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dimanche 25 octobre 2015

L'Homme Orchestre : pépite pop Fufu et fun

En Blu-ray : Oeuvre atypique dans la filmographie de Louis de Funès, L'Homme Orchestre est sorti en Blu-ray dans une superbe version remastérisée. Trois raisons de le redécouvrir illico.




Fufu version pop

L'Homme Orchestre marque une rupture dans la carrière de Louis de Funès. Après six années marquées par 15 (!) grands succès devenus cultes - du Gendarme de Saint-Tropez (1964) à Hibernatus (1969) -, l'acteur aborde les années 1970 en se remettant en question. Le personnage d'Evan Evans, l'intransigeant directeur de ballet, s'inscrit dans le droit fil de ses rôles et de Funès nous gratifie de grands moments où il fait montre de son génie comique. Mais le film est aussi et surtout une comédie musicale dans laquelle de Funès chante, danse, bref utilise son corps autrement qu'à travers ses célèbres mimiques. Et ce musical est complètement ancré dans son époque : pop ! Dans la mise en scène comme dans la musique.

Korber, "clipeur" inspiré

De Funès fait appel à un jeune réalisateur, Serge Korber. Issu de la Nouvelle Vague, il a signé une comédie a priori classique, Un Idiot à Paris (lire notre critique), à laquelle il a apporté tout son sens de la mise en scène. Travailler avec un jeune ne va pas de soi : de Funès ne s'est pas entendu avec Edouard Molinaro, qui ne se marrait pas assez pendant les tournages d'Oscar ou d'Hibernatus. Contre toute attente, l'acteur s'entend à merveille avec Korber qu'il invite même à passer 15 jours dans son château du bord de Loire. Comme le raconte le réalisateur dans l'interview bonus du Blu-ray, les deux hommes travaillent sur le film, apprennent à se connaître et filent même en douce boire des coups de blanc au café du village, échappant à la surveillance de Jeanne de Funès, très attentive à la santé de son mari. 

Sur le plateau, l'entente se poursuit : de Funès propose, improvise (la fable de La Fontaine) ; Korber laisse faire ou recadre s'il estime que cela peut nuire au film. Une franchise qui paie. Certes, le scénar est un peu faiblard mais Korber signe une mise en scène inspirée, enlevée, colorée ! Et ce Blu-ray, édité par Gaumont, rend hommage à la photo du film. Les séquences musicales s'enchaînent avec bonheur. Chacune est conçue comme un clip, précise Korber dans le bonus. Une petite révolution pour l'époque. Et force est de constater que, contrairement à d'autres longs métrages de la même période, le film résiste bien à l'oeuvre du temps.


De Roubaix, génial homme orchestre

Korber a raison : le véritable homme orchestre, c'est François de Roubaix. Dans son home studio parisien, le compositeur joue de tous les instruments, ce qui impressionne de Funès, pianiste doué ayant appris sur le tas. Les morceaux qu'il couche sur ses partitions illustrent sa géniale inventivité. Il mêle les sons, les instruments, les rythmes avec brio. Résultat : des chansons originales et catchy dont on redécouvre la finesse à chaque écoute. Ce que j'aime chez de Roubaix, c'est ce groove qu'il insuffle à chacune de ses compositions. Il faut écouter la bande-son sans les images pour en profiter pleinement.


Comme Pierre Richard dans son autobiographie, Korber évoque les jam sessions dans l'appartement du musicien. Imaginez : de Funès au piano, de Roubaix à la guitare, à la flute ou aux percus... on se prend à espérer que cette rencontre ait pu être enregistrée ! En attendant que ces bandes hypothétiques sortent un jour, redécouvrez l'éclatant Blu-ray de L'Homme Orchestre.

Anderton


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