mardi 3 septembre 2013

Runaway Train : action et méditation à train d'enfer


En salles : Cela fait combien de temps que vous n’êtes pas resté cramponné à votre fauteuil devant un film d’action ? Croyez-moi : en prenant ce Runaway Train, vous ne partirez pas pour une petite promenade de santé ! De ses premières images terrifiantes jusqu’à sa conclusion bouleversante sur du Vivaldi, Runaway Train s’impose comme l’un des plus grands films d’action des années 80. Dont l’oubli relatif est désormais effacé grâce à Carlotta qui le ressort dans une copie numérique remastérisée.


En revoyant ce pur film d’action virtuose, présenté à Cannes en compétition en 1986, à l’intrigue minimaliste – l’odyssée de deux évadés de prison, prisonniers d’un train fou lancé à toute vapeur, en plein Alaska - on est frappé par l’alliance de talents qui sont parvenus à bâtir à la fois un pur film d’action et dont l’épure s’apparente à une méditation sur la condition de l’homme – pas moins ! La preuve en 4 points :

1 - Au scénario original, Akira Kurosawa. Le cinéaste avait tenté d’adapter cette histoire en 1966 aux Etats-Unis, avant de jeter l’éponge suite à un désaccord avec ses producteurs. Et on retrouve là tout ce qui a pu fasciner l’auteur des 7 samouraïs : une histoire de poursuite obstinée ; un décor qui se prête aux tours de force cinématographiques – un train foudroyant les neiges de l’Alaska ; son intérêt pour les duos masculins ; enfin, les accents métaphysiques qui se dégagent d’un voyage in fine initiatique. Et le film de s’achever sur une citation du Richard III de Shakespeare – un auteur ô combien familier du cinéaste japonais…

2 - Au scénario final, Edward Bunker. Taulard devenu romancier et scénariste sur le tard, on lui doit la véracité, la brutalité et la violence des premières scènes, se déroulant dans un pénitentier au fin fond de l’Alaska. Admiré de James Ellroy, il a souvent été adapté au cinéma, notamment Le Récidiviste d’Ulu Grosbard et Animal Factory, de Steve Buscemi. Il joue également M. Blue dans Reservoir Dogs.

3 - A la caméra, Andrei Konchalovsky. Qui fait preuve d’une véritable maestria technique pour nous faire vibrer sur le sort de deux hommes – bientôt rejoints par une femme – prisonniers du froid, de la vitesse et de la tempête. Plans larges ou moyens, panoramiques, plans rapprochés, défilent avec une précision remarquable. Et dont la lisibilité est valorisée par un montage tendu à l’extrême ! Pour un résultat à la fois beau, oppressant, physique, sans le moindre recours au numérique – du très grand art !

D’Andrei Konchalovsky cinéaste russe, cadet d’un autre cinéaste russe, Nikita Mikhalkov, on ne retient le plus souvent que sa période américaine : Le Bayou, Duo pour une soliste, Tango & Cash. Et surtout le sublime et déchirant Maria’s Lovers, avec la non moins sublime Nastassja Kinski, entourée de Keith Carradine et John Savage. C’était alors la caution "auteuriste" de l’inénarrable duo Golan-Globus, fondateurs de la Cannon, qui offrit ses heures de gloire au pire du ciné US reaganien des 80’s - Stallone et Over the top et Cobra, en passant par Chuck Norris ou Dolph Lundgren. Avec Runaway Train, il offre au duo de producteurs un fleuron du meilleur cinéma d’action hollywoodien.

4 - Un savoir-faire indéniable qui aurait souffert de tourner un peu à vide s’il ne s’était appuyé sur le talent de ses acteurs. Eric Roberts, frère de, alors star montante de Hollywood, en jeune chien égaré, compose un personnage à la Sean Penn des débuts, totalement incontrôlable, avide de liberté. Face à lui, il fallait un roc pour incarner ce prisonnier endurci par la violence de la prison. A l’époque, le choix de Jon Voight paraissait osé. Avec le recul, quelle magnifique idée ! Prématurément vieilli, véritable animal mû par l’instinct de survie qui s’humanise in fine, il égale un Toshiro Mifune. Un rôle mythique de plus pour celui qui fut Macadam CowBoy et qu’on vit dans Délivrance, Coming Home ou The General.

Souvent improprement comparé au dernier film de Tony Scott Unstoppable, Runaway Train s’apparente plutôt aux grands road movies des années 70, qui pointent l’absurdité du monde et la solitude intrinsèque à la condition humaine : Macadam à 2 voies, de Monte Hellman, ou Point Limite Zero, de Richard Sarafian. Métaphysique et action, vous disais-je.

Travis Bickle

Enregistrer un commentaire