Dossier

jeudi 7 avril 2016

The End : Depardieu perdu, Depardieu retrouvé

Buzz : Entre Gérard Depardieu et la Cinémathèque, ce devait être l’heure des retrouvailles, Valley of Love plutôt que The End, en ce lundi 4 avril. La Cinémathèque venait de lui consacrer une imposante rétrospective. Et qu’il avait boudée. Ostensiblement. Là, l’occasion était trop belle : accompagner la projection de The End, son dernier film – on ne sait plus trop lequel, l’acteur tournant plus vite que son ombre ! – signé Guillaume Nicloux, avec lequel il venait de revenir au premier plan avec Valley of Love ; produit par Sylvie Pialat, compagne de feu Maurice, dont il était très proche ; pour un film dont il est de tous les plans...


Vidéo surprise de l’acteur
Las, le suspense est vite rompu par Frédéric Bonnaud, tout récemment nommé à la tête de la prestigieuse institution : Gégé ne sera pas là. Alors, si l’acteur ne s’est pas déplacé, il s’est contenté d’un premier geste de pacification : une vidéo tournée depuis Moscou, exclusivement destinée aux spectateurs réunis ce soir-là – parmi eux, entre autres, Michel Houellebecq, autre star de la galaxie Nicloux, vu dans L’Enlèvement de Michel Houellebecq. Vidéo dans laquelle Depardieu se montre égal à lui-même : hâbleur, drôle, émouvant, agaçant, insupportable. Et après avoir pourfendu Hollande, Libé et Toubiana, et tressé des lauriers à Guillaume Nicloux et à son film qu’il avait découvert impressionné lors de sa présentation au Festival de Berlin en février dernier, l’acteur achève sa présentation sur un tonitruant : "Je ne suis pas méchant, juste vulgaire !".



Gérard a un message pour vous ! Retrouvez-le dans THE END actuellement en e-cinéma.
Posted by eCinema on Saturday, April 9, 2016

Survival à la galinette cendrée... sans galinette cendrée !
Reste un film, certes pas abouti, mais intriguant, dans lequel l’acteur est de tous les plans. Une sorte de suite à Valley of Love, sylvestre, et sans Isabelle Huppert, dans lequel l’acteur, devenu ventripotent, se perd dans la forêt, après avoir égaré son chien Yoshi et son fusil de chasse. Survival à la galinette cendrée sans galinette cendrée ? Cauchemar éveillé ? Dispositif expérimental à la Gerry , le chef-d’œuvre arty de Gus Van Sant ? Retour aux sources primitives de la nature à la Wolf de Jim Harrisson ? Conte philosophique sur la solitude et la mort ? Le film, d’une durée d’à peine 1h20, est un peu de tout ça. La caméra ne quitte pas d’une semelle un Depardieu ployant sous le poids de sa chair, esseulé, grillant cigarettes sur cigarettes, murmurant et éructant des borborygmes, le visage ravagé par les rides et la barbe mais dans lequel domine un regard parfois étincelant, inquiétant, désespéré.

Tonalités à la Magritte
Né du désir de Guillaume Nicloux de retravailler avec Gérard Depardieu, The End a pris forme suite à un rêve fait par le réalisateur. Ce dont témoignent certains plans à l’inquiétante étrangeté, hantés par une lumière et des tonalités entre chien et loup, à la Magritte. Faute de dialogues plus tenus, d’une réalisation qui aurait dû davantage miser sur le plan-séquence au lieu d’un découpage parfois inutile, et de personnages secondaires consistants, le film s’égare avec son personnage en même temps qu’il perd l’attention du spectateur. Reste un documentaire sur un acteur au travail, à la fois pudique et exhibitionniste, qu’accompagne la mémorable et inquiétante partition atonale et métallique d’Eric Demarsan, le complice de Jean-Pierre Melville, et désormais, de Guillaume Nicloux.

Ah oui, j’oubliais : The End ne bénéficiera pas d’une sortie salles, mais d’une sortie digitale sur les platesformes VOD le 8 avril. Dommage pour le scope et les mouvements de caméra.
Travis Bickle



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