Dossier

lundi 2 juin 2014

Stella femme libre : l'étoile du cinéma grec avant Zorba


En DVD : De Michael Cacoyannis, je ne connaissais qu'un film, Zorba le Grec (Alexis Zorbas, 1964). Anthony Quinn dansant le sirtaki avec Alan Bates sur la désormais célébrissime musique de Mikis Theodorakis. Une scène culte pour cette adaptation du roman de Nikos Kazantzakis, adaptation elle-même adaptée en comédie musicale à Broadway.

Grâce à Lost Films, dont l'objectif est de faire (re)découvrir des pépites du 7e art (lire notre interview de son fondateur, Marc Olry), voici que sort en vidéo la deuxième oeuvre du cinéaste grec : Stella Femme libre (1955) avec la grande Melina Mercouri dans sa première apparition à l'écran.


Et quelle apparition ! Melina incarne Stella, une chanteuse de cabaret qui fait chavirer le coeur des hommes mais qui refuse de sacrifier son indépendance par amour. Une femme libre donc. Jusqu'à ce qu'elle découvre le grand amour avec Miltos, un footballeur de l'Olympiakos qui l'oblige alors à choisir : le mariage ou la rupture. Evidemment, au pays d'Eschyle, la tragédie n'est jamais loin.

Femme libre et mauvais garçons

La Mercouri fait éclat de tout son talent : elle rit, chante, danse, aguiche, gueule, pleure. Passionnément. Il fallait une grande actrice pour interpréter ce personnage exubérant, fier et généreux. Une anomalie dans une société grecque où la femme n'avait alors pas son mot à dire. 

Le film nous montre d'ailleurs les quartiers populaires d'Athènes. Plaka n'est pas encore ce haut lieu du tourisme. Les ruines antiques côtoient celles laissées par la deuxième guerre mondiale et la guerre civile qui s'en est suivie. Les "enfants" du Paradis - nom du cabaret où se produit Stella - viennent s'enivrer au son du bouzouki. Le film n'est d'ailleurs pas avare en chansons de rebetiko, cette musique des mauvais garçons. Mais jamais ces numéros de chant et de danse ne viennent nuire à l'inéluctable dénouement de l'histoire. Au contraire, ils l'enrichissent et permettent de mieux caractériser les personnages, bourgeois ou parias.

Hollywood sur Attique

Autre grande réussite du film : la mise en scène de Cacoyannis, d'une modernité frappante. Ses travellings dans le cabaret évoquent ceux au ralenti de Scorsese dans plusieurs de ses films. Et tout en proposant un regard finalement très naturaliste, Cacoyannis ne se prive pas d'évoquer Hollywood, notamment la célèbre scène du baiser sur la plage dans Tant qu'il y aura des hommes (From Here to Eternity, 1953), jusqu'à un final éblouissant dans lequel la tragédie grecque rencontre le western !

Accompagné d'un joli livret, le DVD édité par Tamasa propose également un bonus passionnant dans lequel plusieurs intervenants, grecs et français, dont Costa-Gavras, reviennent sur l'importance de Stella Femme libre dans le cinéma grec, et au-delà, dans la culture populaire du pays. Laissez-vous donc enivrer.

Anderton


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