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lundi 11 février 2019

The Raft : l'incroyable odyssée du "love boat"

En salle (le 13 février) : Isoler une dizaine de jeunes femmes et hommes du reste du monde pendant trois mois en espérant que des histoires d’amour, de sexe se nouent et que des tensions naissent... Non, ce n’est pas le loft mais The Raft, le projet fou d’un anthropologue mexicain dans les années 70 afin de découvrir les origines de la violence entre êtres humains. Le documentaire The Raft du Suédois Marcus Lindeen, qui sort en salles ce mercredi, revient sur cette aventure aussi étrange que méconnue.


Eté 1973, onze personnes, 6 femmes et 5 hommes, embarquent à bord d’un radeau pour une étrange expérience. Découvrir les origines de la violence chez l’homme et, par là même, trouver le moyen d’y remédier. L’idée est née dans l’esprit d’un anthropologue mexicain, Santiago Genovés, qui travaille depuis de longues années sur l’émergence de la violence et des guerres entre les hommes.

Il décide alors de recruter via une petite annonce des personnes d’origines, de couleur, de nationalité différentes pour mener à bien son expérience. Objectif : embarquer à bord d’un bateau sans moteur et traverser l’Atlantique en dérivant, par la seule force des courants et du vent. Sans aucune assistance.

Il choisit 11 personnes, de préférence avec un métier, une famille, des enfants afin de rendre le départ plus difficile. Parmi eux, une capitaine suédoise, une plongeuse française, une médecin israélienne, un photographe japonais, un prêtre angolais, des Américains, un Chypriote, un Argentin. La traversée va durer 101 jours.


Le "radeau du sexe"

Le documentaire s’appuie à la fois sur des images d’archives, des notes de l’anthropologue mais aussi le témoignage de 7 des 11 cobayes, réunis pour la première fois, par le réalisateur Marcus Lindeen, dans un radeau reconstitué, 43 ans après cette folle traversée. Sept participants - six femmes et un homme - encore en vie et tous aujourd'hui plus que septuagénaires.

A l’époque, la presse rebaptise l’expérience "The love boat" ou "The sex raft" car, sous l’impulsion du scientifique, le sexe y est pratiqué assez librement entre les participants. Santiago Genovés pense que, comme pour les animaux, la violence naît de la lutte entre les mâles pour conquérir les femelles. Le scientifique mexicain note tout : la force des vagues, du vent, les menstruations des femmes à bord mais pas de violence ni de conflits à l’horizon. Le groupe de jeunes gens s’amusent, se soudent... au désespoir de l’anthropologue.

Une envie de meurtre

Pour rompre l’harmonie, ce dernier révèle le contenu des questionnaires hebdomadaires et confidentiels qu’il fait remplir aux participants : "Qui trouves-tu le plus énervant à bord ? Qui pourrait te donner envie d’être violent ? Avec qui aimerais-tu avoir des relations sexuelles ?". Mais au lieu de semer la zizanie entre les participants, Santiago réussit à les unir... contre lui. A tel point que certains fomentent le projet de le tuer. Chacun imagine une façon de se débarrasser de lui : le faire tomber à l’eau, lui infliger une piqûre mortelle... Heureusement, le passage à l’acte ne se fera pas.

Dans ses notes, l’anthropologue note, lucide, que l’unique personne ayant fait preuve de violence à l’égard des autres sur le bateau n’est autre que lui, en ayant voulu manipuler ses comparses. 43 ans plus tard, les sept rescapés donnent leur version des faits, de cette expérience incroyable qui les a changés sans toutefois révolutionner leur vie. Et conviennent ensemble que l’anthropologue est peut-être passé à côté de son sujet en  pensant qu’il avait échoué. Les jeunes gens, d’horizons très différents, avaient réussi à passer 101 jours dans la plus grande promiscuité, non seulement sans qu’émerge la moindre violence mais en formant un groupe uni et bienveillant : "C’était une réussite, humaine et scientifique, conclut l’une des participantes. La preuve que l’être humain n’est pas si mauvais par nature".

Lucie Lacroix

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