samedi 2 janvier 2016

Star Wars Le Réveil de la Force : remake ou renouveau ?

En salles : Le moins qu'on puisse dire, c'est que la sortie de Star Wars Le Réveil de la Force ne laisse pas indifférent. Il y a ceux qui adorent, ceux qui sont déçus... Le dérapage de George Lucas (lire notre article) a relancé le débat entre pro et anti. Romain Brami, un fan de Star Wars, nous a soumis une analyse très pertinente que nous avons décidé de publier, même si nous ne sommes pas toujours d'accord avec certains de ses arguments, notamment sur le groupe Disney. En revanche, nous partageons son optimisme sur l'avenir de la franchise. Découvrez son texte.


Depuis sa sortie le 16 décembre dernier, Star Wars Le Réveil de la Force enchaîne les records d’entrées et de dollars amassés... c’était à prévoir. L’accueil critique a été globalement très positif, affichant un insolent 94% sur Rotten Tomatoes et un excellent 81 sur Metacritic et 8,6/10 sur IMDB.

Toutefois, le film n’a pas que des fans, et les plus énervés de ses détracteurs l’ont rapidement fait savoir. En France, Mad Movies a dégainé le premier avec une critique plus que tiède de l’Episode. Le Doctor No du Daily Mars a littéralement démoli le film dans une tribune volontairement polémique. Plus surprenant, George Lucas lui-même n’a pas pu cacher longtemps son manque d’enthousiasme. Plus généralement, ce sont des milliers d’internautes qui ont fait part leur désamour du film sur les réseaux sociaux et les forums.


Déjà vu

Si (presque) personne ne remet en cause l’efficacité visuelle de la direction de J.J. Abrams, c’est surtout cette sensation de déjà-vu qui en a refroidi certain, qui n’ont pas hésité à parler de reboot caché, ou carrément de remake du premier épisode de la saga, Star Wars, rebaptisé depuis Un Nouvel espoir. Il est difficile de nier la forte filiation scénaristique du Réveil de la Force avec son illustre prédécesseur. Un droïde qui contient des plans cachés atterrit sur une planète de sable. Il est trouvé par un jeune héros campbellien, qui, à l’aide d’un vieux bonhomme de quelques amis, va affronter de dangereux ennemis et un terrible homme en noir pour finalement détruire sa puissante base. La trame narrative apparait donc comme quasiment identique.

On retrouve aussi presque toujours l’argument des personnages qui seraient copier/coller d'Un Nouvel espoir : Rey est Luke, Finn est Han Solo, Kylo Ren est Dark Vader, Han Solo est Ben Kenobi. Il faut avouer que certaines de ces similitudes laissent apparaitre à un manque d’ambition créative assez décevant. Peut-être trouve-t-il racine dans la certaine urgence avec laquelle a été écrit le film après le rachat de Lucasfilm par Disney. Ses créateurs n’ont pas caché que le scénario a connu de multiples itérations qui commencent par le pitch d’une demi-page de George Lucas (commencé avant même la vente de sa société), lourdement étoffé par Michael Arndt, le scénariste de Toy Story 3, choisi par Kathleen Kennedy  pour superviser l’écriture de ces nouveaux épisodes. Pour finalement être quasiment effacé par J.J. Abrams qui, avec le renfort bienvenu de Lawrence Kasdan, scénariste émérite de L’Empire Contre-Attaque, décide de repartir de presque zéro pour aboutir à la version que nous avons pu voir en salles.

Abrams avoue avoir longuement hésité avant d’accepter le job. On le comprend. Il serait facile d’oublier que si Star Wars reste une vache à lait, la relation des fans à la franchise s’est dégradée depuis longtemps. Nombreux se sont sentis trahis par la médiocrité de la prélogie et par les multiples bidouillages de celui qui fut longtemps considéré comme un Dieu, George Lucas, sur la trilogie originale. Il y a peu d’exemples dans l’histoire, où l’on ait pu voir une communauté de fans se retourner à ce point contre leur gourou.

Ajoutez à cela le rachat de la franchise par Disney, la "Death star" de l’entertainment, qui avale tout sur son passage et le recrache par petits bouts jusqu’à épuisement (ceux que George Lucas a appelé "les esclavagistes blancs" avant de se rétracter), et vous obtenez un bon mélange pour une réception désastreuse du public.

Auto-citations et "poésie qui rime"

Bref, quand Kathleen Kennedy, J.J. Abrams et les autres se sont retrouvés devant la page blanche, la pression devait être au rendez-vous. La peur panique de ne pas retrouver les fans de la saga a sans doute contribué à pousser à bout les références aux passés, quitte à trop en faire, mais avec la certitude que le spectateur se retrouverait en terrain connu. Mais en on-t-il fait un reboot ou un remake ? Certainement pas.

D’abord parce que historiquement, Star Wars a toujours baigné dans l’autocitation et l’auto-référence ou dans ce que l’on appellerait aujourd’hui le "Fan Service" ou du méta-cinéma. Dès Le Retour du Jedi, Lucas avait réintroduit une étoile de la mort. La prélogie fut une succession de clins d’œil gratuits, ou carrément grotesques, à la trilogie originale. Le retour de Boba Fett prenant un rôle central dans l’histoire de la galaxie (lui  qui n’était qu’un simple chasseur de prime), C3PO devenant la création de Anakin Skywalker, R2D2 le droïde de la Reine Amidala, des répétitions de textes comme : "J’ai un mauvais pressentiment"... et bien d’autres exemples.

George Lucas définit lui-même son cinéma (en toute modestie), comme "une poésie qui rime". Ce qui, bien avant l'Episode VII, avait inspiré un fan pour réaliser cette vidéo en split-screen. Il faut toutefois reconnaitre que, dans sa trame narrative, la prélogie se démarque bien plus de son ainé que ce nouvel épisode. Pourtant le manque de profondeur de ses héros et ses dialogues creux ont laissé un aigre souvenir. Et c’est là qu’Abrams a réussi son pari. Car si l’on peut critiquer le manque d’originalité des situations, il a réussi le principal, ses personnages.

La réussite d'Abrams

Le cahier des charges n’était pas simple : réintroduire d’anciens personnages adorés par le public et en créer de nouveaux sur lesquels la trilogie devrait s’appuyer. George Lucas semblait vouloir réduire le rôle des anciens au statut de simples figurants. Michael Arndt révélait récemment que son traitement prévoyait un destin bien différent à Han Solo et une entrée bien plus rapide de Luke (lire l'article de EW). Mais ça ne fonctionnait pas, Han et Leia n’avaient concrètement rien à faire dans le film, et l’entrée prématurée de Luke faisait passer les nouveaux héros au second plan. Abrams et Kasdan ont finalement trouvé le bon mélange pour faire émerger de nouveaux héros au milieu de cette pléthore de références. Des héros jeunes, attachants et surtout... différents.

Car non Rey n’est pas Luke. Rey vit seule; elle a été abandonnée alors qu’elle n’était qu’une petite fille. C’est une sans-abri qui survit dans une sorte de casse géante à ciel ouvert. Par ailleurs elle ne cherche pas l’aventure et préférerait rester sur sa planète que de suivre une vieille légende dans ses aventures. Luke est un fermier, élevé par des parents aimants, qui s’ennuie dans la vie et recherche le grand frisson.

Comparé Finn et Han semble vain tant les similarités entre les personnages sont minces. Rappelons simplement que Finn est introduit avec une backstory particulièrement forte (un soldat du mal devenu mutin), alors que Han reste un mystère pendant la quasi-totalité de la première trilogie. On ne sait de lui que son activité de contrebandier, son bagout sans pareil, ses dettes encombrantes, et le fait qu’il tire généralement le premier (ou peut-être pas).

Kylo n'est pas Vader

Entre Kylo et Vader, il faut vraiment s’arrêter au masque noir et à l’épée rouge pour voir une ressemblance.  Il faut se souvenir que l’on ne sait presque rien de Vader  dans l'Episode IV. Le personnage a tellement marqué les esprits qu’il est difficile d’accepter que celui-ci apparaît moins de dix minutes pendant la totalité du premier film. Il n’a quasiment pas de backstory. On sait qu’il a tué le père de Luke il y a très longtemps, qu’il était un Jedi et que Ben Kenobi était son maître. Par ailleurs, si le personnage reste masqué tout au long du film, on peut imaginer que son âge est probablement plus proche de celui de Ben que de Luke.

La présentation de Kylo est beaucoup plus exhaustive et permet déjà de voir comme son destin diffère de celui d’Anakin Skywalker. Kylo est fasciné par le côté obscur, en admiration béate devant son grand père. Sur bien des aspects, il est le miroir déformant de Luke version Retour du Jedi. Un Chevalier pas encore tout à fait maître, dont la seule crainte est d’être tenté par l’autre côté de la force. Car ne nous trompons pas, si les premières scènes du Réveil de la Force peuvent laisser penser que Kylo est un nouveau Vader, la suite du film et ses colères d’adolescents révèlent que Kylo est encore loin de celui qu’il rêverait d’être. Il est d’ailleurs assez ironique que les partisans de la théorie du remake, argumentent que Kylo est un nouveau Vader, alors qu’il s’agit plus de la motivation du personnage que de celle des scénaristes.

Pour ce qui est de l’intrigue, les répétitions ont tendance à occulter les nouveautés. Mais rappelons quand même que le seul sujet d'Un Nouvel espoir était l’Etoile de mort qu’il fallait trouver et détruire. Le sujet du Réveil de la Force est bien la recherche de Luke, le seul véritable MacGuffin de ce film. La Starkiller est ici une parenthèse du scénario que l’on aurait facilement pu (et probablement dû) contourner.

Alors, ce Star Wars est-il un reboot qui ne porte pas son nom ? Non, c’est tout simplement un Star Wars. Car si l’obsession évidente des scénaristes à "faire du Star Wars", à faire du rétro comme l’a dit Lucas, semble être la cause de choix peu convaincants, voir fainéants, la triplette Abrams, Arndt, Kasdan a réussi l’essentiel. Créer de nouveaux personnages, prêts à propulser Star Wars dans une nouvelle saga, que l’on peut espérer libérée du carcan du passé et plus innovante que ce premier volet.  Rian Johnson, un scénariste et réalisateur de talent, à qui l’on doit le film Looper et la réalisation de deux des meilleurs épisodes de la série Breaking Bad, va succéder à Abrams. Il se trouve dans une bonne posture. On lui laisse une franchise revigorée et en excellent état, comme un vieux vaisseau du passé qui croupissait dans une casse, avant de révéler qu’il est encore capable de toutes les prouesses. "Chewie... on est à la maison."

L'Oncle Owen


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