie toujours, près de soixante ans après sa sortie. Une sortie qui, en 1955, s'avère pourtant catastrophique : les spectateurs sortent de la salle, furieux, eux qui attendaient un nouveau Caroline Chérie. Malgré les soutiens de Godard, Truffaut et de grands cinéastes, la critique a également la dent dure. C'est un bide.

Les producteurs reprennent alors le film, le tronçonnent, coupant des scènes, remontant l'histoire dans un ordre chronologique. Une aberration. Il faudra attendre plusieurs décennies pour que les détenteurs des droits, en accord avec Marcel Ophüls, le fils de Max, avec l'aide de la Cinémathèque et le soutien de généreux mécènes, rétablissent l'oeuvre dans sa version originale. Celle que nous propose Gaumont dans ce Blu-ray magnifique. Laissez-vous envoûter par Lola Montès.

Anderton


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