Dossier

jeudi 26 juin 2014

Mea Culpa : un Blu-ray qui tape fort

En DVD et Blu-ray : "Three is the magic number", chantait De La Soul. La preuve en est apportée par Fred Cavayé qui, pour son troisième film, s'est associé aux acteurs principaux de ses deux précédentes réalisations, Vincent Lindon (Pour Elle, 2008) et Gilles Lellouche (A Bout Portant, 2010). Le résultat, Mea Culpa, est un polar à la fois dur et empreint d'humanité qui sort enfin en vidéo.


Deux flics, deux potes. Une soirée un peu arrosée et c'est l'accident de voiture, qui provoque la mort des occupants d'un autre véhicule. Simon (Vincent Lindon), qui était au volant, est radié de la police. Incapable de se remettre du drame, il quitte sa femme (Nadine Labaki) et son enfant. Il s'enfonce dans la dépression et la solitude, malgré le soutien de Franck, son ex-partenaire (Gilles Lellouche). C'est alors que le fils de Simon est témoin d'un meurtre. Les assassins sont à ses trousses. L'ancien flic retrouve ses réflexes : il est prêt à tout pour protéger son enfant.
 
In the Heat of the night
 
La chute, la rédemption par la violence... ça fleure bon le polar à l'ancienne, jusqu'à l'amitié virile qui unit les deux personnages principaux. Normal, l'histoire est signée Olivier Marchal. Cavayé assume. Tout en apposant sa touche (une famille ordinaire balayée par les événements), il revisite un genre et rend hommage à des films cultes. On bondit de joie en entendant le premier coup de feu, assourdissant, qui rappelle spontanément Heat. Un envol de pigeons évoque John Woo. D'autres plans sont des clins d'œil à Die Hard, Jurassic Park, French Connection et même MR73, entre beaucoup d'autres.
 
Pour autant, ces références n'ont rien de mécanique, elles illustrent le récit, sans jamais le ralentir. Le rythme est d'ailleurs moins soutenu que celui d'A Bout Portant. Mais c'est pour mieux faire monter la tension, qui progresse au gré de scènes d'action choc, brutales, jusqu'au final réalisé avec maestria. Cavayé est un metteur en scène inspiré, qui maîtrise l'art du découpage et de la composition des plans. Trains, allées, entrepôts... autant de ligne de fuite dans lesquelles se perdent ou se débattent les personnages. Et la photo de Danny Elsen est juste splendide, notamment pour les scènes de nuit, où prédominent le bleu et le noir, avec des éclats rouges ou oranges.   
 
Et de trois
 
Mea Culpa est un beau film qu'illuminent également Lindon et Lellouche. Deux grandes gueules dont la complicité déteint à l'écran. Plus que par les mots, les acteurs font vivre leur personnage par les regards. Entre ces deux monstres, Nadine Labaki parvient à imposer sa présence, sa force de caractère et sa sensualité. Tous les comédiens sont bons, le gamin comme Medi Sadoun dans un petit rôle bien loin de celui de celui qui l'a fait connaître dans Les Kaïra. Comme quoi, on peut être un grand metteur en scène et un excellent directeur d'acteurs.
 
Le Blu-ray, édité par Gaumont, ne propose qu'un bonus : un making of. Mais pas la succession de petites séquences sur le plateau entrecoupées par les propos insipides de l'équipe. Comme son titre l'indique, Ménage à trois nous plonge au cœur des relations qui unissent Cavayé, Lindon et Lellouche pendant les soixante jours du tournage. Des relations faites d'amitié, de respect, de rires et de coups de gueule. La caméra filme les échanges, constructifs ou pas, les doutes, les galères... Cavayé se débat pour imposer sa vision, les plans précis qu'il veut tourner sans trop dépasser les horaires et donc le budget (le producteur exécutif sur le tournage le rappelle plusieurs fois à l'ordre) ni se faire plomber par la météo. Le doc est passionnant, marrant, émouvant aussi : le long plan sur le visage de Cavayé qui semble prêt à fondre en larmes devant l'interprétation de ses comédiens rappelle celui de Jean-Pierre Jeunet, dans le même état émotionnel, dans le bonus de T.S. Spivet. La foi qui anime ces cinéastes est communicative.
 
Anderton
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