Cannes 2022

mardi 22 février 2022

Malicia : Laura Antonelli nous met en émoi

Malicia Blu-ray CINEBLOGYWOOD


En Blu-ray et DVD : Oubliez les orgies de chair triste filmées à la va comme j'te prends et dégueulantes de gros plans chirurgicaux. Il fut un temps où l'érotisme attirait les foules dans les salles obscures. Les films misaient alors sur la suggestion et la séduction, avec une histoire qui tenait la route, des acteurs professionnels, une mise en scène inspirée et une belle photo à la clé. La production transalpine (pun intended) se distinguait alors. Malicia (Malizia, 1973), de Salvatore Samperi avec la sublimissime Laura Antonelli, est l'un des chefs-d'oeuvre du genre. Gloire (pas que matinale) à Sidonis Calysta, qui le propose dans une belle édition vidéo.


Marchand de textile, Ignazio La Brocca enterre sa femme. A ses côtés, ses trois enfants : Antonio le jeune adulte, Nino l'ado et Enzino le gamin. Lorsqu'ils reviennent des funérailles, ils découvrent une nouvelle venue dans leur appartement : Angela La Barbera, une bonne qui avait été embauchée par la mamma récemment défunte. Bonne, Angela l'est à plus d'un titre : elle est excellente cuisinière, elle fait briller le logis et qu'est-ce qu'elle est belle. Les mâles sont subjugués et ne manquent jamais l'occasion de se rincer l'oeil. Nino, lui, est tombé amoureux. Son regard insistant et ses mains baladeuses en viennent à troubler Angela, qui se prête bon gré mal gré à quelques jeux coquins.

Comme Alessandro, son père et son frère aîné, on est stupéfait par la beauté de Laura Antonelli qui, tout au long du film, dévoile progressivement ses charmes jusqu'à l'éblouissement final. En rester à sa plastique, aussi sculpturale soit-elle, serait injuste tant l'actrice incarne une brave fille avec ce qu'il faut de bienveillance, de pudeur mais aussi de caractère. Elle est émouvante et on comprend que ce rôle lui a apporté reconnaissance publique et critique, avec quelques prix d'interprétation en prime. Dans le rôle du veuf, Turi Ferro traduit avec beaucoup d'humour les tourments de son personnage, qui tente de se justifier auprès du "fantôme" de son épouse et de convaincre le curé et sa mère revêche qu'il peut se remarier. Quel que soit son âge, le spectateur (et la spectatrice d'ailleurs) s'identifie davantage à Nino, dont il partage les émois. Alessandro Momo est parfait en ado amoureux, qui profite de son statut pour forcer Angela à entrer dans ses jeux voyeuristes.

Ce rapport de force d'un représentant d'une classe (bourgeoise) sur une autre, d'un genre sur l'autre, a de quoi choquer. Mais Samperi et ses deux coscénaristes n'ont pas fait d'Angela qu'une pauvre victime, même parfois consentante. Elle sait se défendre et reprendre le dessus - à tous points de vue. Par ailleurs, le film regorge de moments drôles, qui tournent en dérision ces notables de province, imbus d'eux-mêmes et entravés par un carcan autant social que religieux. Dérision et méchanceté même, dans la grande tradition de la comédie italienne.

A l'instar de la garde-robe d'Angela, la mise en scène est enlevée. Samperi a le regard malicieux, coquin même. Il aguiche, éveille nos sens en évitant l'étalage de chair et la vulgarité. Hors des chambres, il brosse un joli tableau d'Acireale, cette ville sicilienne où se déroule l'action du film. Et il est bien aidé en cela par un sacré directeur de la photo... Vittorio Storaro (Le Conformiste, Apocalypse Now) !

Sidonis Calysta propose le film dans un beau master et l'accompagne d'un entretien très éclairant de Jean Gili, grand spécialiste du cinéma italien. Comment ne pas craquer ?

Anderton


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