lundi 16 juin 2014

Danger Dave : le "skate or die" poussé à l'extrême


En salles : David picole pas mal. David fait la teuf jusqu’au petit matin dans des free parties. David part en voyage pendant plusieurs mois avec pour tout bagage, un petit sac à dos et sa planche. David descend de l’avion à Copenhague et c’est dans l’aéroport qu’il sort son portable pour essayer de trouver un pote chez qui squatter. David prend des heures de TIG (travaux d’intérêt généraux) après des soirées trop arrosées, où il a été un peu trop loin. David n’a pas de meuf. David est un skateur. Mais... David a presque 40 ans.


Danger Dave,
le documentaire de Philippe Petit, suit les pérégrinations – on pourrait dire les errances – de David Martelleur, aka Danger Dave (d'où le titre éponyme), skateur professionnel dont la carrière est derrière lui. Le skate est pourtant un truc de kids : pas trop de place pour les quadras. Il faudrait alors sans doute laisser la place à la nouvelle génération... "Sometimes, you have to let it go", comme disent les Ricains. Pas possible pour David : le skate, c’est toute sa vie. Et c’est le seul truc qu’il sache faire. Alors il ne lâche pas l’affaire, il s’accroche à cette vie, à ses vieux rêves, mais sans y croire vraiment. Les tricks ne passent plus, les gueules de bois sont de plus en plus difficiles à digérer, les sponsors sont partis. Au fur et à mesure que le film avance, le vide se crée autour de David, qui semble de plus en plus en seul.

Fantaisies pilaires around the world

Contest après contest, teuf après teuf, pays après pays – Belgique, France, Etats-Unis, Thaïlande -, on accompagne Danger Dave et ses fantaisies pilaires dans sa longue glissade, qui prend souvent des allures de dégringolade. Le skate devient alors une métaphore troublante de la vie de David : il glisse, tombe, se relève, et tombe à nouveau... Repartir est à chaque fois de plus en plus difficile. C’est parfois assez rude, comme lorsque Danger Dave prend la caméra, à trois grammes, pour des confessions de pochtron assez bouleversantes. Car en réalité, Danger Dave a bien conscience que tout ça, ce n’est plus vraiment pour lui. Mais à nouveau, que peut-il bien faire d’autre ?

Film de skate ou documentaire sociologique ?

Caméra à l’épaule, avec une image qui bouge beaucoup, souvent cradingue, mais parfois sublime, la forme de ce film peut agacer... Mais Philippe Petit ne fait pas un film de skate, avec des belles images, et des gros tricks qui rentrent à chaque fois sous fond de soleil californien. Il filme un mec à la dérive, qui refuse de vieillir. Danger Dave est un film sur l’adulescence, mais le problème est ici qu’il n’y a pas de passage à l’âge adulte. Le film résonne forcément de manière particulière pour tous ceux qui ont le sentiment qu’ils ont, à un moment donné de leur vie, abandonné leurs rêves. Philippe Petit nous montre que si la sagesse n’est pas rock’n roll, elle est parfois la seule manière de continuer à avancer.

Danger Dave
est un documentaire fort, émouvant, qui décevra peut-être les fans du skate, mais plaira à ceux qui s’intéressent avant tout aux personnalités complexes, voire un peu torturées. Sur la page de Facebook de David Martelleur, une des dernières activités affichées est un like de la page: "Les images qui brisent ton enfance". Comme un symbole.

Fred Fenster


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