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mercredi 9 février 2022

Le Vampire de Düsseldorf : un magistral thriller signé Robert Hossein

Le Vampire de Düsseldorf  Blu-ray CINEBLOGYWOOD


En Blu-ray et DVD : Entre février 1929 et mai 1930 à Düsseldorf, Peter Kürten a tué 9 personnes et en a agressé bien plus. Hommes, femmes, enfants. Des victimes assassinées à coups de couteau ou de marteau, après avoir parfois été violées. Le tueur en série, qui a avoué un total de 80 assassinats et souligné qu'il avait même bu le sang d'une de ses victimes, a été baptisé par la presse allemande de l'époque : le Vampire de Düsseldorf. Un surnom qui est devenu le titre du film réalisé et interprété par Robert Hossein en 1965. Disponible en vidéo, ce thriller qui flirte avec le film d'épouvante est une réussite totale.


D'emblée, le film annonce qu'il relate scrupuleusement la réalité. En fait, ce n'est pas le cas mais qu'importe ! Le Vampire de Düsseldorf débute par des images d'archives qui montrent la déliquescence de la société allemande : après la première guerre mondiale, la République de Weimar est minée par l'agitation politique, les tentatives de putschs, la montée du nazisme, la crise monétaire et économique qui laisse la population exsangue. Au cours du film, le serial killer croise la route de manifestants qui réclament du travail et du pain et assiste au déchaînement de violence des nazis, à l'encontre de quidams ou de librairies, quand ils ne viennent pas recruter des ouvriers sur leur chantier. Totalement indifférent à ce climat angoissant, Peter Kürten, chômeur, se transforme la nuit en parfait gentleman : il séduit les femmes pour ensuite les assassiner avec une sauvagerie qui tranche avec son impassibilité diurne. Ses crimes créent la psychose en ville et mettent la police sur les dents. Kürten est également tombé amoureux d'une chanteuse de cabaret, qui le mène en bateau.

Robert Hossein est impressionnant dans ce rôle de monstre froid, au comportement digne d'un reptile. Taiseux, renfermé, timide, cet être insignifiant et indifférent au monde qui l'entoure se laisse alors dévorer par ses pulsions qui le mettent dans un état de sauvagerie impressionnant. Face à lui, Marie-France Pisier incarne une artiste charmeuse et manipulatrice. Deux rôles qui détonnent dans la carrière des comédiens, qui étaient ensemble à la ville, et pour lesquels ils offrent des prestations mémorables.

Derrière la caméra, Hossein brille tout autant. Grâce à la belle photo noir et blanc d'Alain Levent, bien mise en valeur par cette édition vidéo, il met en place une atmosphère étouffante au sein d'une ville aux murs lépreux et aux pavés suintants (on apprend dans un bonus que le tournage s'est déroulé à Versailles !), sur lesquels les ombres s'étirent, menaçantes. Le film oscille entre réalisme et hommage à l'expressionnisme - on pense à M le Maudit (lui-même basé sur le vampire de Düsseldorf) et à L'Ange bleu -, entre film policier et film d'épouvante. Les décors sont superbes. A noter que la musique est signée d'André Hossein, le père du réalisateur-acteur.

Sidonis Calysta propose dans son édition de nombreux suppléments, dont deux entretiens éclairants, l'un avec Patrick Brion, l'autre avec François Guérif. Dans une bonne interview réalisée par Henry-Jean Servat, Robert Hossein revient avec humilité et un brin de malice sur cette belle expérience. Il rend hommage à son producteur Georges de Beauregard et à son équipe, et évoque du bout des lèvres sa relation complexe avec Marie-France Pisier. Laquelle s'exprime également sur le film dans un court extrait. Un dernier bonus est par ailleurs consacré au mythe du vampire.

Laissez-vous envoûter par ce vénéneux Vampire de Düsseldorf !

Anderton

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