jeudi 21 janvier 2016

Marguerite : Ah ! Je ris de la voir qui bêle en ce manoir

En Blu-ray et DVD : Marguerite, le coup de coeur des spectateurs en septembre dernier, sort en vidéo. L'occasion de (re)découvrir le film étonnant de Xavier Giannoli sur une cantatrice du dimanche à la voix de crécelle.



En France, dans les années vingt, Marguerite Dumont met sa fortune et sa voix au service des mutilés, veuves et orphelins de la Grande guerre. Dans son château, la bonne société afflue pour l'écouter écorcher des arias. Car Marguerite chante faux mais personne ne le lui dit. Ni ses "amis", ni son mari, un baron désargenté, trop contents de bénéficier des largesses de la soprano d'opérette. C'est alors que deux journalistes moqueurs lui proposent de se produire sur scène, devant un vrai public.

Atours de rôles

A partir d'une histoire vraie (lire Marguerite : Giannoli à gorge déployée), le réalisateur de Quand j'étais chanteur déroule un récit déroutant : la farce annoncée vire bientôt au drame. Le rire s'étrangle dans la gorge du spectateur, comme un aria dans celle de Marguerite. Cette grande bourgeoise que l'on pensait aussi bête que prétentieuse révèle peu à peu sa fragilité, sa solitude. Catherine Frot est parfaite, avec son espèce de non jeu, donnant l'impression de balancer des répliques sur un ton monocorde. Une fausse platitude qui révèle une impressionnante maîtrise de la part de l'actrice. D'autant qu'elle chante faux... mais divinement bien ! Et de son visage émane une innocence qui en devient touchante puis bouleversante. On comprend tout à fait pourquoi le mari de Marguerite et son prof de chant n'osent pas lui révéler l'affreuse vérité. 

André Marcon interprète le premier. Le baron traîne sa lassitude et sa honte, fuyant les prestations de son épouse, ne supportant pas les moqueries dont elle est victime et dont elle ne se rend même pas compte. Sa veulerie cache une grande tendresse, un amour pas complètement éteint. Marcon est formidable dans son interprétation à contre-temps. Formidable également Michel Fau, dans le rôle du ténor à la voix d'or, bouffi d'orgueil et de vulgarité, qui accepte de devenir professeur de chant pour se faire de l'argent facile. Fau touche juste. Omniprésent, Denis Mpunga incarne quant à lui le fidèle majordome de la Diva : air grave, verbe rare, il surprotège sa patronne et entretient avec elle une relation... bizarre. Christa Théret et Sylvain Dieuaide complètent ce casting sans fausse note.

Flares et dissonances

Ce qui frappe chez ces acteurs, c'est leur dissonance, jusque dans la manière de dire leurs répliques. Chacun joue sa partition sur un air personnel et pourtant, l'ensemble tient. Tout cela participe à l'étrangeté du film. Etrangeté renforcée par la mise en scène et la photo, magnifique, traversée par des effets de lumière, des flares. Comme si le spectateur assistait à une représentation depuis l'arrière-scène, avec les projecteurs dans la figure. Ce qui se tient quand on découvre le grand final, poignant.

L'édition Blu-ray, signée France TV Distribution, comporte également en bonus une interview très éclairante de Giannoli, donnée lors de la présentation du film dans un cinéma francilien. En revanche, pas de CD avec les interprétations de Marguerite - ce qui aurait été très marrant mais aussi très éloigné de la teneur du film, sensible, drôle, émouvant. Ah ! Je pleure de la voir si seule en ce manoir.

Anderton


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