lundi 11 janvier 2016

David Bowie au cinéma : he could be a hero...

Artistes : Quel paradoxe ! La présence au cinéma de David Bowie, le roi des avatars et du travestissement, est d’autant plus marquante qu’il n’y a que très peu joué de rôles marquants ! Une trentaine d’apparitions, au total, pour une filmo qui alterne (peu de) grands rôles et (beaucoup de) caméos.

Véritable homme-caméléon, fasciné par l’image et l’ubiquité (cf notamment la vidéo de Blue Jean, dont la version longue était conçue comme un véritable court-métrage), l’imaginaire et les mythes, Bowie ne pouvait qu’attirer les caméras vers lui. En tant qu’acteur, bien sûr, au jeu limité, reconnaissons-le, mais surtout en tant qu’icône. A l’exception de 3-4 films, il n’y fait que des apparitions, soit sous la forme de clins d’œil, soit sous celle de bâtisseur de sa propre légende. Le cinéma a eu du mal à appréhender le mythe Bowie. Ou du moins, à le dompter sous la caméra. Peut-être parce qu’il véhiculait une aura au moins aussi forte que celle du cinéma : une présence, une voix, une intelligence... bref, un charisme qui dépasse les limites de l’image.
Avec un jeu sans effets, quasi-nonchalant, voire neutre, sa filmographie est relativement décevante, compensée par son charisme justement. Malgré une carrière inaboutie, son empreinte durable dans le cinéma passe par d’innombrables participations aux B.O., et la fascination que ses chansons ont pu exercer sur quelques réalisateurs. Florilège.


Trois films iconiques + 1
L’homme qui venait d’ailleurs (1976) – Nicolas Roeg
Le film qui le fait connaître au cinéma. Rôle iconique d’un extra-terrestre, qu’il interprète après Young Americans, avant sa période Berlin. Look dandy, et addict à l’héroine. Un film qui pose les fondations du mythe David Bowie, de Ziggy Stardust à Space Oddity. Souvent à tort considéré comme un film de SF, c’est une véritable fable bâtie autour/pour la rock star. Indispensable.

Furyo (1983) – Nagisa Oshima
Peut-être son film le plus célèbre, qui paradoxalement sort dans la période où la gloire de Bowie période MTV est à son zénith.  C’est celui dans lequel il réalise un véritable travail d’acteur, dans le rôle de Jack Celliers, cet officier britannique, retenu dans un camp de prisonniers au Japon pendant la Seconde Guerre mondiale. Et qui est objet de fantasmes homosexuels, en blond platiné.  A un autre niveau, le film relate l’affrontement de deux pop stars internationales, Ryuichi Sakamoto et David Bowie. Le film d’Oshima est présenté en compétition officielle à Cannes cette année-là. Délire sur la Croisette.

Les Prédateurs (1983) – Tony Scott
Vampire immortel qui se découvre mortel. Choisi pour son physique, Bowie y est confronté à l’impensé : le vieillissement. Le plus iconique de ses films, car le plus en phase avec sa mythologie et son époque, "forever and ever". A ses côtés, deux autres icones : Catherine Deneuve et Susan Sarandon.

Le Prestige (2000) – Christopher Nolan
Dans le rôle du physicien Tesla, Bowie avec classe y façonne sa propre légende. Car dans le scénario, en dehors de toute vérité historique, il y aurait inventé les 1ers clones humains, des avatars. Peut-être le seul rôle dont on oublie qu’il est incarné par Bowie.

Caméos et ratages
Ses ratages au cinéma sont très nombreux (Just a gigolo, de David Hemmings et dernier film avec Marlene Dietrich, Le Labyrinthe, Basquiat). Le plus emblématique, est sans conteste ce musical, pourtant signé par un expert du genre : Absolute Beginners (1986) de Julian Temple. Personne ne se souvient de la comédie musicale, ni vraiment de son rôle, tout le monde se souvient de la B.O. et de son tube éponyme – pourtant, pas l’un des meilleurs de Bowie.


Etonnant que le chanteur n'ait pas tourné davantage de musicals. Signalons que Jacques Demy lui avait pourtant proposé en 1984 Parking, qu'il refusa, pour être remplacé par....Francis Huster !
Demeurent de nombreuses apparitions. Distinguons-en deux types. D’une part ses apparitions en forme de clins d’œil, à la limite de l’autoparodie, comme dans Rockstar Academy, et surtout Zoolander.


D’autre part, quelques cinéastes sont parvenus à jouer avec le mythe Bowie, en jouant sur son ubiquité, son goût pour des apparitions-disparitions à éclipses, et ses travestissements. Martin Scorsese, en lui offrant le rôle de Ponce Pilate dans La Dernière tentation du Christ (1988), mais surtout David Lynch, avec Twin Peaks (1994), qui lui offre un rôle viral, qui n’apparaît mystérieusement que dans des bandes de vidéo-surveillance.

David Bowie au cinéma, sans David Bowie

Alors, reste finalement ses B.O. et ses titres, mythifiés par la façon dont le cinéma a pu s’en emparer et s’approprier certains titres. De Leos Carax à Ridley Scott (Seul sur Mars), en passant par David Lynch, Paul Schrader (Cat People) ou Jean-Marc Vallée (C.R.A.Z.Y), sa musique a littéralement irrigué le cinéma contemporain. Je retiendrai personnellement trois moments :
Mauvais Sang (1986) – Leos Carax

Lost Highway (1992) – David Lynch

La Vie aquatique (2005) – Wes Anderson
(sur un mode bossa interprété par Seu Jorge)

Reste un film totalement fictif, mais donc totalement vrai, qui a tenté de cerner Bowie, période glam, Velvet Goldmine (de Todd Haynes, 1998). Petite madeleine sous acide que nous avions chroniquée.

Terminons cette chronique par l'émouvant hommage du réalisateur Duncan Jones à son père.


Travis Bickle
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