Cannes 2022

samedi 5 février 2022

Comics : plongée dans l'enfer complotiste

The Department of Truth BD comics CINEBLOGYWOOD


A lire : James Tynion IV n'est pas le rejeton d'une dynastie de Game of Thrones mais un prolifique scénariste de comics. Avec The Department of Truth, dont le tome 1 publié par Urban Comics, il imagine un thriller qui a pour toile de fond l'explosion du complotisme et des fake news. Si la vérité est ailleurs, le mensonge est ici et partout.


Agent au FBI, Cole Turner est spécialisé dans le suivi des théories conspirationnistes. Alors qu'il participe à un congrès consacré à la thèse de la Terre plate, il se fait aborder par une équipe oeuvrant à traquer les complots et empêcher leur propagation. Ce Département de la Vérité est dirigé par... Lee Harvey Oswald, principal suspect de l'assassinat de John F. Kennedy, censé avoir été assassiné en 1963. Un nouveau monde s'ouvre à Cole Turner, dont un traumatisme infantile le poursuit jusqu'à ce jour.

A partir de cette idée prometteuse, James Tynion IV se livre à une brillante mise en scène des contre-vérités les plus en vogue depuis ces dernières années, de la nationalité kenyane de Barack Obama à l'existence de réseaux pédophiles et satanistes chez les Démocrates. A travers le cas poignant d'une femme dont l'enfant a été abattu lors d'une tuerie de masse, le scénariste expose la manière dont ces croyances sont élaborées et partagées, en s'appuyant sur la détresse ou la crédulité de certains citoyens. Et paradoxalement, JTIV invente sa propre théorie conspirationniste pour unifier toutes ces thèses dans le cadre d'un "grand dessein" porté par un inquiétant groupe occulte.

Cauchemar visuel

Cette brillante mise en abyme est illustrée par Martin Simmonds. Ses planches peintes sont retraitées digitalement, créant des superpositions, des bavures, des effets de grain, des rayures... L'ensemble confère à la BD un aspect oppressant, même terrifiant. De la première à la dernière page, le lecteur est plongé dans un cauchemar visuel qui traduit la schizophrénie du personnage principal. Avec beaucoup d'inventivité, l'artiste choisit une approche très cinématographique, le réalisme basculant régulièrement dans un baroque horrifique. 

Un premier tome prenant qui pose les bases d'un affrontement occulte dont le lecteur attend impatiemment la conclusion dans le prochain volume.

Anderton 

 

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