mercredi 25 septembre 2013

Antonioni : de l’œuvre charnière au trip expérimental


En DVD et Blu-ray : Depuis sa mort le 31 juillet 2007, l’œuvre de Michelangelo Antonioni demeure vivace, intense, vivante. Nouvelle preuve avec la double édition DVD/BR par Carlotta de deux œuvres du cinéaste italien, deux films qui ont en commun d’être des adaptations littéraires : Femmes entre elles (1955), d’après Cesare Pavese ; et Le Mystère d’Oberwald (1980), une adaptation de la pièce de Jean Cocteau L’Aigle à deux têtes. Deux films singuliers qui correspondent à deux moments bien précis du parcours du cinéaste.


Femmes entre elles : œuvre charnière

Femmes entre elles, d’abord. Cette adaptation de la nouvelle Les Amies de Cesare Pavese (La Mort viendra et elle aura tes yeux, Le Métier de vivre) est la chronique dure et impitoyable de l’intégration progressive d’une Romaine dans le cercle de bourgeoises de la bonne société turinoise. Mais là, rien à voir avec Women de Cukor, Chaînes conjugales de Mankiewicz ou même avec Desperate Housewifes ! Car toute l’intrigue tourne autour de la tentative de suicide de l’une d’entre elles, prétexte au dévoilement par le cinéaste d’une galerie d’hommes et de femmes gagnés par un sentiment de désastre existentiel, d’amour impossible et de solitude insondable.

Must have de tout cinéphile

On le voit : tout ce qui fera d’Antonioni l’un des maîtres du cinéma européen à partir de sa trilogie L’Avventura - La Nuit - L’Eclipse est déjà à l’œuvre : dissection de la mécanique des sentiments, mise en place d’une géographie de l’intime, mélange d’élégance et de désespoir, peinture sans fard de figures féminines centrifuges. A cet égard, certaines scènes – l’excursion à la mer notamment – et la présence de Gabrielle Ferzetti rappellent étrangement L’Avventura. Mais parce que derrière lui, une longue carrière de documentariste – La gente del Po, Les vaincus – domine, on ne voit pas encore sa faculté à s’extraire du dialogue et à repousser toute forme de psychologisme. Œuvre charnière, certes, mais dont la tragique beauté qui s’en dégage en fait un must-have de tout cinéphile qui se respecte.


Le mystère du Mystère d’Oberwald

A l’opposé, Le Mystère d’Oberwald. Réalisé en 1980 à la demande de Monica Vitti et de la RAI, après 5 ans d’absence sur les écrans et une période d’errance hors de l’Italie, ce film reste un mystère à lui seul. Jugez-en plutôt :
- un matériau d’origine inattendu : une pièce de Cocteau s’inspirant des amours d’Elisabeth d’Autriche et de Louis II de Bavière et qu’on aurait bien vue adaptée par un autre Italien, Visconti
- qui plus est, théâtral : donc, présence de longues tirades et dialogues, c’est-à-dire l’opposé de ce qui constitue la matière du cinéma d’Antonioni
- et en costumes ! Ce qui pour le peintre de la modernité qu’est Antonioni relève du contre-sens.
- et hormis Monica Vitti, un casting d’inconnus, plus inexpressifs les uns que les autres….

Trip expérimental parfois stone

Bref, un film de commande, totalement éloigné des préoccupations et du style du cinéaste ! Pour autant, Antonioni, alors en quête de nouveaux horizons picturaux – il venait de se mettre à la peinture – décide de se réapproprier l’œuvre en tournant en vidéo – à l’époque procédé expérimental. Ce qui lui permet de colorer l’image en fonction des sentiments des personnages. Résultat : un film parfois stone – reconnaissons-le ! – mais traversé de fulgurances picturales tour à tour audacieuses et ridicules. Transféré sur du 35 mm, le numérique d’alors ne rend malheureusement pas toujours compte de la beauté des peintures filmiques du cinéaste.

Au total, donc, deux films mineurs du maestro, mais suffisamment rares et intrigants pour se les procurer. D’autant qu’ils sont accompagnés de l’éclairage d’Aurore Renaut, spécialiste du cinéma italien, qui permet de remettre ces deux films dans leur contexte de production et dans la carrière du cinéaste.

Travis Bickle

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