jeudi 4 février 2016

The Revenant : retour sur Richard Sarafian

Artistes : A l’occasion de la sortie de The Revenant, retour la carrière du réalisateur du Convoi sauvage, Richard Sarafian. Eh oui, parce que la même histoire dont s’inspire Alejandro Gonzalez Iñarritu a déjà fait l’objet d’une adaptation au cinéma en 1970. Réalisée par un cinéaste à l’œuvre extrêmement courte et météorite, mais emblématique des années 70.


Né en 1930 et décédé en 2013, Richard Sarafian entame d’abord des études de botanique. D’où lui vient peut-être son talent pour filmer les grands espaces et la nature ? Il bifurque très vite vers le journalisme, puis le cinéma, avec pour parrain et complice un autre futur grand, Robert Altman, avec lequel il est engagé dans une compagnie de films industriels à Kansas City, et dont il épouse un temps la sœur. A l’instar de nombreux cinéastes américains de sa génération – John Frankenheimer, Franklin J. Schaffner – il fait ensuite ses classes à la télévision, notamment en signant quelques épisodes de Twilight Zone ou de Maverick. Malheureusement, un quiproquo à propos de son premier scénario, qu’Altman pensait réaliser, le brouille à jamais avec son mentor et beau-frère.

On connaît mal ses premiers et derniers films, car très mal, voire jamais distribués en France. Toujours est-il qu’ils n’ont sûrement pas la force de ses quatre opus majeurs, radiographies de l’Amérique et ses mythes, tournés en l’espace de cinq ans entre 1970 et 1975, Le Convoi Sauvage, Point limite zéro, Le fantôme de Cat Dancing, Lolly Madonna.

Le Convoi sauvage (1971)
Western qui célèbre les beautés sauvages de l’Amérique des origines, magnifiées par la photo de Gerry Fisher, intégralement tourné... en Espagne, il constitue l’indispensable complément de l’autre western écologique tourné à la même époque, Jeremiah Johnson. Sur le même canevas que The Revenant, voici l’histoire d’une renaissance, celle d’un trappeur laissé pour mort dans l’Ouest américain des pionniers, au début du XIXe siècle, matinée d’un revenge movie et d’une quête obsessionnelle contre Dieu, inhabituelle dans le western. Célèbre pour son bateau sur roulettes, trainé par des mulets, mené avec furie par un John Huston halluciné, qu’on dirait en train de tourner un remake de Moby Dick, qu’il avait réalisé 15 ans auparavant. Et qui anticipe sur Fitzcarraldo, 15 ans avant... Sorti en même temps que Les Cowboys, de Mark Rydell, Le Convoi sauvage passe totalement inaperçu à sa sortie, bien que bénéficiant de l’atout Richard Harris, tout juste sorti du triomphe d’Un Homme nommé cheval. Et qui livre là une impressionnante interprétation physique, aussi saisissante que celle de
Leonardo DiCaprio.

 
Point limite zéro (1971)LE film matrice du road movie américain des années 70. A partir d’un scénario à la ligne claire de l’écrivain cubain Guillermo Cabrera Infante – Kowalski, un ex-flic, ex-pilote de course, rallie Denver à San Francisco pied au plancher de Dodge Challenger blanche, sous l’influence bienveillante de Super Soul, DJ black et aveugle, son seul compagnon de fortune – Richard Sarafian signe un film essentiel. Style sec, nerveux pour un film emblématique de l’idée de refus et de fuite propre à la génération 70’s.  A la fois voyage initiatique exalté et course-poursuite suicidaire, une véritable allégorie de l’Amérique d’alors, magnifiée par la superbe photo de John Alonzo, pour un film finalement plus fort que Easy Rider, Macadam à deux ou Electra Glide in Blue. Culte.

Le Fantôme de Cat Dancing (1973)
Western classique qui bifurque vers une torride romance entre une Lady britannique et un cowboy vengeur, Burt Reynolds. Davantage connu pour le fait divers qui marqua son tournage – le meurtre mystérieux du confident de son interprète principale, Sarah Miles, l’actrice britannique vue dans La Fille de Ryan et The ServantLe Fantôme de Cat Dancing vaut bien mieux que sa petite réputation.  Sarafian reprend le film à quelques jours du tournage, en lieu et place de Brian G. Hutton.

Une fille nommée Lolly Madonna (1973)
Casting d’enfer – Rod Steiger, Robert Ryan, Jeff Bridges, Season Hubley, Ed Lauter, Gary Busey – pour une adaptation se déroulant dans l’Americana côté redneck et Tennessee, tragédie familiale et implacable parmi les bouilleurs de cru dans les années 30.  Carrière éclair en France et aux Etats-Unis pour ce qui est considéré comme un véritable désastre cinématographique. On aimerait juger sur pièces !


Suivront des films alimentaires ou de commande, dont un très intriguant The Next man (1976), avec Sean Connery, film d’action sur fond de tensions géopolitiques au Proche-Orient, et un fort médiocre polar, Sunburn, avec Farrah Fawcett en 1980. Il est renvoyé du tournage d’Ashanti (1980), finalement terminé par Richard Fleischer, et réalise pour la TV US un remake plan par plan du chef d’œuvre de Kazan, La Fièvre dans le sang. Fort de ses amitiés à Hollywood, il s’adonnera par la suite aux plaisirs du métier d’acteur, notamment aux côtés de Warren Beatty (Bugsy, Bullworth) et de Bob Dylan (Masked and Anonymous). Sarafian décède en 2013, à l'âge de 83 ans.
Travis Bickle
Enregistrer un commentaire