Dossier

mercredi 21 octobre 2015

Mon Roi : descente aux enfers



En salles : Maïwenn agace, Maïwenn dérange, Maïwenn secoue – au moins, son cinéma ne laisse pas indifférent. Quatre ans après le triomphe cannois et public de Polisse, la voici de retour avec Mon Roi, chronique d’un amour racontée en flash-backs, du point de vue de l’héroïne clouée en centre de rééducation, à la suite d’une chute de ski. 


Pas de spoiler, c’est la première scène du film, qui donne immédiatement le ton : celle d’une plongée dans les affres de la vie conjugale d’un couple de quadras, incarné avec puissance par Emmanuelle Bercot et Vincent Cassel. Laissez-vous embarquer dans cette descente, pour au moins trois raisons.

Plongée dans l’intime

Adepte des plongées dans l’intime – Pardonnez-moi – la réalisatrice n’apparaît pas cette fois-ci à l’écran. Signe d’une prise de distance qui lui permet de mieux mettre en perspective son sujet : l’addiction amoureuse, la spirale destructrice d’une femme pour un homme dont elle ne voit pas le côté névrotique. Racontée en flash-backs, l’histoire d’amour prend ainsi des reliefs beaucoup plus forts que si elle avait été narrée au quotidien. Ensuite, le fait qu’elle n’apparaisse pas à l’écran lui permet de s’affranchir des inévitables questionnements concernant les éléments autobiographiques du scénario. Mieux : en s’offrant à l’écriture la complicité d’Etienne Comar, scénariste de Des Hommes et des dieux, elle donne à son couple central les contre-points qu’il leur fallait, leur miroirs déformants, en la personne de Louis Garrel et d’Isild Le Besco, sa propre sœur dans la vie, ici en clone d’Isabelle Adjani. Leur duo est ainsi irrésistible de drôlerie et de grotesque, là où le couple Cassel-Bercot peut s’abîmer dans le pathos, voire l’hystérie.

A la limite du grotesque

Exaltation de la rencontre amoureuse, puis description de la descente aux enfers face au quotidien, la relation amoureuse décrite par Maïwenn ressemble aux Alpes de ses 1ères images, à de véritables montages russes. Fêtes, rigolades, rencontres improvisées, baises furieuses, dans un 1er temps ; bébé, affres du quotidien, dettes, poids des copains, doutes, tromperies, séparation dans un second temps. Le tout montré sans nuances. Ce qui fait à la fois la force du film, mais également sa limite : le grotesque n’est pas loin… Et c’est dommage, car certaines scènes flirtent avec le naturalisme d’un Pialat, la précision entomologique d’un Bergman et l’entêtement des héroïnes de Lars von Trier, malheureusement, sans leur vérisme, leur force et leur fantastique. Pire : on n’évite pas le pathos de certains reality shows, tels Vis ma vie, Confessions intimes ou Ça se discute. A de rares exceptions près. En outre, l’action s’éparpille dans le présent : celui d’une rééducation physique en centre hospitalier, avec d’autres patients, plus jeunes, et qui donnent prétexte à des scènes de virées en ville parfaitement incongrues et hors de propos.

Impressionnant travail d’acteurs

Reste un impressionnant travail d’acteurs. Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot en tête. Deux styles – l’un davantage dans l’impro, l’autre dans la préparation physique et émotionnelle – qui donnent une véracité à l’histoire de ce couple qui se construit et se détruit. Prix d’interprétation féminine à Cannes largement mérité pour Emmanuelle Bercot. Face à eux, quelques silhouettes inutiles – les comparses d’Emmanuelle Bercot au centre de rééducation – ou juste utilitaires – la bande de potes de Vincent Cassel – à une exception près : le couple formé par Louis Garrel et Isild Le Besco, en exact contre-pied du couple central, existe pleinement. Et donne l’occasion à leurs acteurs de faire preuve d’une densité et d’un humour qu’on ne leur connaissait pas jusque-là.

Travis Bickle


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