mardi 26 avril 2016

Le sens de la vie selon Akira Kurosawa

En DVD et Blu-ray : Wild Side continue d'étoffer sa collection Akira Kurosawa Les années Toho, en proposant à partir de ce mercredi les coffrets de Vivre et Vivre dans la peur, en versions HD restaurées. Deux approches poignantes de l'existence.





Vivre (1952) nous fait partager le quotidien de Kanji Watanabe, un fonctionnaire banal au sein d'une obscure administration. Il tamponne des documents à longueur de journée et il s'en tamponne. Une vie étriquée dans laquelle il se glisse, comme on chausse des pantoufles. Jusqu'à un tout aussi banal examen médical où le docteur lui apprend qu'il est atteint d'un cancer à un stade avancé. Plus que quelques mois à vivre. Watanabe ne peut même pas trouver le réconfort auprès de son fils et de sa belle-fille, dont il découvre l'indifférence et la mesquinerie. Un double électrochoc qui l'amène à rompre ses habitudes et apprécier chaque seconde de son existence sur terre.





Dans Vivre dans la peur (1955), c'est un autre genre de vieil homme que Kurosawa nous donne à voir. Kiichi Nakajima est un industriel acariâtre et autoritaire qui veut vendre son entreprise et emmener au Brésil sa famille - et celle de sa maîtresse. Motif : il est persuadé que le Japon va être à nouveau frappé par une bombe atomique. Sa femme et ses enfants s'en remettent alors à un juge pour le faire placer sous tutelle.



Kurosawa camusien

Deux personnages dont le destin bascule au crépuscule de leur vie. Deux coups de folie. L'un salvateur, l'autre destructeur. Kurosawa livre une même réflexion sur l'absurdité de l'existence qu'il illustre en prenant deux chemins opposés. Dans Vivre dans la peur, il enferme son personnage principal dans une terreur qui le possède, le ronge et détruit littéralement l'oeuvre de toute une vie. Vision pessimiste, sans espoir, à laquelle s'oppose celle de Vivre, soutenue par une foi inébranlable en l'homme, en sa capacité à faire le bien.

Tout en décrivant une société japonaise qui peine à se reconstruire - économiquement et moralement - au lendemain de la deuxième guerre mondiale, Kurosawa signe deux films poignants portés par les interprétations habitées de ses acteurs fétiches : Takashi Shimura (Vivre) tout en sobriété et Toshiro Mifune (Vivre dans la peur), grimé, impressionnant en patriarche de deux fois son âge. La beauté des images en noir et blanc, magnifiquement restaurées, cueille le spectateur. Ma préférence se porte vers Vivre, plus limpide dans son récit, plus émouvant aussi, dont la construction est d'une audace folle et dont certains plans resteront gravés à jamais dans ma mémoire.

Chaque coffret comprend des bonus passionnants, entretiens avec des spécialistes et des proches du cinéaste (sa scripte qui évoque la dépression de Kurosawa et sa tentative de suicide), ainsi qu'un livret qui analyse l'oeuvre, avec de nombreuses illustrations à l'appui. Comment ne pas succomber ?

Anderton

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