mardi 3 novembre 2015

Bébert et l'omnibus : anar et jubilatoire !

En Blu-ray : En cette période cynique et haineuse, Gaumont a eu la lumineuse idée de sortir en version remastérisée Bébert et l'omnibus (1963), une comédie anar et jubilatoire d'Yves Robert qui prouve que l'insolence n'est pas forcément synonyme de méchanceté. Bien au contraire !

 


 
Malpoli, désobéissant, fugueur... aujourd'hui, Bébert du 77, la dizaine rebelle, serait montré du doigt comme un "jeune sauvageon de banlieue" impropre à s'insérer dans notre généreuse République. Il saoule tout le monde, ce gamin. Surtout, sa famille, qui est nombreuse et bordélique. A la veille d'un départ en vacances, les Martin font quelques emplettes dans un grand magasin parisien : ça cavale, ça crie, ça se perd dans les rayons. Et Bébert qui en rajoute. Le voilà confié à son grand frère, Tiennot, tandis que les parents et les trois autres rejetons filent prendre le train pour retourner dans leur Seine-et-Marne. Mais l'aîné des Martin n'est pas du genre nounou, ce qui l'intéresse, c'est écouter sa petite radio miniature et draguer les filles. C'est un miracle qu'il arrive à prendre le dernier train avec son frangin. Sur le quai, le Tiennot retrouve un pote, accompagné de deux amies, alors forcément, le Bébert, c'est le cadet de ses soucis. Il part faire la bringue en wagon de tête et laisse Bébert en queue de train. Lequel se sépare en deux. Bébert est désormais seul dans un Omnibus...
 
Il va en faire de drôles de rencontres, Bébert. Au départ, les gens sont plutôt bienveillants mais il leur en fait vite voir de toutes les couleurs. Pendant ce temps, Tiennot, catastrophé, se démène pour retrouver son frérot perdu.
 
Anar et titis
 
Yves Robert filme avec beaucoup de tendresse ce petit gamin gouailleur, qui se tient mal mais qui, au fond, n'est pas méchant. Les gendarmes, les flics, les agents SNCF sont des braves gars ; les salauds, ce sont les bourgeois : la cul-pincée du train (Tsilla Chelton, la future Tatie Danielle !) ou l'industriel cocufié. L'amant de sa femme (interprété par Yves Robert lui-même) fait d'ailleurs figure de sympathique Robin des bois. Anar, le cinéaste ? Assurément ! Cinq ans avant mai 68, il signe un film explosif (littéralement). Et en profite au passage pour balancer quelques trouvailles visuelles parfois étonnantes. Les gags fusent, les répliques claquent. On rit de bon cœur. Il n'y a pas de méchanceté dans le film, juste des vacheries.
 
Face à la caméra d'Yves Robert, une ribambelle de "seconds rôles" qui campent des personnages hauts et en couleurs (alors que le film est noir et blanc - superbement restauré d'ailleurs) : Pierre Mondy, Michel Serrault, Jean Richard, Pierre Tornade et les futurs gendarmes de Saint-Tropez, Jean Lefebvre, Christian Marin, Guy Grosso et Michel Modo. C'est un jeune Jacques Higelin qui incarne Tiennot. Il le joue grand dadais au grand cœur et au phrasé de titi parisien. Dans le rôle de Bébert, le cousin de Zazie (dans l'omnibus, pas dans le métro), Martin Lartigue, le petit Gibus de La Guerre des Boutons ("Si j'aurais su, j'aurais pas venu"). Le gamin a grandi mais il a gardé sa même bouille ronde et son air frondeur. Tête à claque et attendrissant en même temps. En bonus du Blu-ray, une interview du bonhomme aujourd'hui : fringué en poulbot, Petit Gibus a du mal à enchaîner les mots mais il parvient à égrener quelques souvenirs avec ce petit éclat dans le regard qui fait oublier le passage du temps. Bébert et l'omnibus, lui, n'a pas pris une ride.
 
Anderton

 
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