Dossier

vendredi 13 novembre 2015

Driver : avant Drive et Collateral

En DVD et Blu-ray : En découvrant Drive (2011), de Nicolas Winding Refn, les cinéphiles de 40 ans et plus ont évidemment perçu l'influence de Driver (1978), réalisé par le grand Walter Hill. Sa sortie en vidéo dans une version restaurée permet de mesurer combien le film n'a rien perdu de sa force.


Solitaire, mutique, froid, l'homme ne s'exprime véritablement qu'au volant d'une voiture. C'est le chauffeur (Ryan O'Neal) - The Driver du titre original. Il met son talent et son sang-froid au service de gangsters. De quoi mettre la police de L.A. sur les dents. Un détective (Bruce Dern) est prêt à tout pour lui mettre les menottes aux poignets. L'opportunité semble se présenter quand une joueuse (Isabelle Adjani) surprend le chauffeur pendant un braquage.

Pour son deuxième film, Walter Hill fait preuve d'une impressionnante maîtrise. Le cinéaste, qui dans la vie est aussi taiseux que son personnage principal, filme comme le chauffeur conduit. Avec sobriété mais efficacité. Davantage qu'un polar, il signe un western urbain dans lequel le Lonesome Cowboy affronte le Sheriff. Leur Far West, c'est L.A. La Cité des Anges est filmée de nuit. Ville fantôme, lumières froides, rues désertes ou parcourues par quelques voitures... Probable que cette vision ait inspirée Michael Mann pour Collateral (2004). Certain qu'elle ait marqué Nicolas Winding Refn pour Drive. Même faux rythme : langueur des séquences brusquement bousculée par des accès de violence ou des scènes d'action.


Samouraï de la route

Même personnage principal également. A ceci près que le personnage incarné par Ryan O'Neal transpire la testostérone. Ces regards lourds, cette mâle assurance... la fragilité qu'apporte Ryan Gosling est ici absente. O'Neal, dont on a aujourd'hui oublié qu'il fut une immense star, est juste fascinant. Son interprétation m'en a fait penser à une autre, celle d'Alain Delon dans Le Samourai (1967). Face à lui, Bruce Dern qui apporte sa folie, ici toute en retenue. Elle transparaît dans ses gestes et surtout dans ses intonations. Géniale opposition de styles. Quant à Isabelle Adjani, sa présence est étonnante. Moue boudeuse, expression réduite au minimum, grands yeux vides... ce n'est pas sa meilleure interprétation mais sa beauté glaçante ajoute à l'étrange atmosphère du film. 

En bonus dans la belle édition Blu-ray, signée L'Atelier d'Images & The Corporation, la scène d'ouverture alternative et surtout, un reportage d'époque sur le tournage, avec quelques propos de Walter Hill et les impressions du volubile producteur Lawrence Gordon (48 Heures, Predator, Die Hard, Hellboy...). J'avais vu Driver lors de sa sortie en salle et je dois dire que je l'ai complètement redécouvert. Et mieux apprécié ! Il ne vous reste plus qu'à faire rugir votre moteur pour foncer jusqu'à votre revendeur favori et mettre Driver dans votre coffre.

Anderton
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