jeudi 15 octobre 2015

Blade Runner : un classique SF toujours aussi visionnaire

Cineblogywood.com

En salles : Splendeur visuelle peut-être jamais égalée depuis sa sortie en 1982, Blade Runner, de Ridley Scott, fait l’objet d’une réédition remastérisée, dans sa version director’s cut. 

Dominée par son imposant décor, la troisième réalisation du Britannique est désormais un classique qui n’a pas pris une ride dans ses aspects formels, narratifs et politiques. Quatre bonnes raisons de se précipiter en salles pour le visionner dans les meilleures conditions qui soient. 

Parce qu’il s’agit de la version director’s cut

Pendant le tournage du film en 1981, Ridley Scott entre très vite en conflit avec ses producteurs et Harrison Ford, notamment sur l’issue à donner à son adaptation de la nouvelle de SF de Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? C’est cette version, distribuée pour la première fois en 1992, que nous voyons ici restaurée, à travers un magnifique travail sur l’image, signée Jordan Cronenwerth (Au-delà du réel, Peggy Sue, Jardins de Pierre). D’où deux différences majeures avec la version originale, reniée par Ridley Scott : la suppression de la voix off ; la disparition du happy-end (monté au dernier moment par les producteurs, à partir de chutes tirées du tournage de Shining !) au profit d’une fin ouverte. Sans parler de l’ajout d’une scène onirique – l’apparition d’une licorne – qui pose plus de questions qu’elle n’en résout sur le statut ou non de répliquant du détective incarné par Harrison Ford... 

15 millions de dollars au BO pour 20 millions de dollars de budget, la version originale est un échec sans appel, critique et commercial, à l’époque où triomphe E.T. de Steven Spielberg. Avant que ne réémerge, avec succès en 1992, puis en 2007, une version final cut revue et approuvée par le réalisateur d’Alien.

Parce que le film marque une rupture dans l’histoire de la SF

En 1982, quand sort Blade Runner, le film marque une rupture avec la science-fiction de l’époque. "Une rupture terminale", d’après Yannick Dahan, à la fois poétique, utopique et cauchemardesque dans sa vision apocalyptique du capitalisme. Une œuvre dans laquelle se lisent déjà toutes les angoisses actuelles : climatiques, ethniques, sécuritaires, génétiques, avec pour grand ennemi un capitalisme sauvage et invisible, destructeur et omnipotent. Et si ni le 11 septembre et sa paranoïa, ni l’impact du digital et l’omniprésence des datas n’y figurent au 1er plan, elles sont déjà présentes en filigrane.  Une œuvre visionnaire et prophétique.


Parce qu’il s’agit du film le plus emblématique du style des années 80

Fumigènes, tonalités bleutées, échos de saxo, rien ne manque à la panoplie des effets stylistiques des années 80. Avec cependant ce petit supplément d’âme et de mystère en plus, qui en fait bien plus qu’un objet chic et choc comme Flashdance ou Top Gun. Avec Angel Heart (1987) et L’Echelle de Jacob (1991), c’est le film des années 80 par excellence. Et qui synthétise le style Ridley Scott : un mélange unique de grand spectacle et de réflexion existentielle, d’éclats de mise en scène et de structure narrative classique et référentielle. Et le temps lui donne une patine et un lustre qui le font reluire encore un peu plus.

Parce qu’il est devenu un classique

Malgré son échec commercial aux Etats-Unis (2 millions d’entrées quand même en France !) et son reniement par Ridley Scott, Blade Runner est devenu au fil du temps un classique. Classique du polar, qui renoue le fil avec les Bogart des années 40, auxquels Harrison Ford prête sa carrure distante et ironique. Classique de la SF, avec son incroyable décorum urbain, inspiré aussi bien de Metroplis que de Frankenstein, et qui inspirera aussi bien Terminator que Matrix. Un univers futuriste que Scott voulait crédible, tant dans son architecture que dans ses costumes, bien que situé en 2019. 

Enfin, classique par ses personnages secondaires de répliquants, qui ont irrigué notre imaginaire collectif, auxquels Rutger Hauer et Darryl Hannah prêtent leurs traits mi-anges mi-démons, poètes cyberpunks de l’au-delà. Et dont on n’est pas près d’oublier la dernière réplique : "Tous ces moments se perdront dans le temps, comme les larmes dans la pluie". Ce qui ironiquement est loin d’être le cas du film de Ridley Scott !

Travis Bickle


Enregistrer un commentaire