mardi 7 juin 2016

Série noire pour une nuit blanche : un Landis à redécouvrir


En Blu-ray et DVD : Série noire pour une nuit blanche (Into the Night, 1985) est un film particulier dans la riche filmographie de John Landis. Belle initiative d'Elephant Films qui le sort en vidéo.



Le film est très hitchcockien en ce sens qu'il plonge un homme ordinaire dans une situation extraordinaire. L'homme en question, Ed Okin, est insomniaque. Il vit comme détaché du monde dans lequel il vit. Quand il découvre que sa femme le trompe, il prend sa bagnole et roule jusqu'à l'aéroport où il recueille Diana, poursuivie par une bande de tueurs iraniens. Le duo s'enfuit avec les assassins aux trousses.

Grinçant et désabusé

Série noire marque le retour de Landis à la réalisation deux ans après l'accident d'hélicoptère qui se produit sur le tournage de son sketch dans Twilight Zone (1983). Un drame qui coûte la vie à l'acteur Vic Morrow et à deux fillettes et dont le cinéaste porte la responsabilité aux yeux de l'opinion publique américaine. Très affecté, Landis est au coeur d'un retentissant procès lorsqu'il tourne Série noire pour une nuit blanche. Et le film s'en ressent : il signe une comédie noire cynique, désabusée. L'humour est grinçant. La violence plus frontale que dans ses oeuvres précédentes. Landis a perdu son innocence.

Pour être honnête, je n'avais pas aimé le film lors de sa sortie en salle. J'avais l'impression que Landis n'y croyait pas : sa réalisation me semblait mécanique et le scénario, confus. La mythique revue Starfix de Christophe Gans & co, à laquelle j'étais abonné, avait descendu le film, dénonçant son mauvais goût, au point de devenir tricarde auprès d'Universal. 


Mais, en revoyant le film dans cette belle édition HD, je l'ai redécouvert. Et j'ai changé d'avis ! Oui, c'est une oeuvre sombre, qui n'a pas la pétillance habituelle d'un film de Landis. Mais cette gravité, mêlée à de purs moments de comédie, lui confère un ton particulier, original. Oui, il y a bien quelques plans de mauvais goût, complètement dispensables ; oui, l'histoire est foutraque mais elle repose sur un MacGuffin, un prétexte, comme nombre de films d'Hitchcock. Surtout, Landis filme magnifiquement Los Angeles la nuit (du pré-Michael Mann) et dresse un tableau éloquent de la Cité des Anges pendant les années Reagan : le kitsch, la vulgarité, l'esbrouffe, le fric et le cul y règnent en maîtres. Landis en profite au passage pour régler ses comptes avec Hollywood.

Record de caméos !

Série noire est très marqué 80's, jusque dans sa musique, avec des morceaux de B.B. King qui collent à l'atmosphère nocturne du film. Mais dans l'ensemble, le film a bien vieilli. Jeff Goldblum interprète avec brio un Ed lunaire, naîf, paumé... du pur Goldblum. Michelle Pfeiffer est craquante dans le rôle de Diana. A leurs côtés, une multitude de seconds rôles : David Bowie livre une performance géniale (il est amené à se battre contre Carl Perkins, autre légende du rock) tandis que le fidèle Dan Aykroyd, Irène Papas et Vera Miles (vous avez dit Hitchcok ?) sont également au générique. 

Surtout, Landis semble avoir voulu faire entrer son film au Livre Guiness des records pour le nombre de caméos qu'il abrite. On croise des cinéastes : Roger Vadim (dans le rôle de Monsieur Melville, rôle prévu pour Jean-Luc Godard qui a fait faux bond au dernier moment !), David Cronenberg, Jonathan Demme, Don Siegel, Paul Mazursky, Lawrence Kasdan et les moins connus Amy Heckerling, Jack Arnold, Paul Bartel, Richard Franklin, Daniel Petrie, Colin Higgins... Apparitions éclairs de Jim Henson, le père des Muppets, de Rick Baker, le génie des maquillages (Le Loup-garou de Londres, Thriller, Men in Black), et de Carl Gottlieb, le scénariste des Dents de la mer. John Landis lui-même interprète un des tueurs iraniens !

En prime dans ce combo Blu-ray/DVD, une interview d'un journaliste des Inrocks sur les rôles de David Bowie et un hommage de Jean-Pierre Dionnet au chanteur récemment disparu. Plongez donc dans Into the Night.

Anderton


Enregistrer un commentaire