mercredi 9 décembre 2015

Au Cœur de l’océan : une épopée inaboutie

En salles : On avait laissé Ron Howard pied au plancher avec son formidable Rush. Le voici de retour dans les hauts fonds de la littérature et l’aventure avec Au cœur de l’Océan, récit du véritable équipage qui a inspiré à Herman Melville son ouvrage désormais mythique, Moby Dick. 

Si l’on ne boude pas son plaisir devant 2 heures épiques, avouons-le : le dernier film de l’inégal Ron Howard laisse un peu sur sa faim... Un spectacle à la hauteur des attentes, mais qui faute d’un scénario abouti, demeure l’esquisse de la fresque hallucinante à la Géricault qu’il aurait dû être. Verdict.



Renouer avec un genre disparu

En narrant l’équipée du baleinier Essex, de la Nouvelle-Angleterre jusqu’au Chili, du point de vue de d’un de ses rescapés, Ron Howard renoue avec la tradition de l’épopée : beaux sentiments, grand film d’aventure, conflits humains, dépassement de soi, ode au courage et à la volonté... Pour un peu, on n’est pas loin de David Lean. D’autant que l’action, située au début du XIXe siècle permet aux spectateurs de s’immerger dans un univers maritime qui rappelle les films mythiques du genre, aussi bien Les Révoltés du Bounty que Le Corsaire rouge. 

Calibré pour 3 heures au lieu de 2

Mais scénario inabouti ? Montage mutilé ? L’intrigue ne fait qu’esquisser un certain nombre d’éléments pourtant clés à la compréhension du récit : trop peu de choses sur les liens qui unissent le courageux Owen Chase, de basse condition, à son capitaine, le pleutre Pollard, de haute condition. Ou sur son amitié avec le personnage incarné par Cillian Murphy, à peine esquissée. Ou sur ses rapports quasi-filiaux avec le jeune mousse qui l’accompagne, et qui connaît sa première initiation à un univers viril, à l’amitié, à la peur, au courage, à la vie. Tout laisse à penser que le film était calibré pour durer 3 heures au lieu des 2 actuelles.

Impression renforcée par le fait que le film hésite entre plusieurs genres : passé une première heure consacrée à l’attente, la quête du monstre, le film se cherche, tâtonne : survival ? Quête métaphysique ? Film catastrophe ? On ne sait plus bien, et les différents registres ont du mal à cohabiter, faute d’un souffle qui fait défaut à cet équipage à la dérive... On pense très souvent à ce qu’aurait pu apporter un Peter Weir à ce récit, tant il était parvenu à maîtriser les différents fils narratifs qui faisaient le sel de Master and commander.

Chris Hemsworth, le partenaire idéal de Ron Howard 

Reste néanmoins un spectacle très efficace, dominé par une astucieux dispositif narratif en flashback, narré par Herman Melville et un des rescapés de l’Essex, campés par un Ben Wishaw et un Brendan Gleeson extrêmement convaincants. Les morceaux de bravoure ne manquent pas : les tempêtes, les sanglantes chasses à la baleine, leur dépeçage, les différentes apparitions du monstre marin, autant de scènes qui maintiennent constamment l’attention, d’autant qu’elles sont filmées avec l’efficacité quasi-spielbergienne de Ron Howard, épaulé par Anthony Dod Hofle à la lumière, qui apporte une couche quasi surnaturelle aux somptueux décors maritimes. 

Enfin, avec Chris Hemsworth, Ron Howard a vraiment trouvé le partenaire idéal – c’est la seconde fois qu’il tourne avec l’acteur australien, après Rush. Regard bleu perçant et voix grave, dans le rôle pourtant archétypal d’Owen Chase, il apporte tout le charisme, la bravoure et l’ardeur propres à son personnage, tout en lui insufflant la dose de doutes et de mystères nécessaires. Bref, Ron Howard nous doit une revanche – espérons une version director’s cut enrichie sur les prochains DVD-BR. 

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Travis Bickle


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