lundi 30 novembre 2015

Mia Madre : mamma mia !

En salle (le 2 décembre) : Nanni Moretti, acteur, réalisateur italien, européen... Combien sont-ils désormais en Europe à pouvoir attirer rien que sur leur nom producteurs, acteurs, critiques et publics ? Almodovar mis à part, je ne vois pas... Combien sont-ils, l’âge aidant, à se remettre en cause, tout en restant eux-mêmes, sans concession, en donnant une part plus grande à l’émotion et à partir de l’intime toucher l’universel ? Avec Mia Madre, injustement ignoré du jury du Festival de Cannes, Nanni Moretti s’inscrit définitivement dans la lignée des plus grands cinéastes.

 
 
Pourquoi ? A ses débuts, à l’orée des années 80, Nanni Moretti écrivait, jouait, se mettait en scène dans de exercices d’autofiction rageurs et colériques, au point d’être comparé à une sorte de Woody Allen italien. A partir de Journal intime s’est fait jour un personnage plus apaisé, plus mature, plus adulte, tout en restant auto-centré. Sa Palme d’or décrochée en 2001 pour La Chambre du fils le fait basculer dans l’émotion et l’universel.

Mia Madre consacre ce tournant. Si on retrouve condensés les thèmes chers au cinéaste de Journal intime -  la vie face au travail, la difficile conciliation entre désir individuel et le collectif, l'engagement et le désengagement –, on découvre un Nanni Moretti en retrait, dans un rôle secondaire, celui du frère discret, mélancolique, dévoué, posé, rassurant, irréprochable. A l'opposé du personnage principal, la sœur, metteur en scène, réalisatrice, égotiste, capricieuse, et qui fait du mal aux autres avec ses angoisses.
 
Entre illusion et quotidien

Des moments irrésistibles ponctuent Mia Madre : John Tuturro recommençant la même scène  au volant d'une voiture, le même dansant pendant une pause dans le tournage.  Mais ce qu'on retient, c’est la grâce avec laquelle la caméra circule comme en rêve, dans les couloirs, l'appartement de la mère, comme un lieu riche de mémoire, rempli de livres, d'objets personnels chargés d'histoire. Des moments d’autant plus émouvants que ce sont ceux de la propre mère du cinéaste. Ou bien lorsque sur une ballade mythique de Leonard Cohen (Famous Blue Raincoat), le personnage principal, alter ego du cinéaste italien, pour la première fois interprété par une femme, remonte lentement une file de spectateurs qui semble infinie, devant un cinéma où est projeté Les Ailes du désir de Wim Wenders. Entre rêve et réalité. Entre passé et présent. Entre illusion et quotidien. Magique.

Bref, en racontant les derniers moments de sa propre mère décédée pendant le montage de son précédent film Habemus Papam, Nanni Moretti touche à travers le singulier l’universel. Du séjour à l'hôpital aux souvenirs et à l'oubli, tout est traité de manière à la fois simple et sensible. Sans aucun faux pas. Au point qu’à la fin après avoir lâché de nombreux sourires,  difficile de réprimer ses larmes.  De l’émotion à l’état brut. Sublime.
 
Travis Bickle
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