jeudi 9 juin 2016

Yves Boisset : de L'Attentat à La Femme flic, la décennie prodigieuse (2/3)

Artistes : Deuxième partie de notre rétrospective sur Yves Boisset, à partir de son livre de souvenirs, La Vie est un choix (Plon). Intéressons-nous à sa période la plus prolifique, celle des années 70.




Avec L’Attentat (1972), son récit de l’affaire Ben Barka, Yves Boisset s’adjoint les services de Jorge Semprun – Z, L’Aveu – et d’un casting all stars : Gian Maria Volonte, Philippe Noiret, Jean-Louis Trintignant, Michel Piccoli, Michel Bouquet, Bruno Cremer, Jean Seberg. Musique d'Ennio Morricone. Tournage en forme de jeu de cache-cache avec les autorités, tracasseries du pouvoir gaullien, L’Attentat rencontre un énorme succès. Un film qui a fait la réputation de son réalisateur.


Avec RAS (1973), le cinéaste aborde la guerre d’Algérie, la même année que René Vautier avec Avoir 20 ans dans les Aurès. Tourné en Tunisie grâce à Tarek Ben Ammar, le film rassemble un casting d’inconnus issus du Conservatoire - Jacques Spiesser, Jacques Weber, Jacques Villeret, Jean-François Balmer. Un temps pressenti, Gérard Depardieu se fâche avec Weber et Spiesser. Marqué par un tournage mouvementé, une censure qui l’attend de pied ferme, une sortie escamotée en plein mois d’août, des alertes à la bombe en cours de projection, RAS demeure un des plus gros succès de son réalisateur, et un des films dont Yves Boisset est le plus fier.

Avec Dupont Lajoie (1974) peut-être son film le plus célèbre, Yves Boisset aborde le racisme ordinaire. Sujet brûlant pour lequel il s’entoure de Jean Carmet, dès l’écriture, pour incarner ce Français moyen des années 70, un bistrotier parisien meurtrier, violeur, raciste. Un rôle qui fera décoller la carrière de l’acteur. Et pour lequel la scène du viol fut l’une des plus difficiles à tourner. Le tournage rencontre de nombreux incidents : des campeurs figurants se prennent vraiment au jeu des ratonnades, l’un de ses acteurs est interpellé par la police, des incidents éclatent avec le milieu toulonnais et des policiers proches de l’extrême droite, les nombreux canulars de Jean Carmet – un film dans le film ! Et pour aboutir à une demande ubuesque avec la commission de censure : retirer des images du sexe d’Isabelle Huppert, images qui n’ont jamais été tournées ! Reste un film d’une noirceur et d’un ton proches de la comédie italienne, d’une force qu’on n’imagine même pas dans le cinéma hexagonal contemporain. . Ours d’argent à Berlin en 1974.


Avec Le Juge Fayard, dit le shérif (1976) Yves Boisset revient à ce qu’il affectionne : le film dossier. Tiré d’un fait divers tout récent – l’assassinat du juge Renaud par le milieu lyonnais – ce film connaît une préparation et une sortie mouvementée - des démêlés avec le milieu lyonnais, ders menaces de la part du SAC de Charles Pasqua – conjugués aux tempéraments de ses trois acteurs principaux, Patrick Dewaere, Philippe Léotard et Jacques Spiesser, tous les trois aux prises avec l’alcool et la drogue, juste au sortir de leurs ruptures amoureuses respectives avec Miou-Miou, Nathalie Baye et Isabelle Huppert. Triomphe au BO, couronné du Prix Louis Delluc 1976.


Son film suivant, Un Taxi Mauve (1977), dénote un peu dans la carrière d’Yves Boisset. C’est tout d’abord l’adaptation d’un roman dont l’auteur se situe aux antipodes idéologiques du réalisateur, Michel Déon, hussard de droite, un temps secrétaire de Charles Maurras. Avec lequel il s’entendra pourtant très bien, au-delà de leur méfiance initiale, l’amour de l’Irlande, du jazz et du cinéma américain aidant. Et qui lui apporta un soutien sans faille, un véritable motif de satisfaction pour le réalisateur C’est ensuite l’occasion de faire tourner un acteur admiré par le féru de cinéma américain qu’est Yves Boisset : Fred Astaire, auquel il propose le rôle, en le rencontrant par hasard au Festival de Cannes. Une distribution chic et glamour – Charlotte Rampling, Agostina Belli, Peter Ustinov, Philippe Noiret – pour une intrigue psychologique, sur fond de grands espaces du Connemara. Succès mitigé malgré sa sélection à Cannes en 1975.


La Clé sur la porte (1978) renforce ses liens avec Patrick Dewaere, et lui permet de tourner avec la grande vedette de l’époque, Annie Girardot, sur laquelle il ne tarit pas d’éloge. En adaptant à l’écran le roman de Marie Cardinal qui relate l’idylle entre un médecin urgentiste et une professeure libérée issue de la mouvance de mai 68, Yves Boisset ne se montre pas toujours à l’aise, mais connaît des conditions de tournage idylliques, malgré les relations violentes et orageuses qui liaient alors Annie Girardot à Bernard Fresson, jusque sur le plateau de tournage.


Après avoir refusé Le Pull-over rouge, d’après l’affaire Ranucci, Yves Boisset s’attaque à La Femme-flic (1979), récit inspiré de la vie d’une femme qu’il avait rencontrée en Thaïlande sur le tournage de son film TV La Stratégie du serpent, avec Jean Carmet. Pour le rôle-titre, Yves Boisset n’imagine personne d’autre qu’Isabelle Huppert, mais qui retenue sur le tournage interminable de Heaven’s gate doit finalement décliner. C’est à Miou-Miou qu’échoit finalement le rôle de cette jeune femme-flic, fragile et intègre, prise en tenailles entre la hiérarchie policière au service du pouvoir en place et la misère sociale et humaine. Gros succès public et personnel pour son actrice principale.



Découvrez l'intégralité de notre rétrospective Yves Boisset :

Yves Boisset : 30 ans de cinéma français (1/3)


Yves Boisset : d'Allons z'enfants à Canicule (3/3)

Travis Bickle
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