Dossier

dimanche 1 juin 2014

Welcome to New York : qu'on aille tous se faire...


En VOD : Deux ans après la scandaleuse "affaire DSK", le réalisateur Abel Ferrara tourne sa propre version des faits. Gérard Depardieu et Jacqueline Bisset au casting, le résultat était attendu avec impatience. Mais il faut se départir de toutes attentes, surtout de celle qui fait du cinéma un art. 


Au regard de l’affaire, on comprend le désir d’en faire un film, son potentiel romanesque. L’hubris et la chute d’un empereur, l’homme arrivé au sommet, le poids des médias, la déception de la France, qui pensait avoir trouvé un leader charismatique… Mais non, ca n’excite pas Abel. Entre politique, argent et sexe, les ménagères de l’après-midi ont de quoi se régaler avec Welcome to New York. Pour saisir avec justesse toute la finesse du film, tant son contenu que sa forme cinématographique, laissons-nous doucement bercer par les meilleures répliques.

"I didn’t fuck the maid, but they fucked me"

Sûrement la première phrase prononcée par Gérard Depardieu, au bout d’une heure et demie de film, qui se résument pour son personnage en des grognements de bête. Dans une fausse interview au début du film, Depardieu dit avoir accepté le projet "because I hate him". Mais on peut détester DSK et aimer le cinéma. On peut encore aimer les dialogues, on peut encore tout simplement aimer jouer. Il est difficile de ne pas voir dans le personnage campé par Depardieu, un rejet de sa propre déchéance et dépréciation dans l’opinion publique. Pour Welcome to New York, on ignore ce qui aveugle Ferrara et son acteur : l’alcool ou l’héroïne? 

"I want a good rouge"


Petite perle de Jacqueline Bisset, cette phrase rassemble efficacement l’absence de choix artistiques. Jusqu’à ne pas choisir la langue. Pourquoi employer ce franglais absurde avec sa femme et sa fille ? Le mystère reste entier. Dans tous les procédés du film, l’absence de choix est flagrante. Pas de focalisation claire, pas de psychologie des personnages, pas de vrai dénonciation, ou au contraire de rédemption. Ce qui est montré est aussi vain dans la caractérisation des personnages que dans l’avancée de la narration, et la moitié des séquences font acte de présence.

"Hier amants, demain ennemis"
   
La poésie à la française. Dommage qu’il ne soit pas allé sur citations.com, les dialogues n’en aurait été que meilleurs. Voilà un petit aperçu de l’inspiration lyrique que Ferrara s’efforce d’insuffler au film, après une heure et demi de sexe et de grognements. Tout à coup, DSK apprend à parler, et dans un monologue emporté, nous livre à grand peine que… "le monde, c’est de la merde".

"Qu’ils aillent tous se faire enculer"

Peut-être le plus beau moment du film : un regard caméra de Depardieu, et cette phrase, aérienne. Ou l’insulte la plus claire au cinéma. Pour Ferrara, rien ne passe par les images, le montage : tout est martelé. Aucun film, à ma connaissance, n’avait à ce point renié le cinéma. Et "tous" c’est qui ? C’est d’abord DSK et Anne Sinclair en personne. Mais qui en fait véritablement grand cas ? "Tous", c’est surtout nous, les spectateurs, qui regardons le film depuis deux heures pour se rendre compte peu à peu, qu’on nous rie au nez. Des séquences d’improvisation aux dialogues inconsistants, les mêmes figurants pour jouer plusieurs rôles et un Depardieu plus que médiocre qu’on nous jette à la figure, comme la poudre au public dans les spectacles de magiciens.

L’insulte faite aux personnalités aurait donné au film l’air insolent dont les Cannois sont friands. Mais loin de maîtriser son discours, le film insulte tout : le scénario, les acteurs, et les spectateurs. Attaqué par DSK en personne, Abel Ferrara a également dû se battre contre les sociétés de production françaises, presque toutes acquises à la cause d’Anne Sinclair, qui mène une intense campagne de lobbying depuis l’annonce du projet. Résultat : le film ne sortira pas en salles, mais il est disponible en VOD, et vient de dépasser les 100 000 ventes. La curiosité est un vilain défaut. En bon outsider diffusé au Festival de Cannes, Abel Ferrara dit à qui veut l’entendre qu’il ne souhaitait pas voir son film en salles. Welcome to New York aura eu le mérite de nous apprendre qu’il n’est pas rancunier.

Anouk
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